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Développement durable

Marc Dufumier : « Le système agricole est aberrant en terme de développement soutenable »

Publié le 15/06/2012 • Par Aude Raux • dans : Dossiers d'actualité, France

Marc Dufumier, ingénieur agronome, professeur émérite en agriculture comparée et développement agricole à l'AgroParitech, est convaincu qu’il faut abandonner le système productiviste actuel, qui épuise les ressources de la planète, et fragilise les agriculteurs. Auteur notamment de « Famine au sud, malbouffe au nord » (Nil, 2012), il estime possible de mettre en place, au niveau mondial, un système agricole durable, capable de répondre aux besoins des populations. Il décrit le rôle que pourrait y tenir les collectivités territoriales.

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Marc Dufumier, ingénieur agronome, professeur émérite en agriculture comparée et développement agricole à l'AgroParitech.

Sera-t-il possible, d’ici à 2050, de nourrir 9 milliards d’êtres humains tout en préservant l’environnement et en offrant une nourriture de qualité ?

D’un point de vue purement agronomique, la réponse est oui : nous pourrons par exemple intercepter les rayons du soleil, une ressource naturelle renouvelable, et transformer ainsi le maximum d’énergie lumineuse en calories alimentaires par la voie de la photosynthèse. De même, nous serons toujours en mesure de produire des protéines par la fixation de l’azote de l’air.
Le problème qui se pose est celui de la fertilité du sol. Il faut assurer son renouvellement. Actuellement, nous avons recours aux engrais de synthèse. Or, dans quatre à cinq décennies, nous risquons de manquer de phosphates et le coût d’exploitation sera trop élevé.
Heureusement, des alternatives existent comme la rotation des cultures qui consiste à planter, en alternance, des plantes capables de fixer l’azote dans le sol. Les légumineuses (petits pois, haricots, fèves et pois chiches) et, dans les praires, le trèfle, la luzerne et le lupin sont d’excellents engrais naturels.

Par ailleurs, si l’on associe de nouveau l’élevage et la culture, on peut reconstituer le taux d’humus en utilisant le compost de paille et de lisier. Près des villes, les résidus de cuisine (peaux de légumes, cosses de haricots) sont également un compost idéal pour ce qui concerne l’agriculture périurbaine.

Une autre solution, tout aussi respectueuse de l’environnement, consiste à planter des arbres dans les champs afin de faire jouer le cycle naturel de fertilisation. La présence des arbres présente aussi l’avantage de mettre la plante à l’abri du vent desséchant et de favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol.

Les solutions naturelles que vous préconisez étaient pratiquées autrefois : aurait-on perdu un savoir-faire ?

Pour l’essentiel, ce sont effectivement des solutions connues dans le milieu agricole. Ce n’est pas par méconnaissance qu’on a tout fait à l’envers à partir des années 1960.
Un exemple : en amont de l’agriculture, dans le processus de sélection des plantes, les paysans cherchaient autrefois les semences dans leurs propres champs. Ils sélectionnaient les plus beaux grains sur les épis. Les variétés étaient alors nombreuses et adaptées à une multitude de micro environnement comme le terrain, le climat, les agents pathogènes ou les ressources en eau.

Puis, il y a un peu plus d’un siècle, une question a émergé : va-t-on pouvoir nourrir la population croissante ? Pour y répondre, on a cherché à augmenter les rendements à l’hectare et, pour amortir les coûts de ces travaux de recherche, on a demandé aux agronomes de nous débarrasser de toutes caractéristiques locales. L’objectif visé était de rentabiliser les variétés à haut rendement de photosynthèse sur l’ensemble du territoire.
Au lieu de laisser au paysan le choix des variétés en fonction de l’environnement, on a adapté l’environnement à un nombre de variétés très faible.

Quelles sont les conséquences de ce choix de l’agriculture conventionnelle ?

A cause de la mono culture extensive, on a épuisé les sols et les écosystèmes ont été réduits à néant. Pour faire face aux insectes, araignées et autres champignons nuisibles, on a conçu des insecticides, des pesticides et des fongicides (mais toujours pas de « cailloucide » !). Quand des pucerons mutants ont fini par résister à un pesticide, on en a créé un deuxième. Bref, c’est une course en avant sans fin.

Parallèlement, comme l’agro-industrie a besoin de tout calibrer pour robotiser – il faut plumer, épiler, éventrer, découper, emballer – le nombre de variétés diminue également. Le fait d’avoir séparé l’élevage (en le concentrant Bretagne par exemple) de la culture (en Beauce notamment) est un autre triste exemple qu’on a tout faux. On sait désormais que la concentration de porcs dans l’ouest est à l’origine des algues vertes.

Au final, les agriculteurs sont devenus les otages d’un système et ses premières victimes. Un système qui n’était pas irrationnel du point de vue de l’économie de marché et des taux de profit, mais aberrant en termes de développement soutenable. Notre modèle agricole est arrivé à ses limites.
La monoculture mécanisée et chimique épuise les sols à tel point que ses performances commencent à stagner.

Par ailleurs, nous sommes déficitaires en protéines végétales, tant à destination des hommes que des animaux : nos porcs, nos volailles et nos vaches sont nourris aux protéines de soja, de surcroît transgénique, en provenance du continent américain.

Quant aux écosystèmes, ils sont fragilisés. Pour preuve : la diminution du nombre d’abeilles or, elles sont non seulement un maillon indispensable à la préservation de la biodiversité, mais aussi le meilleur vecteur de la pollinisation dans le monde. Il est grand temps de corriger le tir pour privilégier une agriculture intensément écologique, une agro-écologie.

Cela revient-il à dire que l’agro écologie permettrait de nourrir la planète ?

L’exportation de nos surplus alimentaires vers les pays du sud n’a jamais permis de résoudre le problème de la faim dans le monde. Arrêtons donc de subventionner à l’exportation nos produits alimentaires qui viennent concurrencer à vil prix les productions locales.
Ce n’est pas aux pays du nord de produire davantage pour alimenter le sud, mais aux paysans des pays en développement de produire plus pour eux-mêmes et le marché local. C’est la pauvreté des paysanneries du sud qui est la cause de la faim et de la malnutrition dans le monde. C’est le déséquilibre économique qui est à l’origine de ce drame : on met en concurrence des paysans qui travaillent à la main avec des agriculteurs équipés des dernières technologies.

Parallèlement, nous devons réduire notre (sur)consommation de viande puisque les classes moyennes des pays émergents (Chine, Inde) accentue la demande en produits carnés (viande, lait, œufs).
Pour rappel, il faut sept calories végétales pour produire une seule calorie animale (10 pour le bœuf) et l’élevage est le premier utilisateur des ressources de la planète. Sans oublier les agrocarburants qui entrent en concurrence avec l’alimentation humaine.

Il faut également que nous luttions contre le gaspillage alimentaire : on jette en France 20 kilos de nourritures par an et par personne. A l’échelle mondiale, un tiers de la production alimentaire est perdue ou jetée. Autres (vastes) combats à mener : contre le dérèglement climatique et la spéculation sur les matières premières alimentaires.

Le nombre d’urbains dépasse aujourd’hui celui des ruraux et, d’ici à 2050, cette proportion devrait atteindre 70 % : l’agriculture périurbaine est-elle l’avenir ?

Cette agriculture a un avenir à condition qu’elle fournisse le plus grand nombre via la restauration collective (écoles, collèges, lycées, hôpitaux, Ehpad) et les restaurants d’entreprises. Il faudrait alors pouvoir acheter plus cher des aliments locaux, de saison et produits dans le respect de l’environnement.

Un cahier des charges négocié avec les maires garantiraient aux agriculteurs des prix rémunérateurs et stables. Les familles les plus modestes devront pouvoir avoir accès à cette nourriture de qualité. A charge également pour les collectivités locales de construire des plates-formes logistiques pour faire émerger localement des circuits courts de taille critique qui viendraient concurrencer les cinq centrales d’achat de la grande distribution et ainsi réduire les coûts de commercialisation.

Où les collectivités territoriales trouveront-elles les financements pour développer ce type d’agriculture de proximité plus respectueuse de l’environnement ?

Il faut en finir avec les subventions de la Politique agricole commune (PAC) et les utiliser enfin à bon escient. En clair, leur redonner un caractère incitatif en rémunérant les agriculteurs à un juste prix en échange d’un produit de qualité (Label AB ou AOP).

A l’échelle des départements et des régions, ces subventions devraient servir à des actions de protection de l’environnement : plantation d’arbres, ainsi que de haies, talus et bosquets notamment pour les abeilles, et les coccinelles qui sont des prédatrices naturelles des pucerons ; réaménagement des marais ; rapprochement de l’élevage et de la culture ; ou encore reconstitution de l’humus dans le sol.

Dans les ceintures vertes des agglomérations, pourraient ainsi se développer du maraîchage, de la production laitière et même de l’élevage. Il faudrait alors réinstaller des abattoirs près des villes et des zones céréalières pour associer élevage et culture afin d’assurer la fertilisation organique des sols grâce aux excréments des animaux mélangés à de la paille qui sert de litière. Avec ce fumier, pas de risque de mauvaises odeurs, contrairement au lisier.

Les avantages d’un tel modèle sont nombreux : non seulement en termes d’empreinte écologique, mais aussi d’emploi et d’insertion : regardez le réseau des jardins de Cocagne.

Reste à régler l’épineux problème du coût du foncier… Mais, déjà, arrêtons le bitumage, comme le projet d’aéroport de Nantes.
Et pourquoi ne pas, toujours grâce aux subventions de la PAC, permettre aux communes d’acquérir des terres pour qu’elles les louent à des jeunes agriculteurs désireux de s’implanter ? Il faudrait aussi que les élus municipaux soient plus actifs dans les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer), qu’ils cessent d’être, comme bien souvent, de simples chambres d’enregistrement.

Les aliments issus de cette agriculture intensément écologique ne présentent-ils pas un coût plus élevé pour le consommateur ?

La comparaison avec les prix agricoles conventionnels est biaisée quand on considère l’aliment sans son contexte de production. Les prix de l’agriculture conventionnelle sont alignés sur des cours mondiaux, autrement dit des prix à perte. Et le coût payé par le consommateur ne représente qu’une infime partie de la globalité. L’essentiel est ainsi pris en charge par la collectivité : le lait, par exemple, est subventionné.

On paye donc les aides agricoles nationales et européennes. Sans compter le ramassage des algues vertes, l’épuration de l’eau, et, en terme de santé publique, les cancers liés à une exposition directe aux pesticides observés chez les agriculteurs ou encore le coût du chômage pour l’ensemble de la société puisque l’agriculture s’est mécanisée à outrance.

Qu’en est-il des rendements de l’agro-écologie ?

Ils sont les mêmes sous nos latitudes mais cela nous permettrait de produire les protéines végétales (légumineuses) nécessaires à l’alimentation de notre bétail. Surtout, dans les pays du sud, l’adoption des techniques de l’agriculture biologique via l’utilisation intensive des sols se traduit par une augmentation des rendements grâce au potentiel des cultures associées. Jusqu’à trois fois supérieure pour la culture du mil par exemple.

L’agriculture intensément écologique est un mouvement d’envergure mondiale. Ce système mise sur la biodiversité dans les champs en s’appuyant sur les interactions entre les plantes et en tenant compte des spécificités locales. L’idée consiste à faire un usage intensif des éléments naturels, à être économe en énergie fossile et à ne plus avoir recours aux engrais de synthèse. C’est une agriculture savante qui sait combiner avec intelligence les cycles biochimiques de l’eau, du carbone, du phosphore et de l’azote ainsi que des autres éléments minéraux. L’écosystème est complexe. Tout est lié.

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Commentaires

Marc Dufumier : « Le système agricole est aberrant en terme de développement soutenable »

Votre e-mail ne sera pas publié

Antoine G

19/06/2012 04h27

Trés intéressant cette personne.
Reste à savoir comment faire en sorte que ces nouvelles méthodes soient mises en oeuvre…

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