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DOSSIER : Pourquoi et comment les collectivités doivent lutter contre les nitrates ?
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/221370/algues-vertes-les-collectivites-nattendent-pas-de-miracle-de-la-chabasite/

ENVIRONNEMENT
Algues vertes : les collectivités n’attendent pas de miracle de la chabasite
Stéphanie Stoll | Actualité Club Techni.Cités | Régions | Publié le 17/02/2014 | Mis à jour le 18/02/2014

Un minéral extrait en Italie, réduit en poudre et incorporé aux aliments porcins ou aux amendements des sols saurait-il résoudre le fléau des marées vertes qui pollue les côtes bretonnes depuis une quarantaine d’années et, plus récemment, les côtes normandes et atlantiques ? L’Etat et deux collectivités bretonnes ont financé les études de la société montpelliéraine qui souhaite importer cette chabasite.

En 2011, les élus et le préfet de Bretagne sont abordés par Jacques Bouyer, directeur de Provalis, une société de négoce de produits chimiques, basée à Béziers. Il recherche l’appui des pouvoirs publics afin de démontrer les effets qu’aurait l’introduction dans les techniques agricoles de la chabasite, une roche volcanique qui capterait l’ammoniaque des lisiers. L’enjeu intéresse les Bretons confrontés aux marées vertes, phénomène lié à l’excès de nitrates dans les cours d’eau et, en amont, à l’épandage des effluents [1] d’élevage.

Deux expérimentations financées sur fonds publics – L’année suivante, Jacques Bouyer crée une nouvelle société, Nitracure, et la préfecture de Bretagne accepte de financer 80% d’un programme de recherche estimé à 46 000 euros et destiné à évaluer l’impact de l’introduction de 3% de chabasite dans l’alimentation des cochons. L’expérimentation est confiée à l’Institut du porc [2] qui a communiqué ses résultats, encourageants, au début du mois de février. Il est ainsi montré que la chabasite permet de diminuer, de façon sensible, les rejets azotés présents dans les lisiers [3] (36% pendant la période d’engraissement et 9% pendant la période de finition).

Un second volet de recherche concerne l’apport de chabasite en plein champ afin de capter l’azote contenu dans les effluents d’élevage épandus. Missionnée par Nitracure, la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne propose un premier protocole pour un coût de 180 000 euros hors taxes ; les services de l’Etat demandent à la Chambre que soit revu à la baisse le programme de recherche. C’est ainsi que démarre, au début de l’année 2013, un essai sur une parcelle agricole à Quimperlé (Finistère). Le budget de 34 292,50 euros hors taxe est financé à parts égales par l’Etat, le conseil régional de Bretagne, le conseil général des Côtes-d’Armor et l’industriel.

Un coût prohibitif – « Il faut trois années de culture pour obtenir des résultats calibrés, explique Olivier Manceau, chargé du dossier à la Chambre d’agriculture. A la fin de l’hiver dernier, on a incorporé la chabasite après le fauchage du couvert végétal d’hiver. En mai 2013, on a semé du maïs et maintenant la parcelle est en céréales. » En préfecture, la mission interdépartementale et régionale de l’eau a observé que « le coût de l’épandage de cet élément est pour le moment prohibitif (1320 euros par hectare). Même si un passage en phase industrielle permettrait certainement de diminuer ce coût, il paraît peu vraisemblable que des exploitants feront ce choix économique ». « Le financement public de cette expérimentation pose la question du lien avec les investissements de recherche et développement normaux que doit consentir une entreprise privée quand elle souhaite lancer un nouveau produit sur le marché, et convaincre de son utilité, » ajoutent les services de l’Etat.

La chabasite n’est pas le premier minéral curatif identifié pour lutter contre les marées vertes. En 2010, un universitaire nancéen proposait d’utiliser la fougerite pour capter les nitrates aux embouchures des cours d’eau. « La solution miracle contre les algues vertes n’existe pas, commente Jean-Paul Hamon, chef du service de l’environnement à la Chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor. Nous avons plusieurs fois été confrontés à diverses solutions qui ne sont pas toujours en phase avec l’ampleur du phénomène des marées vertes. »

Qui paiera la chabasite ? – L’été passé, une délégation des Côtes-d’Armor s’est rendu dans le nord de l’Italie où la chabasite est utilisée pour limiter les mauvaises odeurs des élevages porcins. Au début du mois de mars, le conseil général réunira les représentants de la société Nitracure avec les services de l’Etat et le conseil régional, pour présenter les résultats de l’Institut du porc et le protocole de la Chambre d’agriculture et envisager une expérimentation plus large sur un bassin versant. « L’objectif est de passer à une expérimentation sur un bassin versant, explique-t-on dans l’entourage du président du conseil général, Claudy Lebreton. Le modèle économique peut être soutenu, au début, par les deniers publics, ensuite, il devra être viable. » Toutefois, la chabasite suscite davantage de circonspection à l’échelon régional.« Je n’ai pas de raison de douter des résultats qui donnent un rôle positif à la chabasite, ensuite, il faut traiter la question de manière économique, observe Michel Morin, vice-président du conseil régional de Bretagne, chargé de l’agriculture. Cela coûte quatre euros par porc, qui va payer ? La société Nitracure a compris que ce n’est pas l’argent public qui financerait la chabasite. C’est donc à la filière porcine de trouver une méthode de financement si elle estime qu’il y a un intérêt. »

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