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Culture

Frédéric Mitterrand : « Chaque collectivité a quelque chose à apporter »

Publié le 09/01/2012 • Mis à jour le 28/03/2012 • Par Hélène Girard, Philippe Pottiée-Sperry • dans : A la une, France

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Mitterrand2 - © AFP Photo Lionel Bonaventure

Le ministre de la Culture et de la communication Frédéric Mitterrand fait le point sur les relations de son ministère avec les collectivités. Il répond à certaines critiques et évoque ses projets sur le spectacle vivant et le livre.

 

Elus et professionnels ont l’impression que les projets nationaux, souvent parisiens, aspirent une bonne partie des crédits de l’Etat, au détriment du soutien aux politiques culturelles locales. Que leur répondez-vous ?

Je suis toujours frappé par cette affirmation selon laquelle Paris dévore la province ! De grands projets structurant vont bientôt voir le jour à Paris, notamment la création de la Philharmonie, le réaménagement et l’extension du Palais de Tokyo, la rénovation du Musée Picasso. Ces équipements devront rendre compte de la vie des régions. Je mets toujours l’accent sur ce point.

La Philharmonie ne sera pas qu’un auditorium à Paris : elle sera la clef de voûte de la transmission musicale dans le pays et l’interlocuteur des conservatoires régionaux. De même, le Palais de Tokyo n’est pas uniquement un lieu d’art contemporain au rayonnement européen : il travaillera en réseau avec les centres d’art et les FRAC. Ces objectifs font partie de la feuille de route de Laurent Bayle et de Jean de Loisy, respectivement pilotes de la Philharmonie et du Palais de Tokyo. C’est pour cela qu’ils ont été choisis, car leurs centres d’intérêts ne sont pas uniquement parisiens, loin de là.

La Maison de l’Histoire de France sera également en réseau avec d’autres musées en région, et le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée sera implanté à Marseille, premier grand musée national dans une capitale européenne. J’essaie d’avoir une vision générale : Paris y a sa place, mais les territoires tout autant. Chaque région mérite d’être soutenue et chaque collectivité territoriale a quelque chose à apporter à la politique culturelle française

Prenons un autre exemple d’équipement structurant : le Louvre-Lens. Il est vrai que l’Etat ne le finance pas. Mais il a apporté le travail et l’expertise du Louvre, sans lesquels ce projet ne pourrait pas se faire. Le Louvre-Lens est symbolique de l’installation d’un équipement culturel dans une région qui a été traumatisée par son histoire sociale. Quant au Centre Pompidou mobile, il a vocation à aller dans les petites villes.

J’ai voulu que les établissements publics nationaux amplifient leur action territoriale : le Centre Pompidou Mobile est un bon exemple. Le plan musées, avec la réhabilitation de 79 musées en région, le nouveau label de Maisons des Illustres, le plan outre-mer ou les 14 propositions pour le développement de la lecture, concernent en priorité les régions. Je citerai également le projet de Tour Médicis à Clichy-Montfermeil, futur lieu de résidences et de formations artistique dans un territoire dit « sensible ». Je souhaite que cette initiative fasse école, car elle donnera une nouvelle impulsion à la démocratisation culturelle.

Par ailleurs, j’ai le sentiment d’être particulièrement à l’écoute de ce qui se passe en-dehors de Paris. La carte de mes déplacements en région le montre.

J’ajoute que l’attention que je porte aux Drac est aussi une manière de faire rayonner un message culturel partout. Chaque fois que je me déplace, je rencontre les collaborateurs de la Drac, et les directeurs des Drac sont très souvent reçus au ministère. J’essaie d’avoir une vision générale, et dans cette vision générale, Paris y a sa place. Mais je n’ai pas le sentiment de favoriser Paris, au contraire.

Un autre reproche récurrent porte sur le désengagement de l’Etat…

Quand l’Etat coproduit la politique culturelle avec les collectivités territoriales, on interprète cela comme un désengagement. Or le budget de la mission culture est sanctuarisé. Il a même légèrement augmenté de 2,9%, hors dépenses de personnel.

Il faut bien voir que la décentralisation est en marche, la société se complexifie, la population augmente et exprime un besoin de culture de plus en plus fort, et les pratiques culturelles se développent partout sur le territoire national. Dans un tel contexte, les collectivités sont appelées à jouer un rôle de plus en plus important. Ce qui ne veut pas du tout dire qu’il y a un retrait de l’Etat. Simplement, lorsque l’Etat met un euro dans un projet, les collectivités se mobilisent pour en mettre 2.

Comment concevez-vous cette coproduction ?

Lorsque l’Etat met un euro, là où les collectivités mettent deux euros, la contribution de l’Etat est absolument indispensable pour les mobiliser et les accompagner. Car l’Etat, non seulement intervient financièrement, mais aussi comme un facilitateur dont le rôle est considérable. Cette coproduction se construit dans le dialogue et le débat. Pour cela, nous avons beaucoup de relais.
D’abord les Drac, qui font leur travail sur le terrain d’une manière très attentive. Puis un certain nombre d’instances. A commencer par le Conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel, dont je préside les réunions plénières. Je vois dans ses travaux une vraie source d’inspiration, de réflexions et d’élaboration partagées. Il se trouve, de surcroît, que ce conseil réunit différentes sensibilités politiques. Mais les membres du conseil ont compris que je ne m’inscris pas dans une perspective politicienne, et donc nous travaillons très bien.
Le ministère est aussi en relation avec une multitude d’associations, qui elles-mêmes répercutent un message vers les collectivités et vers l’Etat.

Les préfets sont aussi des partenaires très importants. J’ai réuni à deux reprises les préfets de région. A ma stupéfaction, c’était la première fois qu’ils venaient au ministère de la culture. J’essaie de faire en sorte qu’ils soient au courant de ce que nous essayons de faire. J’écoute beaucoup les informations qu’ils nous font remonter.

Bref, il existe tout un substrat de groupements, d’associations, de personnalités, qui concourent à l’élaboration de la réflexion des projets qui unissent l’Etat et les collectivités. Il ne s’agit pas d’un face à face entre l’Etat et les collectivités, mais d’une relation à trois, avec l’Etat, les collectivités et les associations. Je prête beaucoup d’attention à ces dernières, car elles sont implantées localement, et elles ont le contact avec les collectivités.

Elus locaux et professionnels ont unanimement salué la renaissance du Conseil des collectivités territoriales pour le développement culture et se félicitent de l’instauration d’un dialogue avec l’Etat. Néanmoins, ils souhaiteraient que les débats s’orientent vers une véritable co-construction des politiques culturelles locales. Selon vous, comment le travail de cette instance doit-il évoluer ?

Nous nous voyons deux fois par an. C’est sûrement insuffisant. Un rythme trimestriel serait souhaitable, pour assurer plus de continuité dans nos réflexions. J’ai néanmoins souhaité faire évoluer la méthode de travail, car j’ai été très réceptif aux suggestions des membres du Conseil. D’ores et déjà, j’ai créé de nouveaux groupes de travail– notamment sur le numérique et les langues de France – car ce sont les instances où l’on approfondit la réflexion partagée avec les collectivités et où les décisions conjointes se préparent.
J’ai proposé aux élus de contribuer à l’ordre du jour, de façon à ce que l’Etat leur fasse encore plus de place au sein du conseil. En outre, je leur ai suggéré d’assurer une présidence tournante, mais ils ne l’ont pas souhaité.

Il faut dire qu’en ce moment, nous entrons en période électorale. De ce fait, nous arrivons à la limite de l’exercice : certains contestent le langage qui nous est commun par souci de prendre un peu de recul. Mais je constate que le désir de construire quelque chose ensemble est très fort.

Les élus ruraux revendiquent le droit à la culture tout au long de l’année, pas seulement pendant les périodes estivales. Leur association (AMRF) a d’ailleurs signé une convention de coopération avec la Fédération des collectivités territoriales pour la culture (FNCC) en juillet dernier. Pouvez-vous nous préciser votre politique en matière de développement culturel du monde rural ?

J’ai construit avec mes services un plan d’action volontariste mobilisant plusieurs outils. Les ministères de la culture et de l’agriculture ont signé en septembre une convention pour rénover leurs actions conjointes. Notamment, nous voulons que l’histoire des arts et les pratiques artistiques soient beaucoup plus développées dans les lycées agricoles. Je suis également très attentif aux bibliothèques et aux cinémas itinérants.

Par ailleurs, j’ai relancé les conventions de développement territorial pour les territoires ruraux et péri-urbains. D’ici au mois d’avril, nous en aurons signé plus de quarante.
Il s’agit de conventions triennales et généralistes, conclues directement avec les collectivités ou les intercommunalités. L’Etat apporte un certain nombre d’aides, qui étaient acquises précédemment, mais dont la pérennité n’était pas garantie. Là, l’Etat s’engage à les maintenir et ajoute des financements complémentaires sur des actions nouvelles. Les Drac ont été chargées de faire remonter des projets susceptibles de faire l’objet de conventions.

Dans beaucoup d’expériences de développement culturel en milieu rural, l’initiative individuelle est déterminante. On cite souvent l’exemple de Jazz in Marciac, mais il y a en a beaucoup d’autres. Je crois que le désert culturel peut être combattu avec des initiatives individuelles ou avec un groupe de personnes portant des projets d’une grande force qui finissent par s’imposer. Ensuite, ces personnes empruntent le parcours habituel : elles se rapprochent de la Drac, de la mairie de leur commune, des autres niveaux collectivités etc. Chacun y va de son écot. Les Drac apportent alors leur expertise indispensable. Ce sont elles qui savent comment répercuter vers le ministère de la Culture les demandes qui sont légitimes et qui méritent d’être soutenues. Elles ont en interne les compétences sur la manière de construire un projet et peuvent jouer un rôle de conseil.

Mais les Drac ont-elles encore les moyens de jouer ce rôle aujourd’hui ?

Il n’y a pas d’affaiblissement des Drac, contrairement à ce que je lis ici ou là. J’ai d’ailleurs souhaité rééquilibrer la situation, en redéployant une partie des moyens des Drac les mieux dotées vers les moins dotées, en veillant à ce que ces redéploiements ne nuisent pas aux projets soutenus par les Drac contributrices.
Je dois tenir compte de l’enveloppe budgétaire globale et du contexte général, à savoir une France dont la démographie évolue, avec certaines régions aujourd’hui plus peuplées qu’il y a dix ans, ou l’inverse. Certaines Drac ont donc plus de moyens que d’autres. Ainsi, dans une région où les établissements de spectacle vivant sont très dynamiques, drainent de plus en plus de monde, avec des résultats de plus en plus importants, le ministère a plutôt tendance, à budget égal, à aider la Drac un peu plus. Ou bien, si elle réussit vraiment très bien, à considérer qu’elle a moins besoin de notre soutien et à dégager un peu d’argent pour une autre Drac.
Mais tout cela se fait à la marge, car on ne peut pas jouer avec les budgets, notamment ceux du spectacle vivant, qui sont très serrés. Par ailleurs, il faut faire attention : ce n’est pas parce que des régions s’appauvrissent que l’offre culturelle doit s’appauvrir, au contraire, bien au contraire. Mon ministère doit alors être très vigilant pour garantir le meilleur équilibre de territoires, et jouer un rôle de compensation s’il y a lieu.

Concernant le numérique, son potentiel de développement est colossal et s’annonce déterminant pour l’avenir de la création et de la diffusion. Mais il faut passer par des phases d’expérimentation pour repérer les usages porteurs et les bonnes pratiques. Beaucoup de collectivités en sont conscientes, mais elles peinent à financer ces expériences et à trouver les compétences spécifiques. L’Etat peut-il les y aider ?

Oui, bien sûr. Nous les incitons à venir nous voir et à mettre ce dossier en tête de ceux que nous essayons de traiter avec elles. Sur ces questions, les préfets sont de bons interlocuteurs, car ils en ont une vision très progressiste. Ils peuvent relayer les demandes des collectivités.
La numérisation du patrimoine, par exemple, constitue un des gros enjeux. Les bibliothèques sont souvent en première ligne. Toute la montée en puissance de Google en France s’est faite à partir de la bibliothèque municipale de Lyon. Cette dernière a passé trois ans à alerter le ministère de la Culture sur la nécessité de numériser son patrimoine et de veiller à ce que l’Etat et les collectivités, c’est-à-dire la Nation, pilotent l’opération. Mais personne n’avait pris la mesure des enjeux.
C’est la raison pour laquelle Lyon a traité avec Google. C’était il y a cinq ans. Cela n’arriverait plus aujourd’hui, car tout le monde a pris très fortement conscience des enjeux. Aujourd’hui, le ministère serait immédiatement réactif sur un sujet de cette nature.
J’ai obtenu des crédits dans le cadre des investissements d’avenir pour des projets innovants de numérisation du patrimoine, que ce soit par exemple dans le domaine du livre avec la numérisation des livres indisponibles, qui permettra de faire revivre le plus gros de la production éditoriale du XXe siècle, ou en matière de numérisation de films pour un dispositif de vidéo à la demande. Je rappelle également que j’ai souhaité refonder la politique de lecture publique en misant fortement sur le numérique.
Tout une partie des 14 propositions pour le développement de la lecture que j’ai annoncé en mars 2010 visent à mieux équiper les bibliothèques publiques en numérique, de manière à ce qu’elles deviennent de véritables centres de médiation numérique. J’ai notamment réorienté la dotation globale de décentralisation – auparavant consacré exclusivement aux constructions d’équipement – vers l’équipement numérique des bibliothèques. Cela constitue à mon sens une décision importante pour relever les enjeux d’avenir.

Quelle serait votre position si, à nouveau, une collectivité traitait avec un grand opérateur comme Google pour numériser son patrimoine ?

Je ne suis pas du tout opposé à ce que l’on fasse des opérations avec Google. Tout en affirmant qu’il faut être très vigilant. J’ai été le premier à lever le lièvre du danger Google, quand j’ai bloqué les opérations qui étaient en cours à la BNF. Et j’ai pris récemment une circulaire destinée à tous les établissements placés sous la tutelle du ministère de la Culture, afin qu’aucune décision de numérisation, avec Google ou tout autre entreprise de la même importance, ne soit prise sans l’accord du ministre. Ce, afin que nous essayions de tout harmoniser.
Je suis très ferme sur ce point-là. Car Google avait pris des libertés inadmissibles avec le droit d’auteur, en numérisant globalement des fonds des bibliothèques américaines, où il y avait des ouvrages français dont les droits d’auteur couraient toujours. Google a appliqué le principe selon lequel tout ce qui n’est pas interdit est permis, et a imposé à ses nouveaux partenaires, clients ou usagers, des contrats absolument léonins : exclusivité, confidentialité totale, avec impossibilité de savoir ce qu’il y a dans les contrats, engagement sur une durée très longue etc. Donc ce n’était pas un partage équitable.
De plus, l’indexation est un problème considérable. Quand vous regardez Google vous regardez la première page, pas les neuf qui suivent. Nous avons donc besoin de garanties. A partir du moment où Google, sur telle ou telle question, accepte un partage équitable, compte tenu de l’immensité du patrimoine à numériser – et il le sera – autant passer par cet opérateur qui est très efficace, qui travaille bien et qui a la puissance d’engager des procédures de numérisation de grande ampleur.

Parfois, j’arrive dans des petites villes, où l’on numérise déjà à tout-va, avec, comme partenaires, des petites sociétés privées. Je trouve cela extraordinaire. Car cela coûte cher, c’est long, c’est difficile, cela demande beaucoup de soin et c’est incontournable. Dans trente ans, tout sera numérisé.

D’année en année, les milieux du spectacle vivant vous alertent sur la fragilité de leur secteur. Comment comptez-vous répondre à leur inquiétude grandissante ?

Contrairement à ce que je lis ici et là, le budget du spectacle vivant a été maintenu. Nous avons même réussi à élaborer un plan de 12 millions d’euros sur trois ans qui a été présenté l’été dernier, ce qui, dans le contexte économique que nous connaissons, constitue tout de même une enveloppe non négligeable.
Néanmoins, ce secteur souffre beaucoup. Car les charges des structures augmentent – en raison de la progression des salaires, des cotisations sociales, de l’inflation, etc.- et donc les budgets artistiques s’amenuisent. Souvent, aussi, les recettes et certaines ressources annexes rentrent moins bien parce que nous sommes en période de crise. A cela s’ajoute le fait que, dans certains cas, les perspectives de diffusion sont souvent insuffisantes. On voit ainsi des spectacles remarquables montés pour six représentations sur une seule scène, alors qu’on devrait pouvoir les présenter dans plusieurs lieux.
J’ai pris plusieurs mesures pour optimiser la diffusion des spectacles, notamment en débloquant des aides pour des réseaux de salles dans les territoires afin de les inciter à diffuser les spectacles créés dans leur région d’implantation. Cela constitue un levier intéressant.
Je suis parfaitement conscient de l’ensemble des problèmes qui affectent le secteur. Le ministère de la Culture a lancé une mission sur le financement du spectacle vivant. Ses conclusions seront restituées dans quelques semaines.

Ajoutons que dans certaines villes, les lieux de diffusion sont également confrontés à des baisses de subvention des collectivités. Certaines d’entre elles réduisent leur contribution, car le contexte économique crée des tensions sur les recettes fiscales et la réforme territoriale provoque chez leurs élus des inquiétudes, légitimes ou exagérées. Ce n’est pas partout le cas, et ce n’est pas plus le fait d’élus de droite ou de gauche.
Le phénomène concerne ceux pour qui la culture est une variable d’ajustement, alors que d’autres considèrent que quoi qu’il arrive, elle doit être préservée. Certes, parfois, les collectivités concernées baissent leurs subventions dans tous les domaines. Le réseau du spectacle vivant n’existe que grâce aux contributions des collectivités.
Je connais un nombre important d’établissements de spectacle vivant où le ratio entre la contribution de l’Etat et celle des collectivités est de l’ordre de 1 à 2, voire 1 à 3. C’est pourquoi je multiplie les contacts avec les élus et je tempête auprès d’eux pour qu’ils ne baissent pas leurs subventions. C’est aussi la raison pour laquelle je me suis battu pour préserver la compétence croisée, ce que j’ai obtenu. Car c’est tout de même un moyen de sécuriser les financements.

Professionnels et artistes réclament une loi d’orientation sur le spectacle vivant. Qu’en pensez-vous ?

J’y suis ouvert. En même temps, elles doivent garder leur autonomie et leur capacité de peser avec l’Etat sur les choix engageant l’un et l’autre sur le long terme. Il faut garantir des principes et une organisation générale qui permettent de sécuriser le secteur, réaffirmant le sens de l’implication de la Nation dans le soutien au spectacle vivant et à ses principaux fondements.
Beaucoup des problèmes qui se posent au spectacle vivant ont déjà été formulés lors des Entretiens de Valois. Depuis, la situation a évolué. Il ne s’agit pas pour autant de tout remettre à plat, mais d’intégrer et de compléter tous ces aspects pour assurer une stabilité au secteur. Dans ce texte, il faudra intégrer la présence des collectivités territoriales. Nous devrons trouver un mode de fonctionnement pour qu’elles interviennent de manière plus pérenne avec l’Etat dans une vision à moyen terme.

Les bibliothécaires réclament aussi une loi sur les bibliothèques depuis plusieurs années. Y êtes-vous favorable ?

Nous avons effectivement besoin d’un texte pour préciser le statut des bibliothèques et la répartition des missions entre l’Etat et les collectivités. Faut-il une loi ? Cela se discute.
D’un point de vue général, j’ai entrepris une refondation de la politique du livre et de la lecture publique avec les 14 propositions pour le développement de la lecture annoncées en mars 2010, que je souhaite poursuivre en intégrant l’ensemble de la chaine, qui va des auteurs jusqu’aux bibliothèques, en passant par les éditeurs et les libraires dont la situation me préoccupe.
Je vais lancer une mission rapide pour améliorer la situation économique des librairies, qui du reste jouent un rôle essentiel dans les territoires en faveur de l’animation culturelle et de la médiation en faveur de la lecture.

Quel bilan faîtes-vous de vos relations avec les collectivités ?

J’ai engagé une relation dynamique, d’égal à égal, avec les élus et leurs administrations avec une attitude d’écoute maximale, en me déplaçant sur le terrain. Mais cette relation est grevée par les difficultés liées à la crise économique et par les inquiétudes nées de la réforme territoriale.
De ce fait, les réussites sont moins perceptibles pour les collectivités. Mais elles n’en demeurent pas moins. Le ministère doit être encore plus présent pour apporter son expertise. Le champ qui s’ouvre devant nous est immense. Parce que la décentralisation est un fait.
Arrêtons de parler de désespérance culturelle ! Partout, il y a des créations, des gens qui construisent des projets, et j’essaie d’être le plus attentif possible à leurs situations. Le ministère doit sans cesse adapter sa réponse, sa capacité de proposition, son dialogue avec les collectivités, C’est pour cela que je dis : il y a du travail. Et c’est pour cela que je continue à voyager, que je vais partout. Et je reçois tout le temps des représentants des collectivités, y compris ceux d’Outre-mer. Je suis très fier que nous ayons réintégré l’outre-mer dans nos projets, avec une complète refondation de la politique du ministère envers ces territoires qui concernent tout de même plus de 3 millions de Français.

Selon vous, quelle sera la place de la culture dans la campagne présidentielle à venir ? Sur quoi devra porter le débat, au-delà de l’aspect purement budgétaire, qui a déjà été amorcé ?

La culture sera très présente dans la future campagne. Parce que c’est un enjeu de société. Compte tenu du tumulte économique dans lequel nous nous trouvons et dans lequel il est difficile de se repérer, le débat va porter sur les enjeux de société, donc la culture va se retrouver au premier plan.
La culture est indispensable en période de crise et d’inquiétude générale : elle est au carrefour de l’intime et du collectif. C’est une chose dont on a absolument besoin, pour se repérer, pour vivre, pour faire face à ses inquiétudes, construire sa vie. Et puis c’est aussi du collectif, c’est le partage. Et le collectif intègre forcément les collectivités territoriales, avec, notamment, les lieux où la culture se partage.
Donc, dans une période comme celle que nous vivons, ces deux aspects – la construction de sa propre identité, et le partage pour vivre des moments un peu heureux ou de construction collective – sont encore plus indispensables. Et de surcroît – sans cynisme – l’Histoire nous montre que les périodes de crise sont propices à la création culturelle.

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