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ODONYMIE
Rouen féminise le nom de ses rues
Patrick Bottois | Régions | Publié le 28/08/2013

Pour combler l’important écart entre les appellations masculines et féminines de ses espaces publics, la ville de Rouen (110 933 habitants) en Seine-Maritime s’est lancée dans une politique de féminisation du nom de ses rues.

Il s’agit d’une « décision officialisée le 11 juillet 2013 à l’unanimité des élus lors d’un conseil municipal, mais en réflexion de longue date », précise Guy Pessiot, adjoint PS en charge du Tourisme et du Patrimoine. En substance, les élus ont voté que désormais 95% des nouvelles voiries ou des espaces publics de la capitale normande seront baptisées du nom d’une femme, rouennaise ou pas, peu ou prou connue.
En revanche, ils n’ont pas prévu, sauf exception, de débaptiser une rue pour la rebaptiser. Lors du même conseil, cinq rues et un « mail » ont été sélectionnés pour être ainsi baptisés et l’opération est en cours de réalisation.

Rétablir une égalité – Les conseillers municipaux sont partis d’un constat : sur les quelque mille rues qui composent la ville, 23 portent le nom d’une femme et environ 500 rues sont baptisées du nom d’un homme.
« Nous n’adoptons pas cette démarche pour être dans l’air du temps ou dans un simple souci de parité », explique l’élu, «nous voulons faire connaître autant les femmes dont nous apprécions une qualité ou une autre que les hommes célèbres. De plus nous donnons un sens à nos choix en fonction de nos valeurs et de l’histoire de ces femmes ».

Illustration avec, même si elle est exceptionnelle puisqu’il ne s’agit pas d’un espace public, le centre de services techniques municipaux. Appelé Caserne Pélissier, du nom d’un maréchal, gouverneur un temps en Algérie durant la colonisation, mais réputé violent, ce centre va se voir baptisé Charlotte Delbo. Résistante et survivante d’Auschwitz, cette femme proche du PCF, a entre autres défendu les « rappelés », ces soldats français refusant dans les années soixante d’aller combattre en Algérie et dont nombre d’entre eux furent enfermés dans cette caserne.
« Cet exemple résume l’esprit dans lequel nous voulons arrêter nos choix, pour lesquels, d’ailleurs, l’ensemble des services municipaux est consulté », souligne Guy Pessiot.

Autre exemple de l’état d’esprit de la démarche de la mairie, un mail paysager de l’Ouest de la ville va porter le nom de « Mail Andrée Putman », architecte d’intérieur et designer française décédée en début d’année, qui a notamment contribué à la rénovation intérieure du musée des Beaux-Arts de Rouen.

S’il est bien conscient que l’écart dans les appellations ne sera jamais totalement comblé, l’élu estime qu’une partie significative le sera cependant d’ici quelques années, avec la construction prévue sur des friches industrielles d’un nouveau quartier de 10 000 habitants où cette politique d’appellation sera appliquée à l’ensemble des rues.