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[OPINION] AIR
Pollution atmosphérique : que va-t-il se passer après le pic ?
Auteur associé | France | Opinions | Opinions | Publié le 24/03/2014

Maintenant que le mauvais temps et le vent finissent de disperser les particules fines, que va-t-il rester de cet épisode de pollution qui a mis la question de la qualité de l’air pendant plusieurs jours au cœur de l’actualité ?

L’année 2013 a été l’année européenne de l’air dans une quasi indifférence générale… En octobre, le CIRC/OMS [1] avait classé la pollution atmosphérique comme cancérigène certain pour l’homme sans que cela ne fasse grand remous dans l’actualité nationale. La communication de l’OMS en juin 2012 sur le classement cancérigène des particules issues du diesel avait eu un peu plus d’écho, mais la question de santé publique a finalement été rapidement diluée dans les questions de fiscalité et des problèmes industriels que pose la spécificité de notre marché automobile. Ajouté à cela un débat houleux sur la taxe carbone et les 42 000 décès prématurés par an causés par les particules fines ont rapidement été oubliés.

Les épisodes de pollution aux particules qui ont traversé la France en décembre dernier et ces derniers jours ainsi que les mesures d’urgence qui ont été prises, ont sensibilisé les citoyens quant à l’impact de nos comportements notamment en terme de déplacements. Mais qu’en est-il de la prise en compte de l’enjeu majeur de santé publique que représente la mauvaise qualité de l’air ?

Santé publique – La pollution atmosphérique va-t-elle sortir du strict domaine environnemental et enfin être traitée comme un problème de santé publique majeur ?

Si les mesures d’urgence peuvent répondre au phénomène ponctuel de pic de pollution, aussi lié aux conditions météorologiques, elles ne suffisent pas à lutter contre la pollution de fond. Alors même que l’exposition chronique à la mauvaise qualité de l’air est responsable de l’essentiel de l’impact sanitaire : cancers, asthme, allergies et maladies respiratoires…

Tout au long de l’année, dans certains quartiers défavorisés, les habitants subissent la « double peine », d’être à la fois économiquement en difficulté et soumis à une exposition chronique à la pollution atmosphérique. La question de la qualité de l’air avant d’être environnementale est prioritairement sociale.

Quant aux enjeux nationaux, outre la santé publique, ils sont aussi financiers. Selon le CGEDD [2], le coût de la pollution pour la sécurité sociale est de 1,7 milliard d’euros par an.

Des mesures structurelles de long terme doivent maintenant être décidées pour réduire les émissions et respecter les valeurs européennes, mais aussi pour limiter l’exposition de la population à la pollution de l’air. D’autant qu’elle reste très nocive même en dessous des valeurs règlementaires (Etude The Lancet 09/12/13). Il faut en ce sens intégrer les exigences air et santé dans l’urbanisme de manière plus systématique.

Vers une approche intégrée air-climat-énergie – Cette vision globale et transversale est indispensable pour concilier les enjeux de pollution de l’air et de réchauffement climatique, les actions visant à réduire les émissions s’appuient sur les mêmes leviers : efficacité énergétique, baisse du trafic routier, aérien etc., renouvellement d’équipements de chauffage, isolation des bâtiments, substitution d’énergie… mais peuvent avoir des impacts antagonistes. Par exemple, les installations de chauffage au bois, énergie encouragée car renouvelable, peuvent polluer l’air.

Il est aujourd’hui nécessaire que l’approche transversale Air-Climat-Énergie dans laquelle doit s’inscrire la mise en œuvre de la transition énergétique soit renforcée dans le cadre législatif pour assurer la cohérence des actions menées en faveur du climat et de la santé.

La prochaine Loi de Programmation sur la Transition Energétique est l’occasion de prévoir des mesures fortes et cohérentes.

Engagement politique – Avant toute chose un engagement interministériel est indispensable. Philippe Martin l’a assuré « Le gouvernement est engagé et continuera de s’engager dans la réduction des émissions des polluants atmosphériques dans tous les secteurs émetteurs ».

En effet, tous les secteurs sont concernés : les causes de la pollution aux particules fines sont multiples, avec des parts différentes selon les régions et les périodes : le trafic, les émissions industrielles locales et non locales, l’épandage agricole, le chauffage urbain, le chauffage individuel au bois etc… Les solutions à envisager interrogent à la fois nos modes de production, les choix industriels faits dans le passé et notre capacité à les faire évoluer (le diesel, l’électromobilité). Les freins potentiels sont aussi multiples : comment rendre opérationnelles financer et industrialiser les solutions innovantes, quels seraient les impacts d’une éventuelle fiscalité sur les ménages et sa capacité à faire évoluer les comportements ? Doit on être incitatif ? Punitif ? Comment compenser le poids de cette fiscalité sur les plus modestes qui n’ont pas le choix de leur moyen de transport ou de chauffage ? A ces questions se heurte encore la nécessité d’équilibre de nos comptes publics qui nous contraint à trouver des recettes là ou on génère une dépense.

Pour agir il faut donc maintenant un engagement des ministres de la Santé, du Redressement productif, des Finances, de l’Agriculture, des Transports… et bien entendu de la Ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique.

D’autant que loi de Modernisation de l’Action Publique et de l’Affirmation des Métropoles attribue désormais de nouvelles compétences aux collectivités en confiant aux métropoles la lutte contre la pollution de l’air et aux régions la stratégie air climat énergie.

Citoyenneté- Redécouvrir la citoyenneté : un des effets pédagogiques des mesures d’urgence.

Etre citoyen, comprendre l’utilité des efforts demandés, sont aussi des facteurs de réussite de la transition énergétique et de l’amélioration de la qualité de l’Air et les Français des zones concernées ont plutôt bien joué le jeu, mais cet effort doit être soutenu, expliqué, conforté.

Or, l’actualité est bien plus volatile que les particules, à l’heure où sont écrites ces lignes deux reportages que nous venions d’enregistrer sont déprogrammés, motif : « l’indice est seulement médiocre aujourd’hui ».

Il ne va pas falloir baisser les bras, mais continuer à en parler et surtout agir !