Transports

Lignes TER : « les régions ne doivent pas se contenter de dénoncer l’Etat », selon la Fnaut

Par • Club : Club Techni.Cités

La fédération des usagers des transports vient d’éditer une liste d’une vingtaine de lignes TER menacées de fermeture d’ici dix ans. Elle renvoie l’Etat, la SNCF, mais aussi les régions à leurs responsabilités pour les éviter. Ce qui a fait réagir les régions.

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Dans le match qui oppose en ce moment les régions et la SNCF autour de la gestion des TER, la Fnaut vient d’entrer sur le terrain, taclant tour à tour les deux protagonistes, de manière plutôt virile.
La fédération nationale d’associations des usagers des transports vient de faire paraître dans son bulletin bimestriel la liste d’une vingtaine de lignes régionales menacées, selon elle, de disparition dans les dix ans à venir. Et pour Jean Sivardière, président de la fédération, les responsabilités sont partagées par l’Etat, via la SNCF et RFF, et par les régions, qui exploitent depuis une dizaine d’années ces liaisons : « cette situation provient d’une exploitation déficiente et coûteuse de la SNCF et des régions », dénonce-t-il.

« Tout est fait pour dégouter l’usager » – Pour la Fnaut, le processus est insidieux mais en accélération : « On voit disparaître des lignes chaque année discrètement comme Verdun-Châlons-en-Champagne dernièrement », s’insurge Jean Sivardière. « Horaires et correspondances inadaptés aux besoins, dégradation des infrastructures et du service, matériel vétuste, tout est fait pour dégouter l’usager de certaines lignes qu’il ne reste ensuite plus qu’à fermer », poursuit-il.

Même si cette liste reste « indicative » et n’annonce pas « forcément que les lignes qui y figurent sont condamnées », la Fnaut a voulu alerter l’opinion face à la dégradation des infrastructures et du service : « l’Etat n’a plus les moyens d’intervenir sur toutes les lignes et les régions disent qu’elles n’ont plus d’argent, mais c’est faux : Midi-Pyrénées par exemple a choisi d’investir dans son réseau régional ferroviaire, tandis que d’autres misent sur des infrastructures inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes ou le canal Seine-Nord ».

« Les régions doivent être plus fermes  » – Pour éviter ces fermetures, la Fnaut veut désormais pousser les régions à être « plus fermes avec la SNCF » et à intervenir directement. « Elles ne peuvent plus se contenter de dénoncer l’Etat », martèle Jean Sivadière. Surtout quand les régions sont jugées elles-mêmes responsables de la dégradation de la qualité des dessertes : « Nous sommes très inquiets sur l’avenir de certaines lignes inter-régionales qui souffrent de problèmes de coordination entre les régions concernées », note le président de la Fnaut.

« la Fnaut crie au loup » – La sortie de la fédération n’a pas laissé les régions insensibles. Alors qu’elle a désigné la ligne Thouars-La Roche-sur-Yon menacée de fermeture, le conseil régional des Pays de Loire a aussitôt démenti : «La Fnaut, apparemment en mal de sensationnel, a décidé de faire sa rentrée sur la base de fausses informations.

Agiter des chiffons rouges et crier au loup en colportant des informations erronées est un comportement tout à fait irresponsable », a répliqué dans un communiqué Gilles Bontemps, vice-président de la région Pays de la Loire en charge des transports. Selon le journal local La Nouvelle République, la région Poitou-Charentes, responsable de l’autre moitié de la ligne, a fait savoir qu’elle n’a pas l’intention de fermer la ligne.

« Nous ne pourrons pas aller plus loin » pour les TER – L’interpellation de la Fnaut a également poussé Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées à reconnaître que les investissements entrepris par les exécutifs régionaux en matière ferroviaire étaient « à fonds perdus ». « Je suis un défenseur du rail et l’ai démontré. Mais nous ne pourrons pas aller plus loin », a-t-il déclaré.

En conséquence la région ne s’interdit pas « d’envisager – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – de transférer [certaines dessertes] sur la route, surtout si elles sont courtes et lorsqu’il y a par exemple moins d’une dizaine de voyageurs par train. Et ceci pour pouvoir répondre à la demande sur les lignes qui sont, elles, saturées ».

L’autocar départemental en concurrence du train régional ? – Bien que d’accord avec Martin Malvy sur le principe d’un transport ferroviaire « structurellement déficitaire », la Fnaut espère impulser une stratégie multimodale inverse à celle évoquée par le président de la région Midi-Pyrénées : « Je n’ai rien contre les autocars, mais ils ne doivent pas être des concurrents du rail comme on le voit dans certaines régions, surtout si ce sont les départements qui les mettent en place », juge Jean Sivardière.

« Ils doivent rabattre le trafic sur le rail et non l’inverse ; quand les lignes sont exploitées dans ce sens comme en Allemagne par exemple, les coûts deviennent supportables », poursuit-il. « Nous devons penser à l’offre globale de transport », admet Martin Malvy, et « s’interroger sur les meilleures conditions de gestion du système ferroviaire et de la meilleure utilisation des financements considérables que nous leur apportons s’impose. »

Convergence sur la libéralisation – Peu à peu, en effet, les régions et la Fnaut se rapprochent sur la nécessité de gérer les réseaux de transports au plus près des réalités des besoins locaux.
En ligne de mire, l’ouverture à la concurrence des lignes voyageurs en 2019 ou 2022, prévue dans le 4e paquet des mesures ferroviaires, examiné par les Eurodéputés depuis le 17 décembre 2013 : « Le président de l’ARF (Alain Rousset, ndlr) le dit comme nous : il faut aller dans la direction de la libéralisation, en particulier pour les lignes fragiles, afin de réduire les coûts d’au moins 30 %, selon les propres estimations de la SNCF », s’exclame Jean Sivardière.

Le transporteur ferroviaire, en retrait dans la polémique sur les menaces autour de l’avenir des lignes TER, accompagne d’une certaine manière le mouvement en négociant, depuis le 20 décembre 2013, avec les syndicats, l’adoption d’une convention collective commune aux cheminots du public et du privé. Pour préparer un retour vers les compagnies privées à dessertes régionale du XIXe siècle ?

Les lignes menacées

  • (Clermont-Ferrand)-Laqueuille-Ussel
  • Marvejols-Mende
  • Saint-Pol – Etaples
  • Ascq-Orchies
  • Abbeville et Abancourt-Le Tréport
  • Morlaix-Roscoff (2 AR/jour)
  • Laon-Hirson
  • Epinal – Saint-Dié
  • Nancy-Vittel-Merrey-Culmont
  • Andelot – Saint-Claude – Nurieux
  • La Roche sur Yon-Thouars
  • Thiers-Boën
  • Limoges-Brive par Saint-Yriex
  • Busseau-Aubusson-Felletin (1 AR/jour)
  • Périgueux-Le Buisson
  • Agen – Siorac en Périgord
  • Ligne des Causses (Bédarieux-Millau, Séverac – Saint Chély-d’Apcher)
  • Ligne des Cévennes
  • Rodez – Séverac-le-Château
  • (Carcassonne)-Limoux-Quillan
  • Paray-le-Monial – Lozanne
  • Livron-Aspres sur Buech
  • Montréjeau-Luchon
  • Villefranche-La Tour de Carol
  • Breil-Coni.
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