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ÉNERGIE
Le gouvernement souhaite que le pétrole de Guyane finance la transition énergétique
Arnaud Garrigues | Régions | Publié le 14/06/2012

La ministre de l’Ecologie Nicole Bricq a donné un coup d’arrêt, mercredi 13 juin 2012, au projet de forage de la compagnie pétrolière Shell au large de la Guyane. Elle entend rediscuter les termes du permis accordé par le précédent gouvernement afin de remplir plusieurs objectifs : améliorer la protection de l’environnement ainsi que les retombées pour les collectivités locales et l’Etat, qui pourrait ainsi trouver des marges de manœuvre pour financer la transition énergétique.

Le navire de forage dernier cri de Shell avait déjà quitté les rives de l’Asie et faisait route vers la zone située au large de la Guyane française, pour laquelle la compagnie pétrolière avait obtenu des permis de forage.

Sur le plan administratif, comme l’a révélé un article du Monde du 13 juin [1], il ne manquait plus que la signature de deux arrêtés préfectoraux pour que cet important chantier(1) [2] commence .

Mais la ministre de l’Ecologie, Nicole Bricq, a décidé de bloquer ce projet et de procéder, plus largement, à une remise à plat de tous les projets de ce type.
« Le gouvernement ne remet pas en cause la recherche sur les gisements guyanais, mais souhaite réformer en profondeur le Code minier (datant de 1810, ndlr), en particulier pour restaurer la souveraineté nationale en matière d’exploitation de ses propres ressources et mieux protéger l’environnement », explique un communiqué commun des ministères de l’Ecologie et du Redressement productif.

Cette affaire est en effet significative des enjeux croisés du nouveau gouvernement en matière d’industrie, d’énergie et d’environnement.

Une manne financière inespérée – Si le gouvernement évoque la nécessaire prise en compte de la protection environnementale de l’exploitation des gisements guyanais(2) [3], il s’agit également d’avancer sur un des chantiers d’importance de la présidence Hollande : la transition énergétique.

En ce sens, le communiqué des deux ministères est très clair : « L’exploitation des gisements guyanais contribuera à libérer des marges de manœuvre budgétaires pour le financement de la transition énergétique. »

Le candidat Hollande avait-il pensé pouvoir s’appuyer sur ces gisements de pétrole pour mettre en œuvre sa politique de transition énergétique ? Vraisemblablement non, mais en ces temps de rigueur budgétaire, cette nouvelle manne financière est une vraie opportunité.

Ce gisement permettrait également de réduire la facture énergétique (61 milliards d’euros en 2011) ainsi que le déficit abyssal de la balance commerciale, qui est essentiellement lié aux achats de pétrole et de gaz.
La France disposerait en effet « d’un approvisionnement important en hydrocarbures, à coût réduit par rapport aux prix du marché », comme le souligne le communiqué.

Des retombées financières pour les collectivités – Concrètement, il a été décidé d’une remise à plat de tous les permis d’exploitation des gisements des hydrocarbures(3) [4], afin de « réorganiser les modes et conditions d’attribution et de prolongement des permis de recherche, d’exploitation et de procéder à une réforme profonde de ce Code minier.

« L’inspiration excessivement libérale de ce code prive le pays et ses collectivités des ressources significatives qu’ils sont en droit d’en attendre », rappelle le communiqué, qui insiste également sur le fait que ces gisements d’hydrocarbure constituent « une ressource, un bien public appartenant à tous ».

D’où la volonté affichée également par Nicole Bricq de veiller « à ce que les retombées économiques soient justement définies au bénéfice de la population et des collectivités guyanaises ».