Déchets

Montpellier Agglomération : la laborieuse mise en route de l’usine de méthanisation

| Mis à jour le 04/09/2013
Par • Club : Club Techni.Cités

L'usine de méthanisation Ametyst de Montpellier Agglomération.

© MONTPELLIER AGGLOMERATION

L’usine de méthanisation de Montpellier, la plus grosse du genre construite en France, sort de quatre années de rodage ardu. Après un investissement additionnel dépassant 10 % du coût de la construction, son fonctionnement semble enfin stabilisé. Et l’exploitation est en passe de changer de mains.

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Amétyst, l’usine de méthanisation de Montpellier, n’a plus d’exploitant désigné. Le 26 juin 2013, la communauté d’agglomération, maître d’ouvrage, a résilié à l’amiable la convention de délégation de service public (DSP) qui la liait au groupe Sita, initialement jusqu’en 2020. L’opérateur continuera à gérer le site jusqu’au 1er janvier 2015, date à laquelle le relaiera un nouvel exploitant, que désignera l’agglo à l’issue de l’appel d’offres qu’elle a lancé mi-août.

Motifs de la résiliation anticipée : une évolution du mode d’exploitation au fil des déboires techniques et une capacité de traitement inférieure à la capacité nominale annoncée par le constructeur.

Dysfonctionnements en série – Paradoxe, cette péripétie survient alors que le fonctionnement d’Amétyst semblait enfin maîtrisé, après quatre années de rodage laborieux. Inaugurée en juillet 2008, l’usine n’a été réceptionnée par l’agglo qu’en mars 2012. Un décalage de quatre ans dû à une série de dysfonctionnements.

Implantée au sud de Montpellier, dans un quartier où se côtoient villas et établissements industriels, l’usine s’est d’abord signalée par des émissions d’odeurs nauséabondes et des proliférations de mouches qui ont rapidement exaspéré les riverains. Pour réduire ces nuisances, il a fallu capoter des équipements, améliorer l’étanchéité des bâtiments, reconfigurer le système de traitement d’air, ajouter un troisième biofiltre. Des travaux se sont aussi imposés pour améliorer les performances de l’usine. Au total, 8,5 millions d’euros (financés à 48 % par Montpellier Agglomération) auront été investis dans l’unité après sa mise en service.

Le constructeur, Vinci Environnement, impute certains dysfonctionnements à l’hétérogénéité des déchets entrants. « Il n’était pas rare, dans les premiers temps, de trouver dans la fosse de réception des containeurs de déchets, des matelas ou des machines à laver », relate Karim Felidj, responsable des travaux chez Vinci Environnement. Ultime déconvenue : le 13 septembre 2010, alors que la situation semble en voie d’amélioration, un incendie accidentel endommage le hall de déshydratation. La réfection des locaux impose une marche au ralenti pendant dix-huit mois, obligeant l’agglomération à exporter une partie des déchets hors du département.

Bilan favorable pour l’énergie, décevant pour le compost – Depuis l’achèvement des travaux, fin avril 2012, le fonctionnement est considéré comme stabilisé. Amétyst accueille la totalité des ordures ménagères résiduelles (OMR) de l’agglomération (135 000 t en 2012). Les nuisances olfactives sont sensiblement réduites. « Il y a moins d’odeurs l’hiver mais celles-ci reviennent avec la chaleur », se plaint François Vasquez, porte-parole de l’Association des riverains. « Nous avons fait 80 % du chemin », estime Thierry Lamotte, directeur de l’activité traitement chez Sita Méditerranée.

Côté valorisation, la production énergétique est jugée satisfaisante. Le biogaz issu de la transformation des déchets alimente trois moteurs de cogénération de 1,2 MW qui produisent environ 1 800 kWh d’électricité par mois, vendue à EDF. La chaleur fatale couvre les besoins internes de l’usine ; le solde alimente le réseau de chaleur qui dessert le quartier voisin des Grisettes.

Le bilan matière est beaucoup moins favorable. La production de compost valorisable en agriculture ne dépasse pas 150 à 200 tonnes par mois (1 200 t en 2012). L’objectif annoncé lors de la mise en service de l’usine était de 24 000 t/an de compost d’OMR et 4 000 t de compost de biodéchets, issus du tri pratiqué dans l’habitat pavillonnaire.

Un process réinventé – Si l’usine a trouvé son régime de croisière, c’est sur un schéma différent de celui prévu à l’origine. A quelque chose malheur est bon : l’exploitation en mode dégradé, consécutive à l’incendie de 2010, a obligé Sita à innover. « Il a fallu maintenir la vie dans les digesteurs avec très peu de matière organique, explique Guillaume Ribour, directeur de l’usine. En un an, nous avons élaboré, pas à pas, un nouveau mode de fonctionnement. » Le travail, mené avec l’appui du centre de recherche de Suez Environnement, a débouché sur deux dépôts de brevets, portant sur la préparation de la matière et le pilotage des digesteurs.

Principal changement : la systématisation de la pré-fermentation. Le constructeur avait prévu initialement de faire transiter la fraction intermédiaire des ordures ménagères (granulométrie comprise entre 60 et 300 mm) dans trois tubes de pré-fermentation, les BRS (bioréacteurs stabilisateurs). La fraction fine (0/60 mm) était méthanisée directement. L’exploitant, lui, a choisi d’introduire dans les BRS toute la matière issu du tri amont (0-300 mm), puis de cribler finement le produit obtenu pour n’en conserver que la fraction comprise entre 0 et 20 mm (au lieu du 0/40 mm initial). « On obtient ainsi un produit sec, homogène, peu odorant, susceptible d’être stocké plusieurs jours et offrant un rapport azote/carbone constant, précise Guillaume Ribour. Notre objectif est d’obtenir une production de biogaz stable tout au long de l’année. »
L’intercommunalité a validé ce changement de process, qui constitue néanmoins l’un des motifs de résiliation de la convention passée avec Sita (moyennant une indemnité de 3,5 millions d’euros). Les modalités de fonctionnement, « parfaitement maîtrisées par l’exploitant », reconnaît-on à l’agglo, avaient trop évolué pour entrer dans le cadre du contrat initial. « La raison de cette résiliation est plus juridique qu’économique », précise Christian Fina, directeur général des services.

Autre argument avancé : la capacité réelle de l’usine (140 000 t/an) s’avère inférieure à celle prévue à sa construction (170 000 t/an). « Le site peut traiter les déchets de l’agglomération, pas ceux que l’exploitant capterait en dehors du territoire communautaire, explique le DGS. Privé de cette possibilité, Sita aurait été en droit de demander à l’intercommunalité de la dédommager. »
La future convention de DSP devra reposer sur un nouvel équilibre économique. L’amélioration du bilan matière constitue une piste privilégiée. « Il faut absolument que progresse la qualité du tri à la source, estime Christian Fina, ce qui permettra de réduire les volumes entrants et d’élever la qualité du compost. Il y a aussi des gains à réaliser dans la collecte des biodéchets, que nous pourrions aller chercher chez les professionnels. La production de combustible solide de récupération, à partir des refus légers, permettrait également d’améliorer le bilan de l’usine. »
Le bout du tunnel pour Amétyst ?

Les lignes dédiées aux biodéchets restent inexploitées

D’une capacité théorique de 203 000 tonnes par an (170 000 de déchets résiduels et 33 000 de biodéchets), Amétyst utilise un process de méthanisation par voie sèche (procédé suisse Kompogas). Un dispositif de tri mécano-biologique extrait la fraction fermentescible des déchets (de cuisine et de jardin, papiers et cartons, textiles sanitaires) et alimente huit digesteurs. Les refus de tri et le compost non valorisable, soit 70 à 75 % du tonnage entrant, sont stockés ou incinérés dans l’Hérault. Efficace pour la production de biogaz, l’usine ne l’est pas aujourd’hui pour celle de compost. D’autant que les deux digesteurs dédiés aux biodéchets sont inutilisés, faute d’approvisionnement suffisant. La matière organique collectée en porte à porte dans les quartiers pavillonaires est finalement broyée et mélangée au tout-venant préfermenté, pour en augmenter le pouvoir méthanogène.

Références

ACTEURS

  • Maître d’ouvrage : Montpellier Agglomération.
  • Constructeur : groupement Vinci Environnement/Sogea Sud/AT&E.
  • Exploitant : Novergie (groupe Sita).

CONTACT
Christian Fina, DGS de Montpellier Agglomération.

Tél. 04 67 13 60 00.

Commentaires

1  |  réagir

15/10/2013 10h06 - Raymond GIMILIO

Le marché public instruit selon la procédure du dialogue compétitif a abouti à sélectionner le consortium animé par Vinci (offre de base à 64.419.199,00 € HT). Il apparaît dans le dossier instruit en 2005 par la SERM, pour le compte de Montpellier-Agglomération, que Vinci ne justifiait que d’ « 1 seule référence de 75.000 t/an, en cours de réalisation », face à un concurrent expérimenté titulaire de 11 réalisations. Votre article met bien en évidence les « Dysfonctionnements en série » et les interventions pour « améliorer les performances de l’usine ». L’hétérogénéité des déchets invoquée serait entièrement imputable au manque de préparation du tri à la source dans l’agglo de Montpellier et à la collecte non-sélective !.

Comment faire marcher un tel monstre, fruit d’un mauvais marché sur lequel la justice devrait se prononcer. En attendant, les contribuables de Montpellier-Agglomération vont encore payer pour les erreurs de ses dirigeants.

Observatoire Indépendant des Déchets de l’Agglo de Montpellier

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