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DISPARITION
Dominique Baudis, le fils prodige du Capitole
Jean-Baptiste Forray | France | Publié le 10/04/2014 | Mis à jour le 11/04/2014

L'ancien maire UDF de Toulouse, décédé ce 10 avril 2014, avait succédé à son père à la tête de la ville rose. Entre 1983 et 2001, l'ex-star du JT de TF1 avait incarné une nouvelle génération de maires épris de communication et de méthodes venues du monde de l’entreprise.

Avant Noël Mamère et Robert Ménard, il y eut Dominique Baudis. Premier journaliste de sa génération à entrer en politique en 1983, il possède alors une carte-maîtresse dans sa manche : son père occupe le fauteuil de premier magistrat de Toulouse.
Après douze années au Capitole, Pierre Baudis entend passer la main. A son fils, naturellement. La « Baudynastie » est née (1) [1]. Tel maire, tel fils !

La ville rose, en cette campagne des municipales de 1983, tombe sous le charme du « wunderkind ». L’œil bleu azur de l’ancien grand reporter de guerre fait chavirer les filles. Toulouse, où même les mémés aiment la castagne, Toulouse, la latine et la colorée, en pince pour cet ex-présentateur  du JT de TF1 à l’allure de Premier ministre suédois.

Maire-manager – La ville, qui a le cœur à gauche, se dote, à nouveau, d’un maire de droite. En ces années de thatchérisme, Dominique Baudis se garde de toute outrance. Peu d’adjectifs, jamais un mot de trop, le sourire impassible… « Le lisse dans la mêlée », se gausse « Le Canard Enchaîné ».

Ses afficionados admirent le grand pro. L’antique journal municipal « Capitole Infos » est transformé en une redoutable machine de guerre. Dominique Baudis préfère ne pas avoir d’adjoint aux finances. Il entend administrer ces affaires-là tout seul. Peu à peu, il impose aux services des méthodes venues du management et du monde de l’entreprise.

Airbus comme dynamo – Avec la « success story » d’Airbus et le jackpot de l’A-380, Toulouse bombe le torse. A l’instar de Montpellier, elle devient « in ». Dominique Baudis bâtit une « technopole ». Il lance le métro qui transforme le visage de la ville rose. On ne parle pas encore vraiment de métropole, mais l’idée est déjà là. Certains observateurs évoquent une forme de « Californie à la française ».

Exit, les complexes face à la grande voisine bordelaise… L’héritier de la « Baudynastie » se fait le chantre du patriotisme local. Romancier, il écrit des odes aux comtes de Toulouse partis guerroyer en Terre Sainte.

Il prend bien la présidence de la région Midi-Pyrénées entre 1986 et 1988, tente de déboulonner la vieille garde de l’UDF à la tête des rénovateurs en 1989, essaie de s’emparer en 1993 de la présidence de l’Assemblée nationale… Mais Dominique Baudis prend soin de refuser tout portefeuille ministériel. La République de Toulouse, d’abord !

Guerre des héritiers – Tel un métronome, il décroche des scores faramineux à chaque scrutin municipal. En cette fin des années 1990, Dominique Baudis n’a plus qu’un caillou dans sa chaussure : « La Dépêche du Midi ».
Le quotidien local, possédé par l’héritier d’une autre grande lignée du Sud-Ouest, le président (PRG) du conseil général du Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet, ne le ménage guère. Le « modernissime » de Toulouse goûte peu ce bastion du « radicalisme-cassoulet ».

La légende veut même que le jeune Baudis ait, en 1968, participé à une manifestation musclée et droitière contre « La Dépêche ». Dans les années 1980, la télé fait son miel de ce supposé antagonisme. Châteauvallon, le Dallas français, narre la guerre entre deux familles, l’une possédant « La Dépêche », l’autre tentant de faire main basse sur la ville.

Les enquêtes du journal local sur l’improbable « argent noir du Capitole » n’entaillent cependant guère la statue du commandeur. C’est au zénith de sa popularité que, début 2001, Dominique Baudis quitte la cité ocre. Jacques Chirac le bombarde aussitôt président du CSA.

Face à la calomnie – Mais du Capitole à la roche tarpéienne, il n’y a qu’un pas… En mai 2003, Dominique Baudis se trouve pris dans le maelstrom de l’affaire « Alègre ». Actes de barbarie, viols de mineurs, « commande » du meurtre d’un travesti : les accusations portées contre lui par des prostituées sont d’une extrême gravité. « La Dépêche du Midi » s’en fait l’écho. Sans le nommer directement.
L’ancien maire de Toulouse y voit la marque de Jean-Michel Baylet. « Ridicule », riposte le patron de « La Dépêche ». Dominique Baudis sort blanchi de l’instruction, mais profondément meurtri.

Nicolas Sarkozy le nomme défenseur des droits en 2011. Une désignation qui doit beaucoup à l’épreuve subie dans l’affaire « Alègre ». Une fonction taillée pour son sens de la mesure et son indépendance d’esprit. A Toulouse, on annonce régulièrement son retour. La nostalgie ne retombe pas. Pour beaucoup de ses anciens administrés, Dominique Baudis aura été le grand maire de Toulouse du XXème siècle.