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PATRIMOINE

L’aménagement du territoire vu à travers le prisme de l’archéologie

Publié le 06/06/2013 • Par Hélène Girard • dans : Dossiers d'actualité, France

A la veille des 4ème Journées nationale de l’archéologie (7-9 juin 2013), la Gazette a rencontré Philippe Leveau et Vincent Carpentier, les deux auteurs de l’ouvrage intitulé « Archéologie du territoire en France, 8000 ans d’aménagements ». Les deux chercheurs racontent comment l’étude des sites s’est élargie à celle des paysages. Ils expliquent ce qu’apportent, aujourd’hui, ces connaissances aux aménageurs et professionnels du patrimoine.

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Dans toute la France se déroulent du 7 au 9 juin 2013 les 4èmes Journées nationales de l’archéologie, organisées par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), pour le compte du ministère de la culture. Cet événement, dont la Gazette est partenaire, va donner lieu à une multitude de manifestations proposées par les collectivités : visites de chantiers de fouilles et de sites archéologiques, expositions dans les musées, rencontres avec des chercheurs, opérations « portes ouvertes », parcours-découvertes, ateliers pédagogiques etc. Soit 1108 opérations dans plus de 500 lieux, mettant sous les projecteurs les maillons de la « chaîne archéologique » (du chantier au musée). A cette occasion, la Gazette s’est intéressée aux recherches sur l’histoire de l’aménagement du territoire, à la faveur de la parution de l’ouvrage (1) réalisé par Philippe Leveau et Vincent Carpentier. Le premier est professeur émérite d’archéologie à l’université de Provence. Le second, archéologue à l’Inrap et docteur en histoire de l’université de Basse-Normandie. L’entretien avec les deux auteurs éclaire les processus à l’œuvre depuis 8000 ans. Les deux archéologues expliquent comment l’étude des sites s’est élargie à celle des paysages et les messages qu’elle livre aux aménageurs et professionnels du patrimoine.

Depuis quand et pourquoi les archéologues s’intéressent-ils à l’aménagement du territoire ?

Philippe Leveau, professeur émérite d’archéologie à l’université de Provence

L’intérêt pour l’aménagement du territoire est lié au développement de l’archéologie et à l’élargissement de ses objectifs. À l’origine, les archéologues s’intéressaient essentiellement aux objets et aux monuments. Le territoire était une notion politique appréhendée par des textes. Dans les années 1970 environ, a commencé à se développer une archéologie de l’espace, c’est-à-dire des contextes dans lesquels étaient replacés ces objets ou ces monuments. Cette approche archéologique de l’espace concerne en premier lieu évidemment les réseaux générés par un habitat (voie de communication reliant les sites, et, autour des sites, les chemins qui permettent aux agriculteurs de rejoindre leurs champs,…), mais aussi les traces laissées par les activités agricoles (limites de champs, réseaux d’irrigation, trous de plantation permettant de reconnaître les cultures). Les archéologues ont donc mis au point des protocoles pour identifier ces traces. Mais ils se sont également rapprochés des naturalistes, qui sont à même d’identifier dans les formes du relief et dans le milieu végétal l’effet des activités des sociétés qui se sont succédé (ce que l’on appelle l’« anthropisation du paysage »). [Processus par lequel les populations humaines modifient ou transforment l’environnement naturel, ndlr]

Vincent Carpentier, archéologue à l’Inrap et docteur en histoire de l’université de Basse-Normandie

Il va sans dire que l’essor notable de l’archéologie dite préventive, à partir des années 1990, a joué un rôle essentiel dans le renversement des perspectives de recherche. D’une échelle obligatoirement très restreinte, fondée sur la définition étroite du « site archéologique » – un village, une nécropole, un monument… – l’archéologue en est progressivement venu, grâce aux travaux autoroutiers et aux grands décapages portant sur plusieurs dizaines d’hectares d’un seul tenant, à une vision élargie de son objet d’étude, désormais pensé en termes d’espace aménagé, de réseaux, d’unités paysagères. [Retour en haut]

La montée en puissance des préoccupations environnementales et du développement durable, dans leurs dimensions scientifique et politique, a-t-elle quelque chose à voir avec le développement de ce champ de la recherche archéologique ?

PL : Oui, il y a une relation. C’est d’abord la prise de conscience que les paysages ont une histoire. Les environnementalistes (c’est-à-dire les spécialistes des géosciences de l’environnement) ont développé des outils d’identification des plantes, des actions sur le milieu en général, dont profitent les archéologues. Ils ont aussi apporté le moyen de dater des actions (un creusement par le 14C [datation par le carbone 14, ndlr], la construction d’une maison par la datation de sa charpente,…), qui permettent d’historiciser des constructions paysagères que l’on ne savait pas placer dans le temps.  De leur côté, les environnementalistes se sont toujours intéressés à l’histoire. Au XVIIIe siècle, on séparait l’histoire de la nature de celle des hommes, car l’une et l’autre étaient vues comme des créations indépendantes et successives de Dieu. Le XIXe siècle a consacré l’espoir d’une histoire unique. Les naturalistes ont alors cherché à inclure celle des hommes et de leurs créations et constructions. Mais évidemment cela pose la question des échelles de temps envisagées dans ces deux histoires. VC : Les deux approches, archéologique et environnementaliste, relèvent d’écoles méthodologiques bien distinctes. Elles portent sur un objet commun, qu’elles appréhendent à travers des sources et des échelles d’espace ou de durée parfois très différentes. Or, les perspectives liées à l’histoire de l’aménagement et des paysages s’inscrivent dans un contexte de recherche interdisciplinaire visant à définir de nouvelles chronologies censées traduire une évolution conjointe, et non plus séparée, de l’environnement et des sociétés. Cette évolution se conçoit désormais en termes d’interactions homme-milieu.  • Vincent Carpentier explique comment les archéologues conçoivent cette longue suite d’interactions à l’échelle des millénaires.    [Retour en haut]

Quelle contribution l’archéologie apporte-t-elle à la compréhension de l’aménagement du territoire au fil des siècles et jusqu’à aujourd’hui ?

PL : L’archéologie permet de reconnaître des aménagements et de les dater, c’est-à-dire de les mettre en relation avec un projet humain correspondant à une société. VC : L’archéologie est avant tout une science de l’objet, du vestige ; elle permet de mettre au jour les traces matérielles du passé et de les situer dans le temps, mais aussi dans l’espace. C’est d’ailleurs dans cette dimension géographique que la discipline a produit, au cours des vingt dernières années, ses avancées les plus novatrices. Les outils de datation ont, eux, été élaborés antérieurement, même s’ils connaissent bien sûr un perfectionnement constant. En revanche, les outils de spatialisation et de détection des vestiges à grande échelle ont enregistré des progrès considérables en rapport avec les applications issues des nouvelles technologies numériques, les systèmes d’information géographique ou la détection aérienne et satellitaire. L’apport conjoint de ces nouvelles données et de la multiplication des opérations d’archéologie préventive, diagnostics et fouilles, sur de vastes espaces aménagés, lotissements, zones d’activités, grands réseaux routiers, aéroports etc. a énormément enrichi les données archéologiques issues de la prospection pédestre ou aérienne, pratiquée à vue et de fait étroitement dépendante des conditions locales et saisonnières. [Retour en haut]

Quelles sont les principales phases d’aménagement du territoire mises en évidence par les travaux des archéologues ?

 PL : Traditionnellement, on définit le néolithique [période allant de -6000 à -4500 av. J.C., ndlr] comme la période de découverte de l’agriculture, donc le moment où le paysage s’ « anthropise ». Puis dans cette longue histoire, on identifie, pour l’espace de la France, une accélération à l’époque romaine (les Romains, « constructeurs de paysages »), suivie d’une crise marquée par l’abandon des terroirs, puis une reconquête médiévale. Le XIXe siècle, marquerait en France le plein des terroirs. Mais l’archéologie modifie cette vision trop simple. Elle montre que les sociétés de la protohistoire (les Gaulois) avaient une agriculture performante, et elle décompose la « reconquête médiévale » en une série de phases. VC : Plusieurs paradigmes associés à l’histoire de l’aménagement et du territoire ont été révisés sur les bases de l’archéologie. On sait par exemple aujourd’hui que les âges d’or naguère imaginés par les historiens de l’Antiquité gallo-romaine, du plein Moyen Âge ou de la Renaissance, furent en réalité étroitement tributaires d’un essor entamé plusieurs siècles avant la conquête de César, au cours du millénaire de l’âge du Fer. On sait également que des phases de croissance et d’aménagement relativement important de l’espace agraire ont eu lieu au cours de la préhistoire récente, notamment à l’âge du Bronze, au cours des troisième et deuxième millénaires avant notre ère. L’accélération de l’histoire se traduit donc, à l’échelle des dix millénaires qui nous séparent en gros, de la fin de la préhistoire ancienne, au Mésolithique [-9000 à -6000, ndlr], par des seuils de croissance démographique et économique entrecoupés de phases de récession. À ces seuils correspondent des étapes majeures dans le processus d’appropriation et d’aménagement de l’espace, qui sont à l’origine de la genèse et de la transformation des paysages, jusqu’à nos jours. Il s’agit d’un processus complexe, dont l’histoire inclut parfois, de spectaculaires allers et retours. De fait, la question des héritages sur lesquels se fondent les équilibres à partir desquels se déploient, à une époque donnée, telle ou telle forme d’aménagement, revêt un rôle central. Aucune époque n’a véritablement fait table rase de ses antécédents ; l’archéologie révèle plutôt une suite complexe d’évolutions au sujet desquelles les sources écrites, productions subjectives de l’époque et du contexte qui les a vu naître, demeurent presque muettes. En ce sens, l’archéologie produit bien un discours historique autonome et par là même, complémentaire de celui de l’histoire proprement dite. • Vincent Carpentier précise ce lien être mutisme des sources écrites et autonomie que revendique l’archéologie.   [Retour en haut]

A la lumière des connaissances actuelles, peut-on caractériser le rapport au territoire et au paysage selon différentes phases  ?

PL : Oui. On identifie des phases de rupture. Ces ruptures peuvent être liées à des événements de type catastrophique, qu’il convient ni de nier ni de surestimer : des invasions et des troubles militaires (la conquête romaine, la crise militaire de la fin de l’Empire avec les invasions germaniques, la Guerre de Cent Ans…) ou sanitaires (les grandes épidémies médiévales, par exemple). VC : L’un des plus puissants moteurs à l’oeuvre en arrière-plan de ces évolutions est celui du nombre des hommes. Croissance démographique, dans les sociétés préindustrielles, rime nécessairement avec un essor agricole, qui se traduit par une série de progrès technologiques, mais, surtout, par l’extension parfois considérable des surfaces mises en valeur. La question des conditions climatiques et de la disponibilité des ressources vivrières est évidemment primordiale. Les grandes phases d’essor de l’aménagement du territoire sont toutes associées à la conjonction de ces facteurs, à l’âge du Bronze, à l’époque gauloise, au cours du Haut-Empire ou au Moyen Âge central. De même, les phases de récession sont toujours associées à des épisodes de crise à l’origine de chutes démographiques. La recherche, l’identification et la datation de ces processus et des réponses apportées par les sociétés qui les subissent, constitue le cœur et la finalité première de l’enquête archéologique. [Retour en haut]

Globalement, l’évolution des attitudes de l’Homme à l’égard du territoire et des paysages s’apparente-t-elle à une menace continue, ou est –elle plutôt en progrès, ou encore est-elle faite d’avancées et de reculs ?

PL : La réponse à cette question suppose des jugements de valeur. Ces jugements impliquent une distinction entre l’Homme et les sociétés historiques. L’étude de l’Homme avec un grand H relève de l’anthropologie, qui est une discipline ou une approche. Des peuples comme les Américains, les Canadiens, les Australiens ont avec leur passé un rapport qui les amène à rattacher l’archéologie à l’anthropologie. La tradition française relie plutôt l’archéologie à l’histoire des sociétés. Elle l’étudie comme un fait. Ensuite, considérer que l’homme est un fléau pour la planète renvoie à une vision idéologique de la biodiversité à laquelle chacun est libre d’adhérer comme à une religion. VC : L’archéologie, parce qu’elle s’est affranchie de l’histoire de l’art et des textes, privilégie aujourd’hui dans son approche les matériaux objectifs et propose une lecture de l’Histoire fondée sur la longue durée, non sur les problématiques ou les représentations actuelles. Il est évident que l’idéologie contemporaine du développement durable induit une posture particulière de la recherche autour des problématiques climatiques et environnementales au sens large. Toutefois, l’Homme n’est pas considéré par les archéologues comme un facteur extérieur au milieu, mais bien comme une composante à part entière des systèmes environnementaux. Ces derniers se définissant à partir d’une interaction objective, consciente ou non, entre milieux et les sociétés. On estime aujourd’hui qu’il n’existe plus de milieu naturel, en France, à partir du néolithique. L’aménagement du territoire intervient donc au sein d’espaces modifiés par l’Homme, autrement dit « anthropisés ». Aussi la notion de menace, tout comme celle de progrès, s’avère-t-elle étroitement dépendante des systèmes de valeur subjectifs induits par les préoccupations contemporaines. La réflexion archéologique et environnementale se tourne plutôt vers d’autres concepts tels que l’aléa, la gestion des risques environnementaux, le forçage ou la résilience des milieux. [Retour en haut]

Que nous apprennent les résultats de la recherche quant à l’évolution de l’aménagement du territoire sur le très long terme ?

VC : Le message délivré par l’archéologie consiste en une prise de conscience à la fois de la durée et de la complexité des systèmes d’aménagement qui se sont succédé, depuis dix mille ans, au sein du territoire qui est aujourd’hui la France. Les solutions mises en oeuvre par le passé ont toujours rencontré de nouvelles contraintes et dû franchir de nouveaux seuils dans l’histoire des techniques et des sociétés. Cette histoire est, en substance, le récit de l’élaboration graduelle de notre environnement actuel, lui-même appelé à être transformé et adapté en fonction de nouveaux besoins et contraintes. • Vincent Carpentier développe le cas des aménagements dont les traces ne sont plus apparentes, mais qui continuent cependant à façonner le paysage.   Les aménageurs d’aujourd’hui peuvent effectivement tirer parti de ce savoir, en appréhendant de façon plus objective l’histoire spécifique de certains espaces ; en mettant à profit l’enseignement de certaines expériences du passé ; en investissant vers de nouvelles solutions techniques propres à limiter le risque environnemental. Ces solutions ne vont plus d’ailleurs de nos jours nécessairement vers une conception « constructiviste » de l’aménagement. Les aménageurs d’aujourd’hui apprennent en effet parfois à déconstruire un système face à la contrainte environnementale et au risque qu’elle engendre. [Retour en haut]

Avez-vous des exemples récents ?

 VC : C’est le cas par exemple des grandes friches hydrauliques des bouches du Rhin, en Allemagne, menacées de submersion. C’est aussi le cas, en France, des nouvelles dispositions prises à partir de la carte des risques de submersion littorale. La finalité de l’archéologie ne réside ni dans une quête passéiste d’inspiration romantique, ni dans un projet utopique consistant à figer les choses dans un état idéal, qui n’existe pas et n’a jamais existé. Il s’agit au contraire d’un moyen d’éclairer la nature complexe du monde contemporain à travers le fil des héritages qui ont façonné son visage actuel. [Retour en haut]

En quoi les résultats de la recherche archéologique peuvent-ils éclairer les décideurs d’aujourd’hui ?

PL : Le passé ne donne pas de leçons. Les sociétés ont besoin de racines et se constituent des identités. Le patrimoine archéologique est un élément constitutif de ces identités. Leur prise en compte dans les aménagements modernes est une obligation faite par les sociétés développées : celles-ci ont besoin de signes d’une mémoire. VC : Il existe un pas de temps parfois notable entre le moment de l’aménagement, et le démarrage, dans le cadre de l’archéologie préventive, d’une opération de fouille, et la restitution des données issues de ladite fouille. Dans le schéma d’aménagement actuel, c’est évidemment l’aménagement qui prévaut, tandis que l’archéologie intervient dans un cadre de « sauvetage » des richesses patrimoniales détruites par ce dernier. En revanche, les fruits de ce dispositif, dans lequel la France a beaucoup investi, consistent en une politique raisonnée de l’aménagement national. Il n’est plus question aujourd’hui, et c’est une très bonne chose pour les générations futures, de faire table rase d’un ensemble de vestiges regardé comme important ou irremplaçable, au nom des seuls impératifs de la logique immobilière ou du développement économique. Cette priorité que s’est donnée l’Etat français rejoint ainsi le concept de développement durable. L’aménageur en France doit aujourd’hui compter avec la carte archéologique, avec les services de l’Etat garants de la protection et le cas échéant, de l’exploitation des données archéologiques issues de l’aménagement du territoire. La clé réside dans une recherche d’équilibre entre les nécessités de cet aménagement et la préservation du patrimoine national. Beaucoup d’aménageurs sont aujourd’hui très sensibles à cette notion d’équilibre, et intègrent la dimension archéologique à leurs projets, en amont comme en aval, en aidant au financement d’expositions, de publications, de manifestations qui rencontrent un vif succès auprès du public, en quête d’identité. En ce sens, l’aménagement s’accompagne d’une contribution active et citoyenne à la diffusion et au partage des savoirs et du patrimoine national. [Retour en haut]

Comment les aménageurs contemporains peuvent-ils intégrer ces connaissances à leur réflexion et leurs opérations ? S’agit-il de puiser des leçons, des bonnes pratiques dans le passé, pour enrichir les pratiques actuelles ? De mieux connaître les états successifs d’un territoire ? D’ éclairer et de documenter l’histoire d’un territoire pour la valoriser, à des fins patrimoniales, culturelles et touristiques ?

PL : Il s’agit ici de politiques patrimoniales. VC : Je pense qu’il s’agit un peu de tout cela simultanément, avec diverses nuances en fonction des contextes spécifiques dans lesquels se déroule telle ou telle opération archéologique. N’oublions pas que la loi implique que l’aménageur, qu’il soit public ou privé, conserve toujours sa liberté et son libre-arbitre face à la contrainte archéologique – lorsqu’elle existe bien entendu. Il n’est pas rare qu’un projet de lotissement soit déplacé ou légèrement modifié, en intégrant des espaces verts par exemple, pour s’harmoniser, en amont, avec cette contrainte. Lorsque la fouille est décidée, l’aménageur opte librement pour la destruction raisonnée des archives du sol, et participe donc en toute connaissance de cause à leur protection comme à leur mise en valeur. Il s’agit d’un acte citoyen répondant à un impératif de mémoire que s’est assigné l’Etat.  De fait, l’enseignement qu’un aménageur est à même de tirer de ce dialogue est varié, allant de l’outil de prévision à l’intégration effective des données de l’archéologie dans sa propre stratégie d’aménagement. • De plus, Vincent Carpentier souligne l’importance du phénomène de prise de conscience des héritages, dont la tonalité varie selon les époques, les disciplines et la subjectivité de chacun. [Retour en haut]

Evoquer les aménageurs d’aujourd’hui, amène à évoquer l’archéologie préventive. Quelle place tient-elle dans la connaissance de l’histoire de l’aménagement du territoire et des paysages ?

VC : L’archéologie préventive est née d’une double prise de conscience : d’une part, celle de la destruction irremplaçable du patrimoine archéologique et de ce que l’on nomme aujourd’hui les « archives du sol », et, d’autre part, celle de l’accroissement surfacique considérable couvert par l’aménagement du territoire. Il suffit aujourd’hui de consulter les plans d’occupation des sols ou les couvertures satellitaires des communes françaises pour constater l’ampleur cumulée de l’aménagement immobilier depuis le dernier quart du XXe siècle (Certaines agglomérations ont plus que doublé leur superficie bâtie d’un seul tenant.). Sans même évoquer les immenses surfaces qui accueillent les zones d’activités, centres commerciaux ou autres complexes industriels. Le développement des réseaux de voirie ou des aéroports, des lignes de tramways ou de métro, débouche sur un constat similaire. L’archéologie dite préventive remplit dès lors depuis trente ou quarante ans un rôle essentiel, dont l’utilité publique ne saurait être niée, pas plus que son utilité scientifique. Par les très nombreuses informations qu’elle a extraites et continue d’extraire du sol national, l’archéologie préventive est en effet à l’origine de la quasi-totalité des avancées en termes de méthodes et de connaissance en archéologie, par suite de l’émergence, dans les années 1980 et 1990, d’un corps d’archéologues professionnels, formés à la recherche par la génération précédente essentiellement issue du CNRS et de l’Université. L’impact de cet essor sur la recherche archéologique, mais aussi historique, environnementale et géographique, est aujourd’hui considérable et confère à la France un authentique caractère d’exception au regard de ses voisins européens. [Retour en haut]

Dans la connaissance de l’histoire de l’aménagement du territoire, quelle place occupent les services d’archéologie territoriale, les musées d’archéologie etc. ?

VC : En ce qui concerne l’administration territoriale, la situation est relativement contrastée en fonction des régions. Certaines collectivités se sont dotées de services archéologiques à l’échelle régionale, tandis que d’autres ont préféré déléguer cette mission à des structures publiques d’archéologie préventive – en tête l’Inrap – ou à des opérateurs privés qui interviennent désormais dans un champ concurrentiel mis en place par la loi du 1er août 2003 L’impact est cependant évident en ce qui concerne les musées et d’une manière générale, l’organisation des manifestations de toute nature dirigées vers le public. Grâce à ces relais qui en assurent la valorisation, l’archéologie, en tant que discipline de recherche, a connu des progrès remarquables en termes de communication, de sensibilisation et de pédagogie. Il s’agit là très clairement d’une mission de service public à laquelle l’Inrap accorde une place essentielle, et que traduit bien le fait qu’il assume désormais la charge d’organiser en partenariat avec toutes les autres instances publiques, les Journées nationales de l’archéologie, sous la tutelle du Ministère de la culture et de la communication. Les agents de l’institut sont d’ailleurs nombreux à s’investir dans cette mission, qui trouve un écho significatif dans la politique culturelle et patrimoniale des collectivités. • Par ailleurs, Vincent Carpentier souligne le rôle des services de l’inventaire et des archives.   [Retour en haut]

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  • « Archéologie du territoire en France, 8000 ans d’aménagements », Vincent Carpentier, Philippe Leveau, Editions Inrap/La Découverte

     

     

     

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