Ressources en eau

Micropolluants : le nécessaire dialogue des élus avec les chercheurs

| Mis à jour le 12/03/2018
Par • Club : Club Techni.Cités

Les menaces que font peser les polluants chimiques sur l’environnement sont de plus en plus importantes et rejaillissent sur la santé humaine. Une problématique qui demande aux collectivités de dialoguer avec le monde scientifique et de repenser les actions menées en matière de gestion de l’eau et de l'assainissement.

Pesticides, PCB, résidus de médicaments, etc. Cela fait plusieurs dizaines d’années que des efforts sont entrepris pour lutter contre une multitude de produits chimiques qui menacent l’environnement et tout particulièrement les milieux aquatiques.
Même si des progrès sont à relever en matière de traitement des eaux usées avant rejet dans le milieu naturel, les résultats ne sont pas toujours au rendez-vous pour certains polluants, comme le souligne Martin Guespereau, directeur de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse (RMC) : “les pesticides représentent encore le premier facteur de déclassement de la qualité des eaux, suivi par la dégradation physique des rivières, ces dernières perdant ainsi leur capacité d’autoépuration”.

Santé humaine – Les polluants sont présents dans le milieu naturel à des concentrations très faibles – d’où leur nom de « micropolluants » –, mais ils atteignent des niveaux non négligeables et pèsent à leur tour sur la santé de l’homme par différents vecteurs : l’eau de boisson, la consommation de poissons et coquillages, de fruits et légumes, ou encore la baignade.

Pour les collectivités, ces problèmes de santé humaine sont parfois difficiles à appréhender, car les questions scientifiques qui en découlent ne permettent pas toujours de déduire des recommandations claires et de mettre en place des actions préventives ou correctives.
C’est dans ce contexte que l’agence de l’eau RMC et le Grand Lyon ont souhaité organiser le colloque « Eau et santé », le 23 janvier 2012 à Lyon, afin de favoriser les échanges entre des chercheurs et des représentants des services d’eau et d’assainissement des collectivités.

Plans de lutte nationaux – Un panel des principales menaces chimiques a ainsi été dressé par Gérard Lasfargues, directeur général adjoint de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Il a pointé l’augmentation considérable des micropolluants ainsi que leurs « effets synergiques éventuels » lorsqu’ils sont associés (on parle alors d’effet cocktail). Certes, une grande partie de ces produits sont concernés par des plans de lutte mis en place ces dernières années par le ministère de l’Ecologie :

  • plan national santé-environnement,
  • plan national sur les résidus de médicaments,
  • plan de lutte contre les PCB,
  • plan Ecophyto (pesticides),
  • plan national des micropolluants organiques,
  • etc.

Emergence de nouveaux polluants – Ces chantiers sont en cours, mais l’éradication de ces problèmes est difficile car les sommes en jeu sont parfois conséquentes (ex. : les PCB), ou parce que cela nécessite des évolutions importantes dans les filières concernés (ex. : les pesticides et l’agriculture), ou encore parce que les chercheurs doivent améliorer leurs connaissances, estimer les risques et trouver des solutions de traitement économiquement viables.
D’autant qu’on assiste régulièrement à l’émergence de nouveaux polluants.

Cela concerne notamment des substances générés dans les usines d’eau potable (ex. : sous-produits générés lors de la chloration de l’eau potable), ou dans les réseaux de distribution d’eau potable (ex. : le Bisphénol A ou encore le chlorure de vinyle monomère, qui est relargué par certaines canalisations en PVC installées avant les années 1980).

Priorité à la protection des captages – Face à ce tableau inquiétant, Martin Guespereau a tenu à être rassurant : « Je crois qu’il faut avoir un peu de méthode. En premier lieu, il est nécessaire de travailler sur la protection des captages d’eau, parce que cette bataille est gagnable, parce qu’elle est légitime et que des outils juridiques existent ».
De plus, la prévention des pollutions représente un coût 2,5 fois moins élevé que celui du traitement de l’eau polluée.

Ces actions préventives se traduisent par exemple par le financement des aires de lavage des pulvérisateurs de pesticides ou l’évolution des produits utilisés dans les pressings, auxquelles peuvent participer les communes, le département et la région, en complément des aides apportées par les agences de l’eau.

Multiplier les actions – Par ailleurs, pour lutter efficacement contre ce cocktail de substances chimiques, les collectivités sont invitées à multiplier leurs actions, en parallèle du travail réalisé par les services de l’Etat et les agences de l’eau.
L’exemple du Grand Lyon est révélateur de cette démarche. En plus de son travail sur la protection de ses captages d’eau, cette collectivité mène de nombreuses actions :

  • mise en place du “zéro pesticide” en ville,
  • choix d’un mobilier urbain moins émissifs en polluants,
  • développement des zones d’infiltration des eaux de pluie, qui ont une action d’épuration et évitent d’envoyer tous les polluants récoltées par les eaux de pluie vers le réseau d’assainissement, tout en réduisant les problèmes liés aux crues,
  • optimisation du traitement des eaux usées dans les stations d’épuration, etc.

« Bien sûr, nous respectons la réglementation sur les polluants », témoigne Claude Presle, directeur de l’eau du Grand Lyon. « Mais nous voyons bien qu’il existe des interrogations sur ces micropolluants, que ce soit dans les médias ou dans les commissions locales de l’eau où sont présents les usagers. C’est pour cela que nous essayons de nous rapprocher des chercheurs, afin de disposer d’une veille et de savoir où l’on va ».

Risques alimentaires – Reste qu’il ne faut pas surestimer les risques liés à l’eau de boisson, car pour de nombreux micropolluants, le danger provient principalement de notre alimentation solide.
« Les apports alimentaires sont très majoritaires, comme par exemple pour les pesticides, où ils interviennent pour 95 à 98%”, confirme Philippe Hartemann, directeur du département environnement et santé de l’Université de Lorraine.
“Cependant, il ne faut pas négliger les menaces liées à l’eau et continuer à faire les plus grands efforts, tant en recherche qu’en matière de prévention des émissions polluantes et de traitement », tient-il à rappeler.

15 nouvelles substances prioritaires intégrées à la directive européenne

La Commission a proposé, le 31 janvier 2012, d’ajouter quinze substances chimiques à la liste des trente-trois polluants qui sont prioritairement surveillés et contrôlés dans les eaux de surface de l’Union européenne. La mise à jour sera effectuée par une révision de la directive sur les substances prioritaires dans le domaine de l’eau.

« Cette proposition est le résultat d’un réexamen durant lequel les risques posés par quelque 2000 substances ont été examinés en fonction de la concentration de ces substances dans les eaux de surface, de la dangerosité des dites substances, ainsi que de leur production et de leur utilisation », explique le communiqué de la Commission.

Six de ces quinze nouvelles substances prioritaires devront être progressivement supprimées dans l’eau dans un délai de vingt ans. Quatre substances, qui font actuellement l’objet d’une surveillance, auront à respecter des normes plus strictes. Les émissions de deux autres devront être supprimées progressivement.

Les quinze substances prioritaires supplémentaires proposées sont les suivantes:

  • produits phytopharmaceutiques : aclonifène, bifénox,cyperméthrine, dicofol, heptachlore, quinoxyfène,
  • substances utilisées dans les produits biocides:  cybutryne,dichlorvos, terbutryne,
  • produits chimiques industriels : acide perfluorooctanesulfonique(PFOS), hexabromocyclododécane (HBCDD),
  • dérivés de combustion : dioxines et composés de type dioxine,
  • substances pharmaceutiques : 17-alpha-éthinylestradiol (EE2),17-bêta-estradiol (E2) et diclofénac.
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