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DOSSIER : Open Data et réutilisation des données publiques : des promesses vertigineuses
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/158038/open-data-le-service-public-augmente-%e2%80%93-3-des-territoires-riches-de-donnees/

Open data : le service public augmenté – 3. Des territoires riches de données
Frédéric Ville | Dossiers d'actualité | Publié le 21/01/2013 | Mis à jour le 08/03/2013

Les données qui « racontent » un territoire ne sont pas entre les mains d’une seule entité. Si chaque collectivité locale, pour son propre territoire, possède les données essentielles, d’autres intervenants, sur ce territoire, doivent compléter la démarche. C'est le cas par exemple des délégataires de service public.

Dans une logique de territoire, il est utile que chaque collectivité cherche à augmenter le volume des données qu’elle libère. Elle peut d’abord puiser dans ses propres ressources.
Ainsi, Nantes métropole « a fait le choix d’ouvrir des données [1] en cohérence avec la politique locale : mobilité et déplacements, environnement et culture-tourisme », explique Jean-Pierre Bailly, directeur des ressources numériques. Mais ces informations ne représentaient que 50 % de celles publiées au démarrage, les 50 % restants étant constitués de données faciles à extraire : urbanisme, citoyenneté-administration, sports et loisirs.

Les DSP en renfort – Les données des délégataires de service public peuvent-elles être mises à disposition ? Oui, si elles appartiennent par contrat au délégant, ce qui est encore assez rare. Dans le cas contraire, leur ouverture nécessite l’autorisation du délégataire, qui n’est pas obligé de le faire gratuitement. Decaux, par exemple, s’y refuserait à l’heure actuelle.

Afin d’anticiper de tels refus, collectivités et intercos ont tout intérêt à négocier des accords à l’occasion des renouvellements de contrats de DSP.
A Rennes métropole, propriétaire des données de transports depuis dix ans, obtenir cet accord n’a pas posé de problème pour le nouveau contrat 2012-2017 : Keolis continuera d’alimenter gratuitement en données la plateforme d’open data [2], en temps réel. L’agglomération songe par ailleurs à la publication des informations sur les déchets en partenariat avec son délégataire, Sita.

Mais des données du territoire peuvent aussi provenir d’autres administrations, de l’Etat, voire d’associations, d’entreprises…
Claire Gallon, de Libertic, douche cependant les enthousiasmes, estimant que les préfectures, par exemple, n’ont pas suivi le mouvement, même lorsqu’elles se situent sur le territoire de collectivités qui avaient initié l’open data.
« Seule la préfecture de police de Paris est engagée [3], fournissant aujourd’hui des informations sur les zones de stationnement, la localisation des fourrières ou les places pour personnes invalides, mais pas sur les effectifs des polices municipales. »

L’exception Paca – Existe-t-il un début de modèle ? La région Paca a entraîné dans le sillage de sa plateforme [4] tous les partenaires de Marseille-Provence 2013 capitale européenne de la culture : la communauté urbaine, bien sûr, mais aussi les agences régionales du livre et du spectacle, Bouches-du-Rhône Tourisme, la chambre de commerce et d’industrie de Marseille, le comité régional du tourisme, le centre régional de l’information géographique, la fédération régionale des offices de tourisme, le port de Marseille, la régie culturelle régionale.

Ensuite, « l’ensemble des acteurs de Paca qui souhaiteront se joindre à ce mouvement » sont invités à le faire. La démarche de territoire est complète. Claire Gallon estime d’ailleurs que les sites regroupant des données d’associations, d’entreprises, de collectivités, etc., vont se multiplier, portés ou non par ces dernières.

Travailler ensemble – Les actuels contrats de DSP n’obligent pas les délégataires à fournir gratuitement leurs données. « Travaillons, par le biais d’Open data France [5], à un modèle de contrat », suggère Jean-Marie Bourgogne, directeur du programme « Montpellier territoire numérique ».

Quand les citoyens se prennent au jeu

Historiquement, l’open data était justifié par deux préoccupations : la création d’emplois par le développement de services et la transparence de la vie publique. Ce qui était moins envisagé, c’était la manière dont s’en saisiraient certains citoyens qui, ici et là, enrichissent d’eux-mêmes les données des collectivités (« crowdsourcing »), comme ces randonneurs de Loire-Atlantique lors de « cartoparties » coorganisées par le conseil général.

Selon Simon Chignard, consultant en usages du numérique, « ce qui nous manque, c’est l’application de la boucle de rétroaction : une organisation ouvre des données, qui servent ensuite à des tiers pour améliorer les actions de l’organisation… une sorte d’open data version 2 ».

Montpellier s’inscrit tout à fait dans cette logique pour la deuxième version du calculateur d’itinéraires pour personnes à mobilité réduite Handimap [6] : « Les données de la ville doivent être complétées par celles d’autres collectivités locales ou d’opérateurs privés. D’où les sorties sur le terrain d’associations de personnes handicapées pour alimenter Open street map [7] », explique Jean-Marie Bourgogne, directeur du programme « Montpellier territoire numérique ». Déjà, d’autres villes s’intéressent à cette démarche.