Accessibilité

Handicap mental : une accessibilité hors normes

| Mis à jour le 11/02/2015
Par • Club : Club Techni.Cités

L’accessibilité pour les personnes handicapées mentales repose sur l’accueil et l’accompagnement. Mais elle n’est pas réglementée et les collectivités sont toujours en recherche de mode d’emploi.

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Accessibilité : l’échéance de 2015 (officiellement) maintenue

On compte, en France, environ 700 000 personnes handicapées mentales, «700 000 citoyens invisibles », écrit l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei), dans son Manifeste pour une société accessible (2010).
Enfants ou adultes, elles éprouvent des difficultés à se repérer dans l’espace ou dans le temps, à comprendre leur environnement, à lire ou à écrire, à saisir des mots abstraits, à fixer leur attention….

« Il faut prendre en compte cette spécificité, répète Christel Prado, la présidente de l’Unapei : la réponse passe par l’utilisation d’un langage simple – un sujet et un verbe par phrase -, d’une signalétique adaptée, de logos, de pictogrammes, de codes couleur… ».
Mais cela nécessite encore beaucoup de pédagogie auprès des maîtres d’ouvrage et des maitres d’œuvre, car, ici, l’accessibilité se résume d’autant moins à la mise en conformité du cadre bâti qu’il n’existe pas de normes.

Les collectivités se sont familiarisées avec les inclinaisons de pente, les largeurs de porte ou les contrastes visuels des nez de marche, mais pour le handicap mental elles le disent souvent : elles ne savent pas faire. En effet, la réglementation cible essentiellement le handicap physique et sensoriel. Même la norme RGAA applicable à l’internet public passe tout simplement la déficience intellectuelle à la trappe, ce qui indigne Christel Prado : « être informée à distance, oralement et simplement, est pourtant précieux pour une personne handicapée mentale ».

Un guide et un pictogramme – Le paradoxe est que la mise en œuvre de cette accessibilité-là ne mobilise pas forcément des moyens financiers très lourds. Pourtant la France est à la traîne.

L’Unapei a donc édité un Guide de l’accessibilité avec la participation de l’association d’auto-représentants Nous Aussi. Il s’agit d’un recueil de préconisations et de conseils pratiques pour aider les acteurs institutionnels et économiques à accueillir et accompagner de manière adaptée les personnes handicapées mentales dans les différentes situations du quotidien. Mais aussi d’un outil de promotion du pictogramme S3A qui valide leur démarche et signale aux personnes handicapées mentales les établissements, services ou produits qui leur sont accessibles.

Une journée d’échanges sur la ville – L’accessibilité repose, en effet, sur deux piliers : l’accueil et l’accompagnement. Pour les collectivités locales, cela passe par la sensibilisation des élus et la formation des agents. La 11è journée d’échanges « Ville accessible à tous » titrée « Ville accessible à tous : ville accueillante et compréhensible ? » devrait le confirmer le 28 novembre. C’est une première. Organisée conjointement par le Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (Certu) de Lyon, la délégation Rhône Alpes-Lyon du CNFPT et l’AITF, elle abordera les besoins liés aux handicaps mentaux, cognitifs et psychiques, et la façon d’y répondre au mieux… Ce qui s’avère souvent profiter à tous – les associations citent les étrangers, les touristes, les illettrés…

Val de Marne : une concertation à part entière – Initiée à l’été 2012 par le conseil général du Val-de-Marne, une démarche de concertation pourrait servir de modèle. Baptisée « Mes idées aussi ?! », elle a consisté à organiser, en partenariat avec deux associations gestionnaires d’établissements, des « ateliers-citoyens » réunissant 26 personnes handicapées mentales sur quatre thématiques de la vie quotidienne : le transport et les déplacements dans la ville, le logement, l’autonomie, le regard des autres.

Ils ont privilégié les modes d’expression simples, oral plutôt qu’écrit, image, représentation graphique, dessin… et ont débouché sur 158 recommandations visant à améliorer les politiques publiques départementales. Analysées par une quarantaine d’agents des 17 directions concernées, elles ont été regroupées en 78 actions prioritaires et présentées le 17 juin 2013, au cours d’une journée solennelle de restitution.
« Nous voulons que les personnes handicapées mentales soient des citoyens à part entière », y a déclaré Christian Favier, le président du conseil général. Les 3e Assises départementales de l’accessibilité, réunies le 14 novembre, sur le thème de l’espace urbain et des transports ont aussi été l’occasion d’une présentation aux élus, associations, personnels des services et professionnels participants.

Des citoyens qui votent – Des citoyens à part entière ? « Quand je lis certains édito de journaux municipaux, je me dis que ce message a du mal à passer », ironise Christel Prado. En cette année préélectorale, l’Unapei recommande, de nouveau, une version simplifiée des documents et professions de foi, comme l’a fait le gouvernement dans un « Memento pratique à l’usage des candidats » actualisé, en 2012, à la veille des présidentielles. Tous handicaps confondus, il donne des conseils simples aux chargés de campagne. Simples, et souvent, là aussi, profitables à tous.
Car il ne faut pas oublier que, depuis 2009, les personnes sous tutelle de plus de 18 ans peuvent voter (loi du 19 février 2007 portant réforme de l’assurance de protection juridique). Elles ont pu le faire pour la première fois en 2012. On estime leur nombre à 100 000 environ, ce qui porte à 400 000 le nombre total des personnes handicapées mentales en âge d’être inscrites sur les listes électorales…

Des ambassadeurs pour porter le message ? – Pour porter inlassablement le message, Christel Prado compte aussi sur l’une des mesures du comité interministériel du handicap (CIH) du 25 septembre : le recrutement à partir de 2014 de 1000 ambassadeurs de l’accessibilité. «Nous sommes persuadés que ces jeunes en service civique sauront convaincre », dit-elle. Une petite lueur d’optimisme, au moment où les associations de personnes handicapées membres du Comité d’entente, réuni le 7 novembre, expriment leur déception sur l’ouverture des deux chantiers du CIH : les agendas d’accessibilité programmée et l’ajustement des normes…

Le Certu lance une collection de fiches pratiques « Handicaps et usages »

Les acteurs, décideurs et techniciens, qui travaillent à améliorer l’accessibilité du cadre de vie se trouvent souvent démunis pour prendre en compte tous les handicaps visés par la loi de 2005. Le Certu vient donc de lancer une collection de fiches pratiques « Handicaps et usages », à télécharger gratuitement. Leur vocation est de les aider à comprendre les situations de handicap rencontrées par les usagers dans leur diversité.
La fiche n°1, mise en ligne le 15 novembre, porte précisément sur « Handicaps mentaux, cognitifs et psychiques : Quelles pistes pour améliorer l’accessibilité ». Cette fiche apporte des éléments de réponse en proposant notamment de travailler sur la préparation au déplacement et à l’accès aux équipements, l’assistance humaine, l’information et la signalétique, la qualité des espaces et des ambiances sensibles.

La fiche n°2, mise en ligne en même temps, porte sur la démarche de Saint-Etienne Métropole pour la réhabilitation et la mise en accessibilité du stade Geoffroy Guichard, avec une attention particulière pour les personnes handicapées mentales. Cette démarche et ces outils comportent des éléments reproductibles pouvant être utiles à d’autres maîtres d’ouvrage.

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