Transports ferroviaires

Quel rail après 2012 ? Le point de vue de deux experts, Louis Nègre et Bernard Soulage

| Mis à jour le 22/07/2013
Par • Club : Club Techni.Cités

Une initiative originale, un duo de choc. Dans une approche constructive, Louis Nègre et Bernard Soulage, deux acteurs majeurs du monde des transports publics se sont livrés à un exercice inédit : débattre de l’avenir du rail, alors que les caisses de l’Etat sont vides, et que leurs visions politiques diffèrent sensiblement.

Dans un ouvrage qui vient de paraître aux Editions de l’Aube, Louis Nègre et Bernard Soulage livrent leurs réflexions. Pour le premier, sénateur des Alpes-Maritimes, co-président de TDIE, 1er vice-président du Groupement des autorités responsables de transport (Gart), « le ferroviaire reçoit un soutien fort de la population. Il ne doit pas devenir l’amour déçu des Français. » Mais pour Bernard Soulage, président des Villes et régions européennes de la grande vitesse, « la question des réseaux transeuropéens doit être abordée ; il faut impérativement construire l’interopérabilité entre les systèmes européens de transports ferroviaires. »

Convergences – Pourtant, Louis Nègre et Bernard Soulage se retrouvent sur un certain nombre de points. Pragmatiques, ils connaissent les difficultés du quotidien, en tant qu’élus locaux. « Nous nous rendons compte qu’il faut avant rénover tout le réseau, car cela ne sert à rien de rouler à 300 kilomètres/heure sur une ligne, puis de se retrouver à 60 kilomètres/heure sur un tronçon mal entretenu… » De même, ils sont d’accord pour examiner, au cas par cas, la pertinence des LGV en projet. Faut-il gagner 1 minute de temps de trajet à 100 millions d’euros ? Est-ce que la grande vitesse, qui va au-delà de 250 kilomètres/heure est pertinente partout, s’interrogent-ils, alors même que le modèle allemand de la grande vitesse est plus diversifié… Seule l’ouverture à la concurrence des lignes internationales, nationales et fret semble les opposer !

Divergences sur l’ouverture à la concurrence – Pour le sénateur des Alpes-Maritimes, « il n’est pas possible de dire que l’on accepte la concurrence à Bruxelles, et freiner des quatre fers en France. Bien entendu, elle doit être régulée et non débridée. » De son côté, Bernard Soulage « ne croit pas à un secteur ferroviaire très ouvert à la concurrence. L’Allemagne est à 80% de parts de marché pour l’opérateur historique et 20% des autres. Or le modèle 80-20% sera très difficile à appliquer, pour plusieurs raisons, y compris techniques. » Pour cet expert, il faut examiner parallèlement la tendance à l’unification du réseau européen. « Cette unification aura pour conséquence de reconstituer des monopoles par alliance, ou en tout cas des oligopoles qui se partageront le marché européen. Et comme cette unification qui permet de traverser toute l’Europe me paraît indispensable, je pense qu’il y aura là un frein très important à l’ouverture à la concurrence », explique Louis Nègre. Au-delà de ces aspects monopolistiques, c’est l’avenir de la SNCF qui préoccupe et divise les deux politiciens.

Le modèle allemand en débat – Alors que Bernard Soulage penche pour le modèle allemand, avec la création d’une holding, supervisant l’opérateur et le gestionnaire d’infrastructures, sous le contrôle de l’Etat, Louis Nègre estime qu’il s’agit d’un faux problème : « ce qui est central, c’est de produire un service efficace et moins cher. Le problème de fond ne se situe pas au niveau des entités. Il faut toucher au statut du personnel et à l’organisation du travail. »

Entre une concurrence qui accélèrerait le changement, ou qui risquerait de remettre en question les équilibres, difficile d’y voir clair, même pour deux experts.

Références

« Quel rail après 2012 ? Le temps du politique est venu », Louis Nègre et Bernard Soulage, Editions de l’Aube.

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