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Cet article fait partie du dossier Faut-il développer la vidéosurveillance ? |
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Si son coût reste difficile à évaluer, la vidéosurveillance représente un investissement considérable. Spécificité française, le plan national d’équipement, impulsé par l’Etat, repose essentiellement sur le financement des collectivités.
Parmi les nombreux équipements de sécurité, la vidéosurveillance constitue sans aucun doute le plus coûteux. Pour autant, les élus locaux, convaincus à tort ou à raison des vertus de la caméra, semblent ne pas rechigner à mettre la main au portefeuille.
A Lyon, le coût d’investissement du système mis en place – l’un des plus vastes du pays – s’est élevé à 6 millions d’euros (voir notre infographie). A titre de comparaison, l’insolite installation de 12 caméras dans le village de Baudinard-sur-Verdon (Var) a coûté 60 000 euros, une somme non négligeable pour une commune de 156 habitants ! Toutefois, remarque François Freynet, coauteur d’un récent « Que sais-je ? » (*), le coût de la vidéosurveillance reste difficile à établir car il va du simple au décuple en fonction des technologies utilisées et, surtout, des infrastructures à construire.
Sur le premier point, il suffit d’ouvrir un catalogue de fournisseurs pour mesurer les récentes avancées technologiques liées au développement des systèmes numériques, des réseaux IP, du wifi,
de la fibre optique, etc. De même, les gammes de caméras s’avèrent très larges. Néanmoins, souligne Eric Mougeot, directeur commercial chez Pelco, l’un des fabricants leaders du marché, le choix du matériel dépend essentiellement du besoin qu’une ville aura défini préalablement. C’est du cas par cas. En clair, si l’on fait le choix de contrôler les entrées et venues dans un bâtiment, on optera pour une caméra fixe, tandis que la surveillance d’un espace étendu supposera une caméra mobile.
En réalité, le poids financier de la vidéosurveillance repose moins sur la technologie choisie que sur les travaux publics nécessaires à la mise sur pied d’un système. Un passage obligé qui amène parfois les opérateurs publics à effectuer un calcul stratégique, comme à la communauté d’agglomération Val-et-Forêt, où un dispositif ambitieux est en cours d’installation. Nous avons décidé de construire notre propre réseau de fibre optique, explique le directeur général des services, Christian Proust. Cela s’est traduit par un coût d’investissement élevé que l’on amortira sur dix ans. En revanche, les coûts de fonctionnement annuels seront dix fois moins importants que si nous louions les tuyaux à France Télécom. En outre, nous pensons que le réseau nous servira, dans le futur, à d’autres applications.
Dans ce contexte, le coût moyen d’un système de vidéosurveillance standard s’avère difficile à estimer, même si les bureaux d’études évaluent le prix d’une caméra entièrement installée entre 15 000 et 20 000 euros. Sans compter la création d’un centre de supervision urbaine, qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros.
On comprend, dès lors, la forte inquiétude des élus locaux lorsque la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a annoncé à l’été 2007 le lancement d’un plan national d’équipement. Qui va payer ? s’était alors interrogé avec virulence Michel Destot, président (PS) de l’Association des maires des grandes villes de France (AMGVF).
Dix-huit mois plus tard, la question n’est toujours pas réglée.
Dans un rapport de mai 2008, l’Institut national des hautes études de sécurité entérinait l’« externalisation des coûts d’équipement et de fonctionnement » comme une caractéristique de la « vidéosurveillance à la française ». Autrement dit, un financement sans l’Etat, qui « exclut de devenir lui-même un opérateur mais demande aux investisseurs de tenir à sa disposition les images qu’ils recueillent ».
Cette situation fait réagir le sénateur (PS) Charles Gautier : « Si la finalité d’un système est l’élucidation des faits de délinquance, compétence exclusivement régalienne, pourquoi serait-ce aux collectivités de régler la facture ? »
(*) « Vidéosurveillance et vidéoprotection », François Freynet et Alain Bauer, PUF, novembre 2008.
Source : « Vidéosurveillance et espaces publics », Tanguy Le Goff, Iaurif, 2008.