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DOSSIER : MAP : moderniser pour économiser ?
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/234487/a-bercy-letat-sinterroge-sur-la-modernisation-de-letat/

RÉFORME DE L'ETAT
A Bercy, l’Etat s’interroge sur… la modernisation de l’Etat
Hugo Soutra | A la une | France | Toute l'actu RH | Publié le 16/05/2014 | Mis à jour le 26/09/2014

« En finir avec le New public management » : telle était l’ambition du colloque, organisé mercredi 14 mai au ministère de l’Economie et des Finances par l’Institut de la gestion publique et du développement économique (IPGDE). Les invités y ont pointé les limites de ce modèle technico-administratif, tout en proposant des alternatives. Compte-rendu.

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A l’heure où la « chasse au gaspillage » semble représenter l’alpha et l’oméga du débat politique, les Rencontres internationales de la gestion publique 2014 [2] ont offert un véritable bol d’air aux iconoclastes épris de changement.

Pour les invités de ce colloque organisé au sein du très orthodoxe ministère de l’Economie et des Finances, la crise des finances publiques rend la sentence sans appel. Les fonctionnaires français, services centraux et collectivités territoriales « n’échapperont pas » à la cure d’amaigrissement. Reste encore à en définir les modalités…

Nécessaire modernisation – Plaidant en faveur d’une organisation administrative efficace, d’une décentralisation aboutie (1) [3] ainsi que d’une juste distribution des services publics, Ezra Suleiman [4], politiste à l’université de Princeton (USA), ne nie pas « un besoin évident de réformes. »

« En raison de la culture interventionniste de la France voire de basses stratégies électoralistes, vos nombreux ministres de la réforme administrative ont sans cesse reporté ce chantier. Evitant ainsi… le New Public Management (NPM) et le démantèlement des services publics qui l’accompagne » applaudit d’emblée l’auteur de ‘Schizophrénies françaises’.

Quid de la méthodologie ? – Fin critique de cette logique gestionnaire du management public, à la mode depuis une quarantaine d’années, il met cependant en garde la France d’un possible retour en force du NPM à l’augure de la « crise. » Appliqué différemment selon les époques et les gouvernements conservateurs ou socio-démocrates, ce projet à forte dose idéologique consiste, sous couvert de pragmatisme et de rationalisation, à transposer les méthodes de l’entreprise à l’action publique.

Si les réformes estampillées « NPM » ont jusqu’ici davantage touché les Etats-Unis et dans une moindre mesure la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, la France n’a toutefois pas été complètement épargnée. Tant dans les administrations centrales (RGPP) que locales (RéATE, collectivités), la thèse libérale du rétrécissement de l’Etat y est progressivement montée en puissance.

Le NPM, un modèle critiqué – A l’heure où même les adeptes de ce modèle en reconnaissent certaines limites, des voix critiques commencent logiquement à s’élever au cœur même de la technostructure française.

« Discrètement véhiculé par diverses instances internationales (OCDE, Union européenne, Banque Mondiale, FMI, etc) profitant de leur pouvoir financier et de la standardisation de l’action publique pour imposer ses vues, ce modèle n’a pas été expérimenté et n’a que très peu été évalué » déplore la réformiste Françoise Waintraup, cheffe de mission au secrétariat général à la Modernisation de l’action publique (SGMAP).

Effets pervers et promesses non tenues – Comme elle, beaucoup de fonctionnaires demeurent perplexes face à un « pack de solutions » ficelé à l’avance, mêlant rigueur budgétaire et dérégulation, ressemblant étrangement au « TINA » – « There Is No Alternative » – de Margaret Thatcher. D’autant plus que, selon eux :

Fétichisme anti-démocratique – « La complexité de l’action publique ne se laisse pas enfermer dans les grilles d’évaluations du New Public Management » avertit le philosophe et historien Marcel Gauchet.


Faut-il en finir avec le New Public Management… [5] par IGPDE [6]
Lui aussi soucieux d’efficacité, le psychanalyste Roland Gori ne s’oppose pas à l’évaluation des politiques publiques. « Le problème, c’est lorsque la priorité d’un médecin devient de produire des indicateurs de performance et non plus de soigner» abonde-t-il.

Prenant l’exemple des agents de Pôle Emploi soumis à ces nouvelles contraintes managériales, l’initiateur de l’Appel des appels [7] dénonce un « fétichisme » qui pervertit la finalité du service public. « Notés en fonction du taux de réinsertion des demandeurs d’emplois, ils sont incités à s’occuper seulement des meilleurs. Perdons plus de temps pour obtenir plus de démocratie ! »

Une réforme politique ou technique ? – Leur volonté commune : différencier l’efficacité citoyenne de l’efficacité économique, en replaçant le politique au centre des débats sur la réforme de l’Etat. Objectif : ne pas la cantonner à une simple évolution technique. Intentions louables, mais comment y parvenir ?

Sans forcément « en finir avec le New Public Management », les alternatives présentées lors de ce colloque esquissent un modèle hybride d’action publique à la fois réhumanisé et économiquement équilibré. Douce ironie d’évoquer ces idées novatrices, agrémentées de références à Gramsci et Camus, à l’intérieur même de Bercy, ce Léviathan qui guide plus qu’il ne subit les orientations économiques françaises depuis de longues années…

REFERENCES


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