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TRIBUNE
Bernard Mauplot : « Mixité des bâtiments : ni dogme, ni tabou »
Auteur associé | Opinions | Publié le 08/03/2013 | Mis à jour le 12/09/2013

Densité et mixité fonctionnelle [1] et sociale sont au coeur des projets urbains aujourd’hui. On regroupe logements, bureaux, commerces, équipements dans un même quartier, pour créer des lieux de vie, de ville, animés aux différents moments du jour et de la semaine. On favorise la mixité sociale [2] par un volontarisme politique. La mixité, c’est la cohabitation. On voit en elle un remède pour les maux de nos villes, proposant de l’urbanité là où elle manque cruellement.

Les architectes, particulièrement en Ile-de-France au regard de la densité urbaine de la région et de ses contrastes, soutiennent depuis longtemps cette approche humaniste de l’aménagement du territoire. Ils prônent également une mixité intergénérationnelle des logements tenant compte du vieillissement de la population et des typologies d’habitat susceptibles de répondre aux attentes de nos concitoyens. La diversité des espaces proposés est la condition d’une véritable mixité des modes de vie dans la cité, que ce soit à l’échelle du quartier ou du bâtiment.

Les bâtiments peuvent intégrer des fonctions différenciées : commerces, équipement en RDC, logements, bureaux en étages. Cela ajoute bien sûr une complexité, en termes de montage financier, de copropriété et de réglementation. C’est un frein à faire cohabiter ces fonctions dans une même opération, qui rend notre système incapable de porter financièrement la reconversion de bureaux ou de tours de nos grands ensembles pourtant souvent propices à accueillir cette mixité fonctionnelle, et donc voués à démolition.

Aujourd’hui, les enjeux du développement durable et de la rénovation énergétique offrent l’opportunité de favoriser la cohabitation des programmes, et le foisonnement des usages des bâtiments. Prendre en compte le temps réel d’occupation des lieux, alterner les dépenses énergétiques des bureaux le jour et des logements le soir, sont des solutions qui commencent à pénétrer les esprits.

S’il n’est pas indispensable d’imbriquer des programmes différents dans tous les bâtiments, dès lors que le quartier dans lequel ils s’inscrivent propose une diversité d’usages, il est impératif de mettre en oeuvre les moyens de profiter de leur complémentarité et de leurs besoins respectifs, pendant les heures d’occupation diurne et nocturne. Il s’agit simplement de profiter de la vie et de la chaleur des voisins, et réciproquement.

La mixité dans le bâtiment ne doit être ni un dogme ni un tabou. C’est une réponse parmi d’autres à des enjeux sociaux, culturels et énergétiques. Elle doit s’appuyer sur la spécificité de chaque situation urbaine et saisir les opportunités foncières et patrimoniales de chaque projet.