Eau et assainissement

Prix du mètre cube d’eau : le «palmarès discutable» de Que choisir

Par • Club : Club Techni.Cités

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L’édition de novembre 2013 du mensuel Que choisir consacre un dossier aux factures d’eau, objets d’« écarts injustifiables ». Pour la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), les faiblesses méthodologiques de l’étude fragilisent ses conclusions. Et le prix ne saurait être l’unique critère d’appréciation de la performance d’un service.

Périodiquement – en particulier à l’approche d’élections locales -, Que choisir publie un dossier sur le prix de l’eau. Dans son édition de novembre, le magazine met ainsi en avant « des écarts vertigineux entre les villes ». D’Antibes à Béziers, la facture annuelle d’un ménage varie de 180 à 561 euros (pour une consommation de 120 m3), selon ses calculs.

Et tout aussi régulièrement, le journal de l’Union française des consommateurs est décrié pour ses lacunes méthodologiques. Sa dernière livraison « manque de vision globale et conduit à présenter un ‘palmarès’ discutable », juge ainsi la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR).

 Une référence fragile – Principal grief : les calculs se basent sur une consommation annuelle de 120 m3/an, alors que celle « d’un ménage moyen de deux ou trois personnes est de l’ordre de 50 à 70 m3 », note la Fédération dans un récent communiqué. « Cela limite de beaucoup la portée des conclusions de Que choisir, estime Michel Desmars, chef du département eau et assainissement de la FNCCR. Les 120 m3/an sont une référence Insee très ancienne, qui n’est pas du tout représentative de ce que paie le foyer français moyen. C’est pourquoi nous faisons toujours des comparaisons portant sur plusieurs niveaux de consommation. Et il arrive que, pour un volume de 60 m3/an, on n’obtienne pas le même classement que pour 120 m3/an, du fait des diversités tarifaires d’une collectivité à l’autre (part de l’abonnement dans la facture totale, application de tarifs progressifs ou dégressifs), explique l’expert de la Fédération.Si l’on s’en tient au critère prix, il faut donc l’étudier pour plusieurs niveaux de volumes consommés. » Dans son communiqué, la FNCCR affirme que « le prix réel payé par le consommateur est (…) presque toujours différent du prix pour 120 m3 par an présenté dans l’article de Que choisir ». Dont le classement présente donc « une valeur très relative ».

D’autant que les 40 % de Français vivant en habitat collectif ne reçoivent pas de facture d’eau, dépense que le gestionnaire d’immeuble inclut dans les charges « à un prix majoré par rapport à celui du service public », note le communiqué de la FNCCR. A l’arrivée, « le prix réel payé par le consommateur est donc presque toujours différent du prix pour 120 m3/an présenté dans l’article de Que choisir », observe la Fédération.

 Un indicateur insuffisant – Surtout, aux yeux de la FNCCR, « on ne peut faire de comparaison entre territoires à partir du seul indicateur du prix du m3, considère Michel Desmars. Une collectivité qui affiche un prix bas n’a aucun mérite à cela si elle n’engage pas de travaux. » Dans son communiqué, la Fédération alerte sur le sous-investissement chronique que peut masquer un faible tarif. « Dans ce cas, les consommateurs profiteront pendant quelques années d’une sorte de ‘cadeau empoisonné’ car ce n’est pas durable et, tôt ou tard, il faudra soit réinvestir (avec de très fortes augmentations tarifaires), soit accepter une dégradation du fonctionnement du service ». A l’inverse, l’agglomération de Saint-Nazaire illustre le cas où un prix élevé reflète de lourds investissements (lire Focus ci-dessous).

Outre le prix, la méthode de comparaison entre services d’eau définie par la Fédération retient quatre autres paramètres : la gestion du patrimoine (performance et renouvellement du réseau), la qualité de service à l’usager (respect des délais de branchement, coupures, traitement des réclamations), la qualité de l’eau (protection de la ressource) et les aspects économiques et financiers (investissements, recettes, coûts d’exploitation). Pour l’assainissement, la méthode  inclut le prix du service parmi ces éléments économiques et financiers, les autres aspects étant l’efficacité de la collecte et du traitement, la gestion du patrimoine et le service à l’abonné. « Il faut une analyse multicritère », prêche Michel Desmars.

 Une concurrence qu’aiguise l’éventualité d’une régie – La FNCCR note toutefois que le mensuel consumériste se montre aujourd’hui moins excessif qu’en 2006 : « Le magazine avait alors voulu recalculer les prix théoriques de l’eau, selon une méthode contestable et à partir de données datées, rappelle Michel Desmars. Il avançait des contrevérités, des conclusions erronées et utilisait un vocabulaire inapproprié, parlant ainsi de ‘surfacturations’, évocatrices de fraude. »

En 2013, la Fédération partage même certaines conclusions de Que choisir. « La concurrence s’est incontestablement renforcée, confirme Michel Desmars. Il n’y a pas forcément plus de candidats répondant aux appels d’offre, car les sociétés en capacité de concourir sont en nombre limité. Mais les prétendants se battent âprement pour remporter le contrat et on ne se présente plus pour faire de la figuration sans être réellement motivé. En outre, la perspective d’un passage en régie aiguise cette concurrence. »

Mais contrairement au journal, la FNCCR n’écarte pas l’éventualité de services « low cost », aux prix significativement revus à la baisse et à la qualité de service allant de pair. « Il faut quelques années de recul sur l’application du contrat pour constater un affaiblissement des prestations du délégataire, prévient Michel Desmars. Certes, le contrat inclut des clauses pour éviter une dégradation du service mais tout n’est pas inscrit pas dans le document écrit. Beaucoup dépend de la qualité de l’exploitant et des moyens qu’il alloue à l’exécution du contrat », conclut l’expert.

« L’approche est trop simpliste », selon l’agglomération de Saint-Nazaire

Le mètre cube se paie 4,2 euros dans l’agglomération de Saint-Nazaire. Ce qui la place parmi les territoires facturant l’eau « très cher », selon Que choisir. C’est l’assainissement qui gonfle la note, sous l’effet de trois facteurs, expliquent les gestionnaires du service : la modernisation de l’outil épuratoire, le traitement poussé des effluents du fait de la sensibilité du milieu récepteur et la dispersion de l’habitat en zone périurbaine.

 En trente ans de mandats locaux, Olivier Richard a pris l’habitude d’être courtisé par les grands groupes. Et ce n’est pas à la veille de passer le flambeau que le premier vice-président de la Communauté d’agglomération de la région nazairienne et de l’estuaire (Carene, 10 communes, 120 000 hab., Loire-Atlantique) va suivre le conseil de Que choisir, qui invite l’interco à engager une consultation auprès d’opérateurs privés, censée déboucher sur des économies de fonctionnement. « Quand la Carene a repris l’exploitation de services délégués par les communes à des entreprises, elle a récupéré certains réseaux dans un état épouvantable, relate Olivier Richard. Il a fallu engager de lourdes dépenses pour les mettre à niveau. »

 Le pic d’investissement est passé – Pour le premier vice-président, l’article de Que choisir montre bien « les limites du consumérisme : on met en évidence des chiffres, sans les décoder ». Ce à quoi s’emploie l’élu en charge des « grands services publics ». Ce dernier reconnaît d’emblée que la régie intercommunale (1) est « chère en assainissement », qui coûte 2,26 € (2) au mètre cube. Et pour cause : « Sur le mandat qui s’achève (2008-14), nous aurons investi 90 millions d’euros », indique l’élu. Du coup, la part ‘investissement’ représente la moitié du coût du mètre cube assaini, autant que le fonctionnement.

La seule restructuration des usines de traitement a d’ores et déjà mobilisé 75 millions. « On a fait table rase du passé, résume Christian Morin, directeur de l’eau et de l’assainissement de la Carene. Les dix anciennes stations d’épuration ont laissé place à sept usines neuves ou entièrement restructurées. Le pic d’investissement est derrière nous. » La Carene « a construit pour quarante à cinquante ans », complète Olivier Richard.

 Mer, marais et fleuve pour exutoires – La rénovation de l’outil d’assainissement s’imposait pour respecter les exigences réglementaires sur les rejets dans le milieu naturel. « Sans quoi, nous aurions été hors normes en 2015 », signale Olivier Richard. L’agglo est soumise à des seuils (azote, phosphore, paramètres microbiologiques) particulièrement sévères car elle est bordée par les marais du Parc naturel régional de Brière, la Loire et l’océan, associé aux enjeux de baignade et de pêche à pied.

En outre, la Carene a aujourd’hui dépensé la moitié des 15 millions d’euros prévus pour l’extension des réseaux de collecte d’eaux usées dans les secteurs périurbains, où l’assainissement à la parcelle est en partie supplanté par le système collectif. Le raccordement des bourgs et hameaux requiert de l’investissement puis renchérit les coûts d’exploitation, car ces zones desservent moins d’abonnés par linéaire de réseau que le cœur de l’agglomération.

 Les « écarts », sources de surcoût – En moyenne, chaque km2 du territoire héberge 375 habitants ; dans la ville-centre, la densité est quatre fois supérieure (1 457 hab./km2). « Avant que la gestion de l’eau devienne intercommunale, en 2002, le prix du mètre cube à Saint-Nazaire était inférieur de 30 % à son niveau actuel », rappelle Olivier Richard. Le lissage progressif des prix sur l’ensemble de l’interco s’est achevé en 2007, les économies d’échelle bénéficiant aux « écarts » c’est-à-dire aux zones périphériques peu peuplées. « A Lorient, l’assainissement est aujourd’hui géré au niveau de la ville, note le vice-président de l’agglo de Saint-Nazaire. Le prix y augmentera quand le service passera à l’échelle intercommunale et englobera des secteurs à l’habitat dispersé ».

 Un tarif dans la moyenne, grâce au prix maîtrisé de l’eau potable – A l’arrivée, c’est avant tout « le niveau élevé d’investissement qui impacte le prix de l’assainissement, pas l’exploitation du service », insiste Christian Morin, dénonçant au passage « l’approche trop simpliste » de Que choisir. Et les lourdes dépenses consenties dans la rénovation de l’assainissement maintiennent finalement l’interco dans la moyenne des territoires de 60 000 à 100 000 habitants étudiés par le mensuel. « Sur cette tranche de collectivités, le prix moyen s’établit à 4,2 €/m3, relève le directeur de l’eau et de l’assainissement. En dépit du coût élevé de l’assainissement, nous nous situons à 4,26 € (TTC et hors redevances agence de l’eau)/m3, soit un niveau acceptable, grâce à un prix de l’eau potable (1,47 €/m3) bien maîtrisé », se félicite-t-il. Olivier Richard apporte le point final à la riposte de Saint-Nazaire au magazine : « Si nous étions de mauvais gestionnaires, cela se traduirait aussi par un prix élevé du litre livré au robinet. »

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