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Cet article fait partie du dossier Le nucléaire français en questions |
L’accident de Fukushima (Japon) constitue un tournant pour la filière nucléaire française et le regard que la société porte sur ce secteur. Les collectivités locales sur le territoire desquelles les centrales sont installées en tirent de confortables ressources. Mais certaines se réinterrogent aujourd’hui sur ce « pacte », et sur la place qu’elles y tiennent. La Gazette ouvre le dossier. Il sera régulièrement enrichi de nouveaux articles de fond. Il permettra également de retrouver tous les articles d'actualité au fur et à mesure de l'évolution du dossier, au plan international et national.
Deuxième mondial en nombre de réacteurs, après les Etats-Unis, mais premier par habitant, le parc électronucléaire français se compose de dix-neuf centrales réparties dans 18 départements – la Seine-Maritime en comptant deux, Paluel et Penly. Ses 58 réacteurs réalisent 78 à 80% de la production d’électricité nationale.
Tous construits sur le même modèle, à eau pressurisée, ils ont une puissance de 900 MW (34 réacteurs), 1 300 MW (20 réacteurs) ou 1 450 MW (4 réacteurs).
Le plus ancien – Fessenheim (Haut-Rhin) – a sorti ses premiers kWh en 1977 ; le plus récent – Civaux (Vienne) -, en 1999. L’ensemble doit être complété par plusieurs réacteurs EPR, dits de troisième génération. L’un est déjà en construction à Flamanville (Manche) ; un autre est en projet à Penly – EDF espère en boucler d’ici l’an prochain la procédure administrative… ou tout au moins, l’entreprise l’espérait.
L’électrochoc Fukushima – Car, dans un pays imprégné de culture nucléaire comme l’est la France, la catastrophe de Fukushima (Japon) représente un tournant. La mise en cause de la filière, jusqu’à tout récemment encore l’apanage des « anti », atteint désormais un public bien plus large. Les prises de position individuelle et collective se multiplient de la part de parlementaires, de maires, de conseillers généraux et régionaux, etc., et transcendent les clivages politiques traditionnels.
Réunissant une trentaine de commissions locales d’information (CLI), l’association nationale des CLI des activités nucléaires (ANCLI), tout en saluant la transparence actuelle sur l’accident au Japon, se demande « s’il en serait de même si c’était la France qui était en situation de crise »…
Et, en clamant haut et fort que « Personne ne peut garantir qu’il n’y aura jamais un accident grave en France », le président de l’Autorité de l’autorité nucléaire (ASN) André-Claude Lacoste a brisé un tabou. Car même s’il tient à préciser « l’avoir toujours dit », une telle appréciation n’avait jamais eu autant d’écho.
Entre exigence de sûreté et contrainte économique – Voilà ainsi Henri Proglio, patron du premier producteur mondial d’électricité d’origine nucléaire, aux ambitions internationales, contraint de rappeler le souci permanent de son groupe pour la sûreté, « une préoccupation de tous les instants. L’amélioration en continu est dans les gènes de notre entreprise » (1).
Dans un rapport de juin 2010 sur « l’avenir de la filière française du nucléaire civil », un ancien président d’EDF, François Roussely, considérait que « la seule logique raisonnable ne (pouvait) pas être une croissance continue des exigences de sûreté » et proposait « d’associer au mieux exigences de sûreté et contraintes économiques ». Il souhaitait aussi « que l’Etat définisse un modus vivendi équilibré avec l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), c’est-à-dire réaffirme le rôle régalien qu’il ne devrait pas abandonner à une autorité indépendante ». Le climat a depuis changé.
Et, par sa présence sur le devant de la scène publique depuis l’accident de Fukushima, l’ASN semble dire qu’elle n’entend pas voir ses prérogatives empiétées.
Le 18 avril 2011 dans Le Figaro - Retourner au texte
Références
Synthèse du rapport "Avenir de la filière française du nucléaire civil", François Roussely, président d'honneur du Groupe EDF, 16 juin 2010