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Romans-sur-Isère bat « La mesure »

Publié le 07/12/2011 • Par Aude Raux • dans : Dossiers d'actualité

Le projet de monnaie locale délimité au bassin de vie de Romans-Bourg-de-Péage s’est concrétisé au printemps 2011. Son nom : "La mesure". Cette initiative démocratique est portée par des citoyens désireux de redynamiser les filières économiques locales, encourager l’économie sociale et solidaire et faire de l’éducation populaire. Une monnaie sur mesure pour ce territoire de 40 000 habitants situé dans la Drôme.

« Un Monopoly éthique pour Bobos, si on en reste là, ça ne sert à rien de créer une monnaie locale complémentaire ! » lance, un rien provocant, Michel Lepesant, l’un des trois fondateurs de « Commune mesure », l’association à l’origine de la monnaie locale de Romans-sur-Isère baptisée… « La mesure« .
« La monnaie, précise ce professeur de philosophie qui se présente comme un « objecteur de croissance », ne doit pas être une fin en soi, mais un moyen. Notre projet, qui s’est concrétisé le 28 mai, après deux ans de réflexions, vise ainsi trois objectifs : relocaliser l’économie, encourager les prestataires et les utilisateurs à respecter certaines valeurs éthiques et permettre aux citoyens de se réapproprier la question financière. »

Une monnaie au service du territoire – L’usage de « la mesure » étant territorialisé, l’économie locale ne peut qu’être dynamisée. Quand un habitant des communes de Romans-sur-Isère et Bourg-de-Péage ainsi que quelques villages alentour convertit, dans l’un des quatre comptoirs d’échanges, comme la maison de quartier Saint-Nicolas, 50 euros en 50 mesures, il les dépense concrètement sur un territoire aux frontières délimitées par les prestataires membres du réseau de cette monnaie locale. Un argument essentiel quand on sait que 97 % des transactions en monnaies « officielles » circulent dans les sphères spéculatives et seulement 3 % dans l’économie réelle.

En clair, impossible pour « la mesure », qui n’existe que sous forme de billets, bien matériels, de s’enfuir dans les câbles électroniques ou les paradis, Îles Vierges ou Bermudes ! Les seules destinations qui s’offrent à elle sont les tiroirs caisses des prestataires locaux et les porte-monnaie des habitants du bassin de vie de Romans-Bourg-de-Péage. De même, la mesure étant une monnaie fondante (qui perd 2 % de sa valeur chaque trimestre), personne n’a intérêt à en garder pour faire de la spéculation. Enfin, le propriétaire de « mesures » sera incité à les faire circuler dans le réseau local plutôt que de les convertir en euro pour acheter à l’extérieur, puisque cette conversion est taxée à 2,5 %.

En cette fin novembre 2011, six mois après le lancement de « la mesure », ce réseau rassemblait déjà 39 prestataires, comme

  • un magasin de chaussures,
  • un salon de coiffure,
  • une librairie,
  • une coopérative bio,
  • un restaurant,
  • un charcutier,
  • une ferme,
  • un théâtre,
  • un Système d’échanges local (SEL)
  • ou encore une psychanalyste. Ouf !

Autant de commerçants, artisans, associations ou professions libérales qui s’engagent à s’inscrire dans l’économie sociale et solidaire (ESS), autrement dit, à respecter certaines valeurs éthiques. Comment ? En signant une convention, renouvelable chaque année, intitulée « Au fur et à mesure ». Un titre choisi pour bien souligner le souhait de ne rien imposer d’emblée, mais d’encourager.

Quatre engagements – Précision d’Annie Vital, médiatrice culturelle en archéologie, et autre cofondatrice de cette monnaie locale : « On n’allait pas réserver la mesure à des gens qui font déjà « tout bien » et s’ériger en moralisateur. C’est pour cela, par exemple, que le Café central, qui refuse de se définir uniquement à travers son activité marchande et met l’accent sur sa dimension de créateur de lien social, est le bienvenu. L’idée, c’est de faire le chemin ensemble en s’interrogeant : comment mettre du sens derrière nos activités ? »

Les questions posées sur cette feuille de route s’articulent en quatre groupes :

  1. participer à la vie locale (en relocalisant par exemple les fournisseurs ou en privilégiant les circuits courts) ;
  2. intégrer la dimension écologique (sélection de produits bio, réduction des déchets ou économie d’énergie) ;
  3. contribuer à une société plus décente (activité d’utilité sociale ou solidaire, prise en compte de critères sociaux ou éthiques dans le choix des fournisseurs) ;
  4. l’humain et le citoyen (relations conviviales ou organisation démocratique).

Face à ces questions, cinq types de réponses sont proposés : oui / en cours / non / pas applicable / nous ne savons pas faire.

« C’est vrai que l’on voulait dépasser le « syndrome de l’enfermement local », remarque Michel Lepesant, dans un redoutable clin d’œil au SEL. Pour autant, pas question de lancer un nouveau moyen d’échange n’importe où, avec n’importe qui, pour n’importe quoi. » Bref, une monnaie locale oui, mais pas à n’importe quel prix !

A noter que, dans cet esprit de recherche d’éthique, les euros échangés sont placés sur un compte de la société coopérative de finances solidaires, la NEF. En parallèle, les cofondateurs de « la mesure » envisagent de créer un fonds d’épargne et d’investissement solidaire pour financer des projets locaux et éthiques. Enfin, par souci de solidarité, ils réfléchissent à un moyen de permettre à des personnes disposant de très peu d’euros d’intégrer le réseau, par exemple en fonction de critères sociaux économiques, ou en échange d’activités d’utilité sociale, solidaire et écologique.

Un outil d’éducation – Dernière ambition : faire de l’éducation populaire. Comme le raconte Michel Lepesant : « La mesure est un projet ascendant. Une initiative citoyenne. Un projet démocratique dans son objet comme dans sa méthode. Dès la première étape, celle des explorations (printemps-été 2010) nous avons ouvert au public notre première réunion afin de réfléchir ensemble : qu’est-ce que la monnaie ? A quoi pourrait servir une monnaie locale ? De même pour la deuxième étape, celle des fondations (septembre-décembre 2010) lorsque nous avons rédigé les textes qui organisent notre association et décrivent le fonctionnement de notre monnaie locale. Jusqu’à la troisième étape, celle des constructions (janvier-mai 2011), pendant laquelle nous avons, notamment, délimité le réseau des prestataires et imprimé les billets. »

A chaque étape, l’association Commune mesure, qui rassemble aujourd’hui une centaine d’adhérents répartis en trois collèges (utilisateurs, prestataires et fondateurs), tous situés sur un pied d’égalité, ont ainsi « mis les mains dans le cambouis et fait, ensemble, de la politique autrement pour une réappropriation de la monnaie. »

Yanouch Hennetin, présidente de la Maison de quartier Saint-Nicolas, et prestataire membre du réseau, est convaincue de cette dimension politique de « la mesure ». « Moi, ça m’a beaucoup appris. C’est une piste d’espoir pour tous les citoyens. En période de crise financière et sociale, il fallait un certain culot pour lancer cette initiative. Et puis, c’est créateur de lien social : quand je paye en « mesure », à chaque fois, je discute avec le commerçant. Sans « la mesure », je ne me serais pas permis de poser des questions. J’ai ainsi une connaissance du métier de l’autre. »

Un rôle pour les élus et les collectivités – A propos de politique, quel est le rôle des élus locaux face à un tel projet ascendant ? Jean-David Abel, adjoint à la mairie de Romans-sur-Isère, délégué notamment au développement durable, s’empare de la question en posant une autre interrogation : « maintenant que « la mesure » a pris son essor, comment peut-on l’accompagner au mieux et prendre notre part dans l’élargissement de son usage ? »

Pour Michel Lepesant, une mise au clair s’impose : « Dès que le projet est suffisamment lancé, et à partir du moment où les institutions accordent leur reconnaissance à une démarche dont elle n’ont eu, ni l’initiative, ni la maîtrise, alors il est possible de les intégrer au projet. »

  • Soit à travers un soutien technique, en autorisant l’usage de la monnaie locale pour payer des services territoriaux, tels que la médiathèque, la cantine ou la piscine ou bien en communiquant sur le projet.
  • Soit en apportant un soutien financier, par exemple en garantissant les prêts à 0% ou en versant une aide écologique en monnaie locale.

Et Michel Lepesant de déposer un petit caillou dans la chaussure de l’élu : « ce soutien est non seulement possible, mais il est en plus légitime : les financements que l’ont dit accordés proviennent quand même des citoyens eux-mêmes. » Dernière question : « Quelle sont les limites à « la mesure » ? » Réponse du philosophe : « Le monde autour ! ».

Témoignages

Ghislaine Jarque, utilisatrice de la mesure

Je fais partie du SEL de Romans-sur-Isère, c’est comme ça que j’ai entendu parler du projet de monnaie locale. Tout ce qui concerne l’économie alternative m’intéresse. J’ai assisté à la toute première réunion organisée par l’association Commune mesure. Depuis le mois de mai 2011, je convertis 30 euros tous les quinze jours. C’est peu, mais comme je suis à la retraite avec une petite pension, je suis obligée de me fixer cette limite. Je me suis arrêtée de travailler à 65 ans pourtant ! J’étais infirmière. Aujourd’hui, j’en ai 72. Je me suis acheté un portefeuille spécialement pour y glisser mes « mesures » afin de ne pas les mélanger avec les euros. La première fois qu’elle les a vus, ma petite fille, qui a 14 ans, a cru que c’était des faux billets !

Avec mes « mesures », j’ai changé quelques-unes de mes habitudes. Par exemple, j’achète mes livres dans une librairie membre du réseau parce que la mienne n’accepte pas les « mesures ». Mais c’est aussi parce que l’accueil est chaleureux et que les vendeurs sont de bon conseil. Sinon, je n’aurai peut-être pas changé d’adresse !
En revanche, je suis fidèle à ma coiffeuse, même si elle ne prend pas les « mesures » : comme elle me fait une jolie coupe pour 10 euros, je ne peux pas aller à celle du réseau, car c’est 20 euros de plus. Je vais aussi à la coopérative bio, mais uniquement pour prendre des produits qui durent, comme de l’huile d’olive bio, de la levure de bière et des germes de blé. Pour mes légumes, je continue de les ramasser chez les petits producteurs. Ah ! Je verse ma cotisation au SEL en « mesures » également.
Enfin, pour faire des cadeaux, par exemple de naissance, je me fais plaisir dans un magasin de vêtements éthiques et là, comme c’est pour offrir, je ne compte pas. J’espère que le réseau va encore se développer. Je consulte régulièrement la liste des prestataires sur Internet. Je les guette ! Mon seul frein, c’est les prix.

Symboliquement, cette initiative est très importante : j’ai l’impression d’être actrice d’un mouvement qui me tient à cœur et de faire quelque chose contre le système économique en place qui nous bouffe parce qu’il n’est dirigé que par l’argent, sans aucune dimension solidaire. Je suis plus qu’indignée : je suis écœurée. Mais je suis une femme qui prend la vie du bon côté, même si la vie n’a pas toujours été rose avec moi.
Ce projet de mesure m’a permis d’ouvrir les yeux sur plein de choses, moi qui étais pourtant nulle en économie et en finance, moi qui me contentais d’écouter bêtement la radio ! L’équipe de Commune mesure a ouvert ma conscience. Et puis, cela m’a amené à me recentrer sur ma commune d’adoption. J’aimerais pouvoir laisser une petite empreinte, qu’on se souvienne de moi comme un petit maillon d’une chaîne qui aura permis à Romans-sur-Isère de reprendre du poil de la bête !

Martin De Douhet, agriculteur, prestataire adhérent au réseau de Commune mesure

Je suis associé à la Ferme des routes, responsable de l’élevage, je fabrique des fromages et des yaourts. 98 % de notre chiffre d’affaires est en vente directe. Et toute notre production est bio. Avec mes trois autres associés, on a tout de suite décidé de rejoindre le réseau de « la mesure ». On est très militants. Pour nous, cette initiative va dans le bon sens. La symbolique politique est forte.
Quant à l’intérêt économique, il est réel : on s’adresse à une clientèle captive puisqu’une fois leurs euros convertis en « mesures », ils vont venir dans le réseau et – à condition, bien sûr, que nos produits leur plaisent – ils reviendront. Il y a aussi l’effet « label », en mieux, puisque l’éventail est plus large. Et c’est intéressant cette rencontre entre prestataire du réseau et utilisateurs de « mesures », ça donne du sens à son métier et j’aime bien me dire qu’on partage les mêmes valeurs.

J’apprécie aussi le fait que ce ne soit pas un réseau sectaire, sinon, de toute façon, on n’y serait pas entré. J’espère qu’il va s’étendre, même à des agriculteurs non bio, pour qu’on puisse dialoguer.

Les « mesures » que l’on gagne, je les utilise bien sûr, principalement pour acheter des livres. Pour moi, c’est une évidence. C’est comme si je ne mangeais pas mes légumes ou mon fromage et que j’allais me fournir dans un réseau de l’agriculture conventionnelle.

Olivier Badoy, libraire, prestataire membre du réseau de la monnaie locale

Aux Cordeliers, notre librairie indépendante, on salue toujours les initiatives alternatives qui incitent au mieux vivre ensemble, comme cette monnaie locale. Surtout si elles permettent un échange de proximité avec les clients. Et d’autant plus si elles nous amènent des clients sensibles à l’humain. Quand ils payent en « mesure », ils posent toujours la question de savoir si on accepte la monnaie locale, même si on a mis l’autocollant sur la porte. C’est marrant, jamais on ne demanderait : « Est-ce que je peux payer en euros ? » Du coup, on discute !
On a aussi été très sensible à cette approche complémentaire touchant à la fois à l’économie, au social, à l’environnement. Et puis, pour nous, c’est un autre moyen de lutter, toute proportion gardée, contre les gros sites totalement impersonnels de ventes en ligne tels Amazone.

A l’usage, nos besoins se définissent. On se pose par exemple la question de savoir avec quels fournisseurs locaux adhérents au réseau de la mesure nous allons travailler, plutôt que de faire appel à de lointaines papeteries ou sociétés d’emballage.
Et, en tant qu’utilisateur, avec mon collègue François Reynaud, nous dépensons nos mesures dans les restaurants membres du réseau. C’est ainsi que nous avons découvert un super café avec lequel nous allons nouer des partenariats pour organiser, par exemple, des rencontres entre des auteurs et le public.

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Commentaires

Romans-sur-Isère bat « La mesure »

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dromromans

08/12/2011 11h09

Personnellement je ne trouve aucun intéret a cette monaie virtuelle qui n apporte qu’une approche intellectuel et encore; et, non un interet collectif permetant de réduire les factures d’un monde devenu trop cher pour un plus grand nombres.
Par contre je verrais d’un bon oeil des regroupements pour négocier collectivement nos assurances …certains achats , échanger nos outils etc…etc

Vivet Zhou

22/11/2014 06h57

Merci pour ces infos qui font du bien au moral!
coquille présentation du site : »ce n’est pas parceque quelque chose n’a pas de prix Q’ELLE (au lieu de « qu’il ») n’a pas de valeur (pour le billet de zéro unité!
Et voilà la contibution de la vieille ex instit!!! (pour une orthographe OSAFC ( orthographe solidaire avec fautes corrigées)! Bien à vous, continuez…

Sabine Blanc

24/11/2014 09h39

merci de la contribution de « vieille ex instit » :) nous avons corrigé.

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