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Infrastructures

Alerte sur l’état des ponts des collectivités

Publié le 07/09/2018 • Par Isabelle Verbaere • dans : A la une, actus experts technique, France

Pont Gard
Adobestock
La santé des ponts gérés par les collectivités préoccupe. Beaucoup d’entre eux, qui ont été construits après-guerre, sont mal entretenus et arriveront en fin de vie dans quelques années. Et le changement climatique risque d’être un autre facteur aggravant.

C’est un joli pont de pierre qui enjambe la Bieugne, un torrent qui coule dans la vallée de la Roya, dans l’arrière-pays niçois. Peut-il encore supporter le passage de poids lourds et de bus ? Des ingénieurs d’un bureau d’études toulousain, missionnés par le département des Alpes-Maritimes, étaient au chevet de cet ouvrage d’une quarantaine de mètres, le 28 août 2018, pour répondre à cette question. Et depuis un mois, la circulation des véhicules de plus de 7,5 tonnes y est interdite, en raison de fissures préoccupantes…

Depuis l’effondrement du viaduc de Gênes en Italie, le 14 août 2018, qui a fait 43 victimes, l’état des ponts gérés par les collectivités locales interroge. D’autant que la situation des ouvrages du réseau national non concédé – qui est géré par l’Etat – n’est pas rassurante, comme l’a révélé un rapport d’audit commandé par le ministère des Transports et publié en juillet 2018. Sur les 12 000 ponts que compte ce réseau national, un tiers nécessite des réparations. « Dans 7 % des cas, les dommages présentent à terme un risque d’effondrement et donc la forte probabilité de fermer préventivement ces ponts à la circulation des poids lourds ou de tous les véhicules », révèlent ses auteurs.

Ponts en béton précontraint

Les connaissances disponibles sur les infrastructures gérées par les collectivités sont plus lacunaires. D’abord, on ne sait pas exactement combien il en existe. « Les collectivités ont une connaissance du décompte de leurs ouvrages d’art plus ou moins complète, observe Georges Tempez, directeur de la direction technique infrastructures de transport et matériaux au Cerema. Et il n’y a pas de synthèse nationale de ces données. Les chiffres cités sont des extrapolations réalisées à partir de décomptes plus précis réalisés à certains endroits. » Ensuite, on ne sait pas dans quel état ils sont globalement.

La mission interministérielle sur les dépenses de voirie des collectivités s’est déplacée dans dix départements représentatifs de la pluralité du territoire. « L’état d’un grand nombre d’ouvrages d’art est préoccupant, au moins à moyen terme, notamment pour ceux qui sont construits dans le troisième quart du XXsiècle », soulignent ces experts dans leur rapport publié fin 2017. Ils pointent, en particulier, les ponts en béton précontraint. Il s’agit d’un béton armé de barres d’acier qui sont mises en tension avant son séchage. Cette précontrainte augmente sa résistance. « Les premiers ponts édifiés avec cette technique entre les années 50 à 70 présentaient déjà des anomalies vingt-cinq ans après leur construction, observe Frank Desroches, directeur adjoint des routes du Var. L’un d’entre eux a dû faire l’objet de réparations importantes dans les années 90. Il fait plus de 100 mètres. »

Cette technologie a été utilisée pour des ouvrages de longue portée. « Les exemples les plus connus, ce sont les viaducs à travées indépendantes à poutres précontraintes [VIPP] de cette génération de l’après-guerre, dont on connaît la fragilité. Il en existe quelques dizaines, poursuit Georges Tempez. Ils ont tous été répertoriés et bénéficient d’une surveillance étroite. Plusieurs ont été remplacés. » Le département de l’Hérault compte 22 viaducs de ce type. « Nous les avons tous gammagraphiés afin de contrôler l’état de corrosion de l’acier, détaille Karine Bussone directrice du pôle routes et mobilités. Ils sont tous dans un état satisfaisant. » Coût de ces diagnostics : 800 000 euros.

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