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DOSSIER : Pauvreté : en finir avec la politique de l'autruche
Dossier publié à l'adresse https://www.lagazettedescommunes.com/123827/%c2%ab-la-mesure-la-plus-fine-possible-de-la-pauvrete-est-fondamentale-%c2%bb-daniel-zielinski-unccas/

« La mesure la plus fine possible de la pauvreté est fondamentale » – Daniel Zielinski, Unccas
Sophie Le Gall | Dossiers d'actualité | Publié le 23/07/2012 | Mis à jour le 19/07/2012

Daniel Zielinski, délégué général de l'Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale (Unccas) analyse les estimations du taux de pauvreté dans les 100 plus grandes villes françaises produites par Le Compas.

Comment appréciez-vous les estimations établies par Le Compas ?

Je ne voudrais pas qu’il décourage les villes qui affichent un taux élevé [1] ou que ce résultat soit interprété comme un manque d’engagement des professionnels sur le terrain. Je connais, entre autres exemples, la qualité du travail du CCAS de Roubaix.
Il faut bien comprendre que si une ville affiche un taux haut, c’est aussi et notamment, parce qu’elle accueille sur son territoire des personnes qui ne trouvent pas forcément leur place dans d’autres communes.
Néanmoins, ce classement présente l’avantage d’attirer l’attention sur la situation, particulièrement préoccupante, dans les départements d’Outre-mer (DOM), qui souffrent de problèmes spécifiques nécessitant la mise en place de solutions spécifiques. En effet, alors que les facteurs de pauvreté n’y sont pas les mêmes qu’en métropole, on manque d’informations précises sur ces territoires. En allant sur place, on découvre, notamment, l’impact du taux de grossesse chez les très jeunes filles, ou, que, contrairement à une idée reçue, la solidarité familiale ne peut pas pallier toutes les difficultés de la vie.
À l’UNCCAS, nous avons initié un travail de recueil de données sociales, que nous avons obtenues en sollicitant la Caisse nationale d’assurance vieillesse et la Caisse d’assurance familiale, et que nous mettons à disposition des professionnels de l’action sociale des DOM (les DOM compte 83 CCAS et CIAS) à travers un site dédié, DOMEO [2], lancé en 2011.

Quel est, selon vous, l’indicateur le plus fiable de la pauvreté ?

Au sein des CCAS, nous nous appuyons sur le calcul du « reste à vivre » et non sur le calcul de la pauvreté monétaire qui ne tient pas compte des conditions de vie des personnes, comme le prix du logement ou du transport.
Mais, pour connaître finement la pauvreté de son territoire et mettre en place des dispositifs ciselés, il est essentiel de croiser de multiples indicateurs. Aujourd’hui, il nous faut parvenir à repérer, au sein d’une population globale, les personnes qui tireraient un réel bénéfice d’une mesure précise. Par exemple le versement d’une aide pour régler une facture d’énergie.
C’est pourquoi nous accompagnons les CCAS qui se lancent dans la réalisation d’un diagnostic approfondi de leur territoire. Tout d’abord, en leur proposant des formations à l’analyse statistique, et je remarque que les élus comme les techniciens sont de plus en plus demandeurs de ces actions de formation.
Et en les aidant dans la réalisation, qui peut s’avérer longue, complexe et coûteuse (environ 20 000 euros), de leur Analyse des besoins sociaux (ABS), devenue une obligation réglementaire depuis le décret du 6 mai 1995. L’ABS est l’une des formes la plus aboutie de l’analyse statistique appliquée au champ social. Grâce à sa portée prospective, elle s’affirme comme un outil de pilotage de la politique sociale d’une commune dans le temps.