[Billet] Espèces envahissantes

La lutte contre l’ambroisie, une victime collatérale de l’affrontement droite-gauche ?

| Mis à jour le 10/01/2014
Par • Club : Club Techni.Cités

stadelpeter - Fotolia

Limiter au plus vite la prolifération de l'ambroisie : cet impératif semble faire consensus au sein de la classe politique. La proposition de loi sur la lutte contre cette plante allergisante, présentée jeudi 5 décembre 2013 à l’Assemblée nationale, a pourtant subi un renvoi en commission. Son auteur, un député de l'opposition, y voit une « manœuvre » politique.

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La lutte contre l’ambroisie est déjà, dans beaucoup de collectivités, une réalité, mais un cadre législatif national lui fait toujours défaut. Son éradication est aujourd’hui, de l’avis général, impossible. Toutefois, se donner les moyens d’enrayer sa prolifération galopante constituerait déjà  une étape importante.

Dans la seule région Rhône-Alpes, 10 à 12 % de la population seraient allergiques au pollen d’ambroisie, selon le Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), une proportion en hausse de 70 % entre 2008 et 2011. Sur cette même période, les dépenses de santé liées à cette plante fortement allergisante(1) ont grimpé de 90 %, pour atteindre 20 millions d’euros, si l’on en croit les comptes de l’observatoire régional de santé.

Et l’ambroisie s’est déjà largement répandue en dehors de la vallée du Rhône, colonisant progressivement la Bourgogne, le Centre, l’Auvergne, Paca, et, dans une moindre mesure, quasiment toutes les autres régions métropolitaines, ainsi que certains départements d’outre-mer.

Stopper la prolifération – Pour empêcher de nouvelles disséminations, la proposition de loi du député UMP de l’Isère, Alain Moyne-Bressand, prévoyait de déclarer l’ambroisie à feuilles d’armoise – la plus répandue en France – « végétal nuisible pour la santé publique » et d’obliger « tout occupant légal d’une parcelle [touchée] » à « procéder, à ses frais, à la suppression de cette plante, avant sa floraison ».

Le texte instaurait également l’obligation de mettre en place des mesures visant à empêcher la diffusion des semences (via les gravats, les machines de chantier…) et à prévenir le développement de la plante sur des sols nus (grâce à des couvre-sols par exemple). Il instituait des « référents » ambroisie dans chaque commune, intégrés dans un dispositif d’acteurs de divers échelons territoriaux (intercommunal, départemental, régional et interrégional) coordonnés par les services des ministères de la Santé, des Transports, de l’Agriculture et de l’Environnement.

Consensus stérile – Tout le monde s’accordant sur l’ampleur du phénomène et sur la nécessité d’agir rapidement, la proposition de loi était vouée, pouvait-on-croire, à un relatif consensus lors de son passage au vote à l’Assemblée nationale, le 5 décembre 2013. Et pourtant…

Pourtant, après avoir rappelé le coût « particulièrement élevé » de l’ambroisie pour notre système de santé, après avoir souligné la nécessité « de prendre rapidement des mesures efficaces », après avoir indiqué que « plusieurs pays européens, asiatiques et américains » ont déjà adopté « avec succès » des dispositifs législatifs similaires, Dominique Bertinotti, ministre de la Famille, qui représentait le gouvernement en séance, a plaidé pour… le renvoi de la proposition de loi en commission(2). Or, comme l’a fait remarquer la députée écologiste Laurence Abeille, « renvoyer un texte en commission, c’est, d’une certaine façon, l’enterrer ».

Élargir à l’ensemble des « nuisibles » – Les raisons invoquées par le groupe majoritaire à l’Assemblée pour justifier ce retour à la case départ ? « Un certain nombre d’imprécisions », un texte « incomplet dans la forme », une définition imprécise de l’expression « organismes nuisibles », une répartition des rôles entre préfets, maires et services de l’Etat jugée « pas claire », et surtout la volonté gouvernementale d’inscrire la lutte contre l’ambroisie « dans le cadre plus large d’un combat contre l’ensemble des espèces végétales ou animales nuisibles pour la santé humaine », comme les chenilles processionnaires, les papillons de cendre ou encore les puces de lit.

Dépité, Alain Moyne-Bressand y a vu davantage une « manoeuvre » destinée à « privilégier en fait une autre proposition de loi » à venir, socialiste cette fois. Il n’est pas interdit de penser, en effet, que ce texte aurait peut-être été adopté s’il n’avait pas émané de l’opposition…

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