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Application interactive

Inégalités territoriales : mieux se situer pour affiner ses politiques sociales

Publié le 17/06/2013 • Par Sophie Le Gall • dans : A la une, Dossiers d'actualité, France

comparateur_paris_une
La Gazette
Élaboré par le Compas, en partenariat avec la Gazette des communes et l’Observatoire des inégalités, notre application « le Comparateur des territoires » offre une photographie détaillée de la distribution des revenus à l’échelle de la commune. Et l’indice d’inégalité comparé des communes à l’intérieur de leur département. Cette application a vocation à s'enrichir de nouveaux indicateurs dans les prochains mois.

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Cet article fait partie du dossier

Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche

« Nous souhaitons mettre à disposition des élus et des techniciens des collectivités territoriales un outil simple pour que chacun situe sa ville par rapport aux communes voisines – surtout si elles sont démographiquement comparables –, à son département et à sa région, en termes de revenus de ses administrés et donc des inégalités qui en découlent. Nous souhaitons également alimenter le débat sur les inégalités territoriales, débat qui va certainement s’aiguiser à l’approche des élections municipales. On peut imaginer que les candidats chercheront à affiner leur connaissance de la population pour bâtir leur programme », explique Louis Maurin, consultant au Compas (Centre d’observation et de mesure des politiques sociales) et fondateur de l’Observatoire des inégalités.

Besoin d’éclairage – Le Comparateur territorial s’adresse aussi au grand public « perdu dans des représentations floues de qui est riche et de qui ne l’est pas », souligne James Kuperminc, responsable de l’antenne parisienne du Compas.

« Les médias diffusent une image de la classe moyenne irréaliste : si une famille de la classe moyenne avait réellement le style de vie qu’on lui prête, elle devrait avoir un budget mensuel d’environ 6 000 euros alors que le budget réel est plus proche des 3 000 euros », explique le spécialiste.

Les Français auraient également beaucoup de mal à citer le salaire moyen (2 410 euros bruts mensuels, à ne pas confondre avec le salaire médian).
« Les hauts salaires ont tendance à se placer plus bas qu’ils ne le sont sur l’échelle des revenus, alors que les personnes ayant des revenus modestes savent, elles, se situer », remarque James Kuperminc.

Les résultats du Comparateur territorial viennent compléter les études précédemment réalisées par le Compas, comme « Le taux de pauvreté dans les 100 plus grandes villes de France », publiée en exclusivité par La Gazette des communes en 2012. « Le classement des villes les plus et les moins inégalitaires demeure le même », précise Louis Maurin, « même si nous constatons que les inégalités ont progressé dans les villes de l’est de la France, comme Mulhouse ou Colmar ».

Pour rappel, les 5 villes les plus inégalitaires sont :

  1. Neuilly-sur-Seine
  2. Paris
  3. Roubaix
  4. Perpignan
  5. Béziers.

Cliquez sur l’image pour naviguer dans l’application

Et les 5 villes les moins inégalitaires sont :

  • Saint-Nazaire
  • Pessac
  • Antony,
  • Quimper
  • Brest.

Cliquez sur l’image pour naviguer dans l’application

Mode d’emploi du Comparateur des territoires

James Kuperminc, détaille la façon dont doivent être lues les informations apportées par ce nouvel outil :

Le 1er décile (ou le revenu annuel moyen, avant prestations sociales, des 10 % des administrés de la commune les plus pauvres, pour l’année 2010 et pour une unité de consommation, soit une personne seule) est un indice à relativiser par rapport au lieu de vie », avertit l’expert.
« Il faut toujours se rappeler qu’être pauvre à Roubaix ne signifie pas la même chose qu’être pauvre à Neuilly-sur-Seine. Quand on vit dans une situation de pauvreté dans une ville elle-même pauvre, on est plus facilement identifié comme étant en difficulté, on a plus d’opportunités pour avoir accès à un logement social. Ce n’est pas forcément plus facile d’un côté ou de l’autre, c’est différent ».

Le revenu médian est un indicateur à interpréter par rapport à la composition des foyers de la ville. « Une ville qui compte de nombreuses familles vivant avec un seul revenu médian et qui ambitionne de lutter contre les inégalités devra être tout particulièrement attentive, par exemple, aux effets de seuil des tarifs de ses services publics. Les familles modestes sont encore trop souvent otages de tarifs qui ne tiennent pas compte de la réalité de leur revenu ».

Pour bâtir une politique sociale il faut savoir précisément à qui l’on souhaite s’adresser et aussi combien de personnes sont potentiellement concernées. James Kuperminc relève le cas de Montpellier, qui voit ses familles avec enfants s’éloigner en périphérie en partie à cause de tarifs non adaptés.

Le 9ème décile (ou le revenu annuel moyen, avant prestations sociales, des 10 % des administrés de la commune les plus riches, pour l’année 2010 et pour une unité de consommation, soit une personne seule). « Ces hauts revenus sont ceux qui font l’image, parfois trompeuse, de la ville », commente l’expert.
Il souligne le cas d’Annecy « qui a une image de ville riche grâce au rayonnement de ses habitants très aisés alors qu’elle concentre bien plus d’habitat social que les communes périphériques ».

Cet indicateur est à observer dans le temps : « Les personnes à haut revenu sont plus mobiles que les Français modestes. Pour leur choix d’emménagement, ils mettent en concurrence les villes sur des critères nouveaux, comme l’offre culturelle ou scolaire », souligne l’expert.

Indice de Gini (indicateur qui compare la distribution des revenus dans le territoire à une distribution égale. Plus il est proche de zéro, plus on est proche de l’égalité. Plus il est proche de 1, plus les revenus sont inégaux).

Cet indice est à interpréter selon la plus ou moins forte présence de la classe moyenne. Quand l’indice de Gini est élevé, la classe moyenne est peu présente. Le département du Maine-et-Loire, où la classe moyenne est bien représentée, englobe plusieurs villes qualifiées d’ « égalitaires », comme Cholet.

Un outil pour l’action – Avec le Comparateur territorial, « il ne s’agit nullement de mettre en accusation les communes pauvres », insiste Louis Maurin, « mais plutôt de préciser l’ampleur des inégalités territoriales ».

Selon l’estimation du Compas, la part des populations concernées par la pauvreté varie, au sein des plus grandes villes, de 1 à 7. « Il est temps d’agir » rappelait Hervé Guéry, directeur du Compas et cofondateur de l’Observatoire des inégalités territoriales, dans une récente tribune publiée dans la Gazette. Il en appelle à « une redistribution », dans laquelle, « chaque catégorie sociale et chaque territoire apportent sa contribution en fonction de ses moyens ».
Dans cette même tribune, Hervé Guéry renvoie au rapport « Vers l’égalité des territoires » dirigé par l’universitaire Eloi Laurent, auquel il a contribué, remis fin février 2013 à la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement, Cécile Duflot.

Pour comprendre les inégalités et leurs évolutions, les contributeurs à ce rapport appellent à « une observation fine par des outils de mesures adaptés » et à une réforme de l’action de l’Etat.

À l’occasion de la remise de ce rapport, la ministre a lancé une série de conférences en régions, réunissant experts, élus, agents de l’Etat et acteurs associatifs ou économiques, axées notamment sur la thématique des inégalités sociales. Un premier bilan de cette concertation devrait être dressé lors du prochain comité interministériel d’aménagement et de développement du territoire (CIADT) qui doit se tenir au mois de juin 2013.

Consultez les données pour votre commune, en naviguant dans notre application, Le Comparateur des territoires

 

Cet article fait partie du Dossier

Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche

Sommaire du dossier

  1. Pauvreté : en finir avec la politique de l’autruche
  2. Des pauvres de plus en plus pauvres, et des riches de plus en plus riches
  3. Niveaux de vie : comment se situe ma commune ?
  4. A Vénissieux, la misère s’enkyste, même si les passerelles se tissent
  5. Ces poches de pauvreté au cœur des villes
  6. Où vivent les jeunes adultes de condition modeste ?
  7. Pauvreté : une analyse objective de la situation
  8. Ces quartiers où plus de la moitié de la population est pauvre
  9. Les inégalités de la France d’en haut et de la France d’en bas, dans les communes de plus de 20 000 habitants
  10. Pauvreté et inégalités : état des lieux dans les villes de plus de 20 000 habitants
  11. Combien de pauvres dans les 100 plus grandes villes ?
  12. Pauvreté et types de ménages : une typologie des intercommunalités
  13. Les pauvres seraient-ils encore plus pauvres dans les villes riches ?
  14. Inégalités territoriales : mieux se situer pour affiner ses politiques sociales
  15. Les taux de pauvreté des 100 plus grandes communes de France
  16. La pauvreté dans les arrondissements de Paris, Lyon et Marseille
  17. Connaître les pauvres en France : typologies
  18. « La pauvreté ne se limite pas à la périphérie des villes ! » – Louis Maurin
  19. Où vivent les pauvres ? L’Insee infirme définitivement la thèse de la France périphérique
  20. « La lutte contre la pauvreté passe par des ajustements locaux » – François Chérèque, inspecteur général des Affaires sociales, président de l’Agence du service civique
  21. Inégalités : quels enseignements tirer du classement des communes ?
  22. Villes, périurbain, rural : quels sont les territoires les moins favorisés ?
  23. « La mesure la plus fine possible de la pauvreté est fondamentale » – Daniel Zielinski, Unccas
  24. Pauvreté : les acteurs locaux expriment leurs besoins en matière d’observation sociale
  25. ATD Quart Monde se félicite de l’abandon du « taux de pauvreté ancré dans le temps »
  26. Comment les villes observent la pauvreté de leur territoire
  27. Journée mondiale du refus de la misère : lutter contre les discriminations fondées sur la précarité sociale
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Commentaires

Inégalités territoriales : mieux se situer pour affiner ses politiques sociales

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Claudec

18/06/2013 12h03

Travail de technocrates sans utilité ni surtout la moindre incidence sur la pauvreté telle qu’elle défie notre société.

Pauvreté, inégalités, pillage des ressources naturelles sont autant de maux contre lesquels les politiques économiques et sociales des États, comme des collectivités qui les composent, ne peuvent avoir de sens que si sont pris en compte les fondamentaux de la démographie mondiale et les problèmes de surpopulation qu’elle génère inexorablement au détriment premier d’une planète qui n’en peut plus.
Signe de la vanité et de l’insuffisance des mesures prises depuis que l’homme existe pour se guérir de ces plaies : leur cause première qu’est le nombre demeure superbement ignorée des docteurs en tous genres qui les étudient et prétendent les guérir. Aucun d’entre eux ne semble en effet avoir pris en considération deux réalités pourtant aussi avérées que fondamentales :
1° – À l’aube de notre ère, la Terre était peuplée d’environ 250 millions d’êtres humains. Elle en compte plus de 7 milliards aujourd’hui, dont 1 milliard à 1 milliard et demi vivent dans un état de pauvreté profonde. L’homme et le progrès dont il est porteur ont ainsi créé, en 20 siècles, de 4 à 5 fois plus de miséreux qu’il n’y avait d’individus de toutes conditions sur terre au début de leur entreprise.
2° – La population n’a cessé d’augmenter, à un rythme atteignant de nos jours,quotidiennement, les 220 à 250 000 âmes, qui viennent dans leur grande majorité surpeupler, par une effet purement mécanique, la base d’une pyramide sociale dans laquelle le « descenseur social » prend le pas sur l’ascenseur du même nom – démontrant, s’il en était besoin, que la pauvreté est plus facile à partager que la richesse.

Patrick

18/06/2013 02h56

Je ne comprends pas l’origine des chiffres du comparateur. Quand on va sur le site de l’INSEE (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATTEF04267) on constate que le coefficient de Gini pour la France est de 0.299 en 2010. Or le comparateur annonce un coefficient de 0.37 (cf. vos copies d’écran) avec des données 2010, ce qui n’est pas la même chose, surtout quand on voit l’ampleur de variation du coefficient (0.2 pour les plus égalitaires à 0.6 pour les plus inégalitaires).
Une explication ? Merci.

Romain Mazon

18/06/2013 04h32

Bonjour
L’écart entre le chiffre pour la France de l’Insee et nos données est lié au fait que l’Insee, pour ses données nationales, prend en compte les impôts et les prestations sociales. Ce qui n’est pas le cas de notre application, ainsi que nous l’indiquons dans la notice sous notre outil.

Cordialement

Yann

18/06/2013 09h02

Bonjour,
Au vu du paragraphe de comparaison avec le salaire moyen, je suppose que les salaires sont toujours exprimés en bruts mais je n’ai pas trouvé une confirmation claire. Est-ce exact?
Travail intéressant, dont un des interets pourrait être d’ouvrir les yeux aux priviligiés qui préfèrent ne pas reconnaître leur chance.
Merci.

Pseudonyme01

08/09/2013 12h11

1) Il est intéressant de constaté que si l’on parle bien de salaire brut, le revenu médian de nombreuses petites villes se situe en dessous du smic
2) Ces études ne prennent toujours qu’en considérations les salaires et masque bien évidement les inégalité les plus criantes que l’on peu associer au patrimoine. Dans beaucoup de communes rurales, les entrepreneurs individuels sont extrêmement nombreux du fait du manque d’emploi mais ces derniers se contentent de salaires très bas en l’absence de charges immobilières : ce sont les premiers à pouvoir exercer une forme de concurrence déloyale vis-à-vis de ceux qui ne possèdent rien ou ne sont pas bénéficiaires de revenus immobiliers ou d’actions.
3) Depuis près de 10 ans, il suffit de s’inscrire en catégorie 5 à pôle -emploi pour s’apercevoir de la gravité de la situation tant les salaires proposés sur des postes à hautes qualifications sont misérables.
4) A l’image de pays sans smic, ses études forment « l’arbre qui cache la forêt » d’une société consumériste de « nantis et d’esclaves  » avec une majorité, au niveau de la classe moyenne qui se ne dit rien, parfois par ignorance, parfois par égoïsme, souvent par impuissance et par peur. Nous ne pouvons ni admirer le modèle américain ou allemand, seulement déplorer le laisser aller des politique, intellectuels et même ceux des ouvriers lorsqu’il s’agit de défendre le sort de leur confrère.

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