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CONDITIONS DE TRAVAIL

Horaires atypiques : une pénibilité méconnue

Publié le 15/11/2010 • Par Isabelle Verbaere • dans : Dossiers Emploi

De plus en plus d’agents travaillent la nuit, très tôt ou très tard, pour satisfaire les besoins des usagers. Ces emplois du temps exposent à de graves affections.

Les impératifs de planning pèsent très lourd sur la vie de Daniel. Cet agent administratif est opérateur de vidéosurveillance dans une police municipale. Sept heures durant, il est assis devant des écrans et visionne les images transmises par les caméras installées sur la voie publique. « Cette tâche, qui mobilise l’attention et requiert une grande vigilance est très fatigante intellectuellement », constate-t-il. Mais ce n’est pas tant sa mission qui use ce trentenaire, que ses horaires. Il occupe un travail posté, organisé en équipes qui se relaient presque en permanence. « La première commence à 8 heures et finit à 15 heures. Celle de l’après-midi travaille jusqu’à 22 heures. L’équipe de la nuit, jusqu’à 5 heures du matin, précise-t-il. Il arrive que, dans une même semaine, je sois du matin, puis de la nuit. »

Policiers municipaux, sapeurs-pompiers, personnels des maisons de retraites, etc., nombre d’agents territoriaux travaillent la nuit, entre 22 heures et 5 heures. D’autres connaissent des horaires décalés, comme le personnel chargé de l’entretien des bâtiments publics, de la voirie ou des réseaux d’assainissement…

Ils officient, le week-end et les jours fériés, avant 7 heures ou après 20 heures. Or ces emplois du temps atypiques ont de nombreux effets délétères sur la santé.

Le travail de nuit se généralise

« Cette nocivité risque d’être à nouveau évoquée lors des négociations qui vont s’engager sur la pénibilité, à la suite de l’adoption du texte sur les retraites, prévient Jack Bernon, responsable du département santé et travail de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact).
Ce sera le cas, notamment, dans les collectivités.
» La dernière réunion du comité scientifique et technique du Fonds national de prévention (1), le 22 octobre, a d’ailleurs porté sur cette thématique.

Certes, la demande sociale sur la question du temps de travail est retombée depuis le vote des lois « Aubry » sur les 35 heures, en 1998 et 2000.

« Très rares sont les fonctionnaires qui nous interpellent à propos de l’impact de leur emploi du temps sur leur qualité de vie et leur santé », constate Maurice Copin, secrétaire fédéral de la fédération interco-CFDT.
Mais un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CES), publié en juillet (2), tire la sonnette d’alarme. « Alors que le recours au travail de nuit baisse dans la plupart des pays européens, il est en augmentation en France, dénonce son auteur, François Edouard.

Les évolutions socio-économiques entraînent une transformation des modes de vie et de consommation, et un accroissement des rythmes de travail atypiques. Nous tendons de plus en plus vers une France au service des autres et le modèle d’un travail de sept ou huit heures par jour, cinq jours par semaine est peu à peu remplacé par un fonctionnement du type « round the clock », où le salarié est mobilisable à tout moment de la journée ou de la nuit. »

Tendance extrême

Les collectivités locales sont concernées au premier chef par cette évolution. Un tiers des travailleurs de nuit sont des fonctionnaires. L’usager est au centre des préoccupations. Pour satisfaire ses besoins, les heures d’accessibilité aux musées ou aux piscines s’étendent, ce qui implique une adaptation des plannings.

« Il y a de bonnes raisons pour travailler en horaires atypiques, poursuit Jack Bernon. Certaines missions de service public, le déneigement des routes en hiver ou le secours à personne, doivent être assurées 24 heures sur 24. Mais il y en a aussi de mauvaises, comme accueillir des usagers à 22 heures dans une bibliothèque. Il va falloir dire stop parce que la tendance est à l’œuvre : toute l’économie de service repousse les frontières de la nuit. »

Guy Labi, directeur des sports de la ville de Cassis (Bouches-du-Rhône) et responsable de la filière sportive au sein de la fédération des services publics et de santé FO, est témoin de cette dérive.
« Pour satisfaire le public, nous sommes obligés d’élargir les horaires d’accès aux équipements, et ce, à moyens humains constants, observe-t-il. La vocation d’un éducateur sportif n’est pas de travailler la nuit. Et pourtant… Les samedis soir, les compétitions se terminent à 23 heures. Le temps que les vestiaires soient désertés et nettoyés, il est minuit passé. Or il faut rouvrir le lendemain, à partir de 7 heures, pour accueillir les équipes à l’entraînement. »

Les policiers municipaux qui travaillent dans de petites équipes ont l’habitude d’attaquer le matin alors qu’ils ont quitté leur poste depuis quelques heures.

« Mon service fonctionne de 7 heures à 23 heures, 365 jours par an, témoigne Patrick Carballo, directeur de police municipale et numéro 2 du pôle police de la FA-FPT. Pour tenir ces objectifs, nous sommes contraints de demander une grande disponibilité aux agents. Comme nous manquons de personnel, nous sommes sans cesse en train de jongler. Il m’arrive fréquemment de changer leurs plannings dans la même semaine, de leur demander au pied levé de faire une nuit. Ces horaires décalés et décousus ont forcément un impact négatif sur leur vie personnelle et leur santé. »

Mise en danger

L’adaptation aux horaires de travail atypiques dépend d’une interaction complexe entre plusieurs facteurs individuels : l’âge – il est plus difficile de s’y plier après 50 ans -, le fait d’être « du matin » ou « du soir », d’être un petit ou un grand dormeur, etc. Le facteur planning compte aussi. Les changements fréquents de rythme (les « trois huit ») en fonction des différents postes et entre les périodes de repos et de travail sont plus durs à tolérer. Les personnes qui cumulent une deuxième journée (tâches ménagères, soins aux enfants, autre emploi…) sont aussi très fragilisées. 

Lorsqu’une collectivité estime qu’une installation doit rester ouverte jusqu’à 23 heures pour satisfaire telle ou telle association, estime Jack Bernon,  elle met l’équilibre physiologique de ses salariés en danger. Jack Bernon (Anact)

Troubles du sommeil

« Le syndrome de mal-adaptation ou d’intolérance au travail en horaires décalés se traduit par une altération de l’humeur, – irritabilité, dépression -, des brûlures d’estomac, une prise de poids, énumère le docteur Eric Mullens (3), du laboratoire du sommeil d’Albi (Tarn). Mais aussi et surtout par des troubles du sommeil. »

Frans Vanderbecq est sapeur-pompier professionnel depuis vingt-deux ans et membre du syndicat autonome des sapeurs-pompiers des Alpes-Maritimes : « Au fil des années, je suis devenu insomniaque, confie-t-il. Même lorsque je suis de repos chez moi, j’éprouve des difficultés à m’endormir et je me réveille au milieu de la nuit sans retrouver le sommeil. Je vois arriver la journée qui s’annonce avec appréhension. Je suis à cran. Ma tension est déjà montée à 18. »

Plusieurs études ont montré que le travail posté augmente le risque d’infarctus, de diabète, d’hypertension, mais aussi de cancer, notamment chez les femmes en poste la nuit. « Ces répercussions sont méconnues », s’inquiète François Edouard.

Les huit fédérations de fonctionnaires ont signé, en novembre 2009, avec le gouvernement et les associations de collectivités locales, un accord-cadre sur la santé et la sécurité au travail. Toutefois, la pénibilité imputable aux horaires atypiques n’a pas été évoquée. Il existe encore une méconnaissance profonde de cette question, à la fois chez les employeurs, les organisations syndicales, mais aussi chez les agents. Maurice Chopin (interco-CFDT)

D’autant que ceux qui travaillent en horaires décalés en tirent aussi des avantages : présence de la hiérarchie allégée, meilleure rémunération, temps libéré la journée…

« Les diverses primes ou majorations de salaire ne compenseront jamais les conséquences néfastes, estimait le groupe CFDT, lors de la présentation du rapport de François Edouard devant le CES. Il est donc logique et pertinent de compenser, en prévention, la pénibilité par du temps de repos compensateur au cours du parcours professionnel, dans des mesures de fin de carrière, ou lors du droit à la retraite. » Cette dernière option n’a pas été retenue par le gouvernement.

avis d’expert

Thierry Rousseau, chargé de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact)

« Prendre son poste le matin très tôt est presque aussi pénible que de travailler la nuit. Une étude que nous avons réalisée auprès du service de la propreté d’une grande ville le montre clairement. Cette collectivité nous a sollicités, car le taux d’absentéisme montait en flèche parmi le personnel chargé du ramassage des ordures ménagères. Il est passé de 7,8 % à 8,9 % en un an ! La majorité des agents vivaient en dehors de la ville, pour certains à plus d’une centaine de kilomètres, ce qui les obligeait à se lever au milieu de la nuit. Mais cette pénibilité qui était jusqu’alors prise en compte par la hiérarchie ne l’a plus été. La gestion des retards s’est raidie. Certains préféraient donc se faire porter pâles plutôt que se voir retirer une heure de travail sur leur fiche de paie. »

témoignage

Laure Sousseing, sapeur-pompier professionnel au service d’incendie et de secours du Morbihan

«Je ne tiendrai pas jusqu’à la retraite… à 57 ans ! Pour deux raisons : le travail est physique et les horaires sont usants. J’ai 37 ans. Je suis professionnelle depuis 15 ans. Je suis chef d’agrès, c’est-à-dire responsable, dans un véhicule de secours ou un fourgon d’incendie, d’une équipe de trois à six personnes. Je travaille 24 heures d’affilée et je suis de repos 48 heures. La nuit, quand je suis affectée à une ambulance, je me réveille pour partir en intervention deux à trois fois.
Avec le temps, mon adaptation à ces horaires de sommeil hachés s’est dégradée. De retour à la caserne, il me faut au minimum une heure pour retrouver le sommeil, qui est peu profond car je suis sur le qui-vive. Lorsque je suis de repos, je dors très mal aussi. Cela a tendance à me couper des autres car je recherche le calme. J’ai souvent des migraines. Et en service, comme je n’ai pas le temps de manger, je grignote. J’ai donc pris du poids. »

Grand Lyon – Une enquête pour éclairer le travail de nuit

«La nuit est une contrainte avec laquelle on compose, mais que l’on aime. » Henri est policier municipal à Lyon. Il a participé à une étude inédite sur le travail de nuit, publiée en janvier 2010 par l’Agence d’urbanisme et la mission « temps et services innovants » de la communauté urbaine (4). Lucie Verchère en est la responsable.

« La collectivité souhaite aider les usagers de son territoire à mieux articuler leurs temps professionnels et privés, expose-t-elle. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés aux contraintes inhérentes aux horaires décalés. Les données quantitatives manquant, nous avons organisé deux tables rondes réunissant des professionnels, travailleurs de nuit et encadrants, qui nous ont fait part de leur expérience et de leurs ressentis. »
Plusieurs constats surprenants émergent de cette enquête qualitative. « Le travailleur de nuit est un passager clandestin, il est peu vu et mal reconnu, poursuit Lucie Verchère. Les réunions ou les formations, par exemple, ont lieu la journée. Il en résulte une évolution professionnelle plus difficile. Et pour monter dans la hiérarchie et décrocher un poste de cadre, il faut souvent quitter la nuit. » Les personnes sondées par le Grand Lyon évoquent aussi des difficultés pour se déplacer, pour faire garder les enfants ou pour se nourrir. « Les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle pour améliorer leur quotidien, conclut Lucie Verchère. Les collectivités peuvent ainsi agir en faveur du développement des crèches de nuit. »

Cet article fait partie du Dossier

L'absentéisme des agents publics : un symptôme, des remèdes

Sommaire du dossier

  1. Idées vraies, idées fausses sur l’absentéisme dans les collectivités locales
  2. Absentéisme pour raisons médicales : quelles idées évacuer, quelles solutions mettre en place ?
  3. Absentéisme : les fonctionnaires territoriaux ne sont pas des fainéants
  4. L’absentéisme dans la fonction publique territoriale progresse de 26% en 8 ans
  5. Lutte contre l’absentéisme : miser d’abord sur la prévention
  6. Absentéisme dans la fonction publique : des chiffres et des êtres
  7. « L’absence est presque toujours une coproduction »
  8. Rogner les primes, la méthode choisie pour réduire l’absentéisme
  9. Absentéisme : 3 fois plus d’arrêts dans les grandes collectivités que dans les petites
  10. Hausse de l’absentéisme: un symptôme, pas une fatalité
  11. Le coût élastique de l’absentéisme dans la fonction publique territoriale
  12. Fonction publique territoriale : le jour de carence a réduit l’absentéisme de courte durée
  13. Le lien entre absentéisme et jour de carence est-il établi ?
  14. Combattre l’absentéisme et ses conséquences
  15. Des leviers pour prévenir l’absentéisme
  16. Horaires atypiques : une pénibilité méconnue
  17. Vers une généralisation du contrôle par l’assurance maladie des arrêts de travail en 2016
  18. Prévenir le mal-être au travail : le rôle central des DRH
  19. Psychologues du travail : une présence à asseoir
  20. Roussillon : des agents d’entretien plus professionnels et moins souvent absents
  21. Clermond-Ferrand : un groupe de travail pluridisciplinaire sur les risques psychosociaux
  22. Identifier le stress de ses collaborateurs
  23. « La proximité donne du sens et de la reconnaissance » – Entretien avec Michèle Cros, médecin de prévention

Notes

Note 01 De la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales. Retour au texte

Note 02 Le travail de nuit : impact sur les conditions de travail et de vie des salariés, présenté par François Edouard, avis adopté par le CES le 8 juillet 2010. Retour au texte

Note 03 A l’occasion d’un colloque sur le thème « Sommeil et rythmes de travail, connaître pour prévenir », organisé par l’Institut national de médecine agricole le 29 janvier. Retour au texte

Note 04 Plus d'infos auprès de Lucie Verchere-Tortel : lverchere-tortel@grandlyon.org - 04 26 99 39 91 Retour au texte

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  • Point juridique :

    Sauf exceptions,

    La durée quotidienne du travail ne peut excéder dix heures.

    • Les agents bénéficient au minimum de onze heures de repos quotidien, entre deux prises de poste.
    • L’amplitude maximale de la journée de travail est fixée à douze heures.
    • Le travail de nuit comprend au moins la période comprise entre 22 heures et 5 heures ou une autre période de sept heures consécutives comprise entre 22 heures et 7 heures.

     

    Source : Décret n° 2000-815 du 25 août 2000.

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