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[EDITORIAL] RÉFORME TERRITORIALE
Rendre le pouvoir au citoyen
Jean-Baptiste Forray | France | Opinions | Publié le 17/02/2014 | Mis à jour le 19/02/2014

A la veille des scrutins du printemps, la défiance envers les élus n’a jamais été aussi massive. L’abstention, qui ne cesse de grimper au fil des éditions municipales, devrait, selon les sondeurs, atteindre des sommets les 23 et 30 mars.
Le millefeuille politico-administratif apparaît de plus en plus indigeste à beaucoup. Les réformes territoriales, qui s’empilent à vitesse grand V, n’ont en rien allégé l’édifice.
De pôles métropolitains en pôles d’équilibre territoriaux et ruraux, de métropoles de droit commun en métropoles particulières, le citoyen perd son latin. Les tenants de « l’intelligence locale » ont beau jeu de rétorquer que ces dispositifs ne visent pas la lisibilité mais l’efficacité. Ces nouvelles structures, arguent-ils, ne sont que le reflet d’une société ultracomplexe.

Les élus entre eux – Ce discours présente un inconvénient majeur : il laisse la population sur le bord de la route. La technicisation et la dépolitisation de l’action publique locale, pointées par Fabien Desage et David Guéranger dans un article récent du « Monde diplomatique », alimentent la désaffection démocratique.

La décentralisation a, certes, permis de doper l’investissement et d’offrir une palette de services publics « XXL ». Mais son but initial, rendre le pouvoir au citoyen, a été quelque peu perdu de vue. La loi « métropoles » accentue cette tendance. Les conférences territoriales de l’action publique, au sein desquelles les élus négocieront des bouts de compétence, donnent corps à l’aveu de Patrick Devedjian. En 2003, ministre délégué aux Libertés locales, celui-ci déclarait : « La décentralisation est faite par les élus locaux pour les élus locaux. »

Pour un référendum – Face à la crise politique qui ravage « la France périphérique » chère au géographe Christophe Guilluy, convier le peuple serait de bon ton. Oui, toute réforme ambitieuse passe par un référendum. Malgré leur bonne volonté, les parlementaires, eux-mêmes élus locaux, ont montré leurs limites. Trop d’intérêts sont en jeu à l’Assemblée et au Sénat qui s’affrontent pour mieux s’annihiler.

Redécoupage en une quinzaine de régions, suppression du département en milieu urbain, élection des métropoles au suffrage universel direct, limitation à trois mandats exécutifs locaux consécutifs (un premier pour impulser, un deuxième pour réaliser, un troisième pour transmettre), pouvoirs du Sénat revus à la baisse : toutes ces mesures d’utilité publique pourraient faire l’objet d’une consultation unique.
Plusieurs de ces pistes, cela tombe bien, ont été ouvertes par François Hollande lors de ses vœux. Au président de la République, désormais, de transformer l’essai.