énergie

Nucléaire : « Mon cheval de bataille, c’est plus de sûreté, quel qu’en soit le prix » – Michel Laurent, maire de Beaumont-Hague

| Mis à jour le 22/07/2013
Par • Club : Club Techni.Cités

Maire de Beaumont-Hague (Manche) et conseiller général dans un secteur fortement équipé en installations nucléaires, Michel Laurent n’a pas vu ses convictions ébranlées par la publication, le 10 mars 2013, dans le Journal du Dimanche, d’un rapport de l’IRSN évaluant le coût d’un accident nucléaire en France à des sommes astronomiques pouvant aller jusqu’à 5 800 milliards d’euros. Cet élu, président des trois commissions locales d’information (CLI) du département et retraité d’Areva, insiste toutefois sur la nécessité d’accorder toute son attention à la sûreté. Et ce, « quel qu’en soit le prix ».

Ma Gazette

Sélectionnez vos thèmes et créez votre newsletter personnalisée

Que vous inspire la publication par le Journal du Dimanche (JDD) d’un rapport de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) datant de 2007, qui situe le coût d’un accident nucléaire en France dans une fourchette allant de 760 à 5 800 milliards d’euros [lire aussi l’encadré ci-dessous] ?

Je n’ai pas vu ce rapport et je ne peux donc pas le commenter directement. Il est vrai qu’une catastrophe nucléaire, c’est un coût exorbitant, avec des territoires perdus et des conséquences humaines terribles.
J’ai pu moi-même le constater en janvier 2012 à Fukushima : des villes de la taille de Cherbourg (Manche) ont été rasées et rayées de la carte par le tsunami, des gens ont été déplacés et des terrains, contaminés par l’accident nucléaire…

De telles conséquences potentielles modifient-elles votre regard sur le nucléaire ?

Non, ma position ne change pas : je reste en faveur du nucléaire et je veux qu’il soit plus sûr. Mon cheval de bataille, c’est plus de sûreté, et ce, quel qu’en soit le prix.
Il faut aussi, comme c’est le cas en France actuellement, avoir un seul exploitant et qui soit placé sous la responsabilité de l’Etat, contrairement au Japon où les entreprises sont privées.
Et s’il est acceptable qu’on trouve des partenaires industriels, l’Etat doit demeurer majoritaire.

Les députés Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont annoncé le dépôt, mardi 12 mars, d’une proposition de résolution réclamant de la transparence sur les études concernant le nucléaire, un complément aux audits de sûreté déjà réalisés avec la prise en compte de risques qu’ils jugent jusqu’ici « sous-estimés », et la mise en place pour les exploitants d’une obligation d’assurance ou de constitution d’un fonds provisionnant le coût d’un accident majeur.
Qu’en pensez-vous ?

C’est l’Etat qui doit être l’assureur de ces risques technologiques. Cela dit, plutôt que de provisionner une catastrophe qui n’arrivera peut-être pas du tout et donc d’immobiliser de l’argent, il vaut mieux le mettre dans la sécurité et la sûreté.

De plus, il faut comparer ce qui est comparable. On n’est pas un pays sismique comme le Japon. On a, comme je le disais précédemment, une seule entité, EDF, qui exploite les réacteurs.

L’entreprise a aussi créé une Force d’action rapide nucléaire (FARN) qui n’existait pas au Japon, où chacun travaillait dans son coin : ce groupe d’intervention peut intervenir partout en France dans un délai court (EDF s’est engagée à ce que la FARN soit, à l’horizon 2014, sur l’ensemble du territoire, « en capacité d’intervenir sur l’ensemble des réacteurs d’un site de façon simultanée », ndlr).

On a également une Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui a notamment exigé de l’exploitant qu’il mette en place un troisième groupe de secours sécurisé à tout point de vue, tant à l’égard d’un risque de raz-de-marée que d’un éventuel attentat de l’extérieur.

D’un côté, la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) va fermer, de l’autre, la construction de l’EPR de Flamanville (Manche) se poursuit : cela satisfait à demi le pro-nucléaire que vous êtes ?

L’ASN a autorisé l’exploitation de Fessenheim pour dix années supplémentaires mais l’Etat a décidé de fermer cette centrale, qu’il assume… Quant à l’EPR de Flamanville, c’est bien sûr une excellente chose qu’il soit maintenu.
Pour la région – les élus locaux, de droite et de gauche, à la seule exception des écologistes, y étaient ainsi favorables – et pour l’intérêt national, car on a besoin de la production sûre et permanente qu’offre le nucléaire.
Quant aux dépassements budgétaires, je trouve cela normal car c’est un prototype.

Qu’attendez-vous des énergies renouvelables ?

Il y a des projets d’hydroliennes à côté de chez nous et je ferai tout pour faciliter leur implantation, notamment en termes de raccordement. Mais le prix de revient de ces énergies sera bien supérieur à une production nucléaire.
Et la différence se verra sur nos factures d’électricité.

Quant au photovoltaïque, les panneaux sont fabriqués en Chine et ils sont plus ou moins recyclables au terme de leur durée de vie, alors, quand on me parle d’environnement…

Le nucléaire pour l’élu de la Manche que vous êtes, c’est bien sûr avant tout de nombreux emplois…

C’est évident. Ici, nous avons toute la panoplie :

Et même la construction des sous-marins nucléaires à Cherbourg (par DCNS, ndlr). Cela représente des milliers de postes. C’est un énorme avantage en termes d’emploi et de finances locales.
C’est aussi une bonne raison de plaider pour que l’on soit vigilant sur la sécurité. Et ce, je le répète, quel que soit son prix. C’est ma ligne de conduite.

Le nucléaire face à un « scénario noir »

Un accident nucléaire majeur en France pourrait coûter « jusqu’à 5 800 milliards d’euros, l’équivalent de trois années de PIB », écrit le Journal du Dimanche (JDD) dans son édition du 10 mars 2013. L’article, titré « Le scénario noir du nucléaire », se fonde sur un rapport confidentiel datant de 2007 de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Et si l’on considère le bas de la fourchette, le coût serait de 760 milliards.

Surprise : un mois plus tôt, le 6 février, le même organisme avait présenté une étude selon laquelle un accident de type Fukushima coûterait 430 milliards, ou 120 milliards s’il était moins important. Des chiffres dans les deux cas vertigineux mais contradictoires. L’IRSN a tenté de s’en expliquer dans un communiqué en qualifiant le rapport 2007 de « travail préparatoire » à une réunion d’experts, reposant sur des « outils très simplifiés » et une analyse « majorante et rudimentaire » aboutissant à un chiffrage « fort peu réaliste ».

La précision n’a pas convaincu les antinucléaires. Ainsi, Europe Ecologie Les Verts (EELV) réclame « la constitution immédiate d’un fonds de provisionnement correspondant au coût d’un accident majeur et alimenté par l’industrie nucléaire ». A ce niveau, cela signerait de facto la disparition desdites industries…

[Retourner au début de l’article]

cet article est en relation avec
Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

  • Neuf ou réhabilitation, concevez l’école de demain

    Chaque nouveau mandat est l’occasion, notamment, de repenser le projet de la collectivité en matière de bâti scolaire, un « patrimoine » en pleine évolution et liée aux nouvelles pratiques pédagogiques. Comment appréhender l’ensemble de la problématique ...

  • Amish – Pollution – Vélo – Urbanisme… toute l’actu de la semaine

    Retrouvez l'essentiel de l'actualité du 12 au 18 septembre sur les thématiques qui concernent les ingénieurs et les techniciens des collectivités territoriales : environnement, déchets, transports... ...

  • Habitat indigne : l’ordonnance enfin publiée

    Longtemps attendue, l’ordonnance relative à l’harmonisation et à la simplification des polices des immeubles, locaux et installations, entrant principalement dans le cadre de la lutte contre l’habitat indigne, a été publiée ce matin au Journal Officiel ...

  • Votre actu juridique du 11 au 17 septembre 2020

    Notre sélection de textes officiels, jurisprudences et réponses ministérielles intéressant les cadres de la filière technique, publiés par le Club Techni.Cités et sur Lagazette.fr entre le 11 et le 17 septembre 2020. ...

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

Formations

Evènements

services

Thèmes abordés

Prochain Webinaire

Comment mettre la relation citoyen au cœur de la stratégie numérique du territoire ?

de Orange Business Services

--
jours
--
heures
--
minutes

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP