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Politiques culturelles

[Avignon 2018] Qu’est-ce qui fait courir les maires pour la culture ?

Publié le 09/07/2018 • Par Hélène Girard • dans : Actualité Culture, France

380 X 253 EMMANUEL NEGRIER-UNE
Salah Mansouri
Avec la culture, compétence facultative et partagée, les maires entretiennent une relation complexe. Pour la Gazette, le politologue Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS (Université de Montpellier), analyse ce lien pour lequel, sur fond de politique publique, le facteur humain n’est jamais loin.

Le coup d’envoi du Festival d’Avignon 2018 a été donné le 6 juillet. Ce rendez-vous emblématique de la saison festivalière est aussi un temps fort des politiques culturelles, qui voit professionnels et élus participer à de nombreux débats organisés en marge des spectacles. L’occasion pour la Gazette de faire un point sur la relation que les maires entretiennent avec la culture, avec l’éclairage du politologue Emmanuel Négrier (chercheur au CNRS – CEPEL, Université de Montpellier).

Le rapport que les maires entretiennent avec la culture est-il une spécificité française ?

Même si nous manquons d’étude d’ensemble, notre cumul d’observations nous incite à répondre « oui ». Il existe une singularité française dans le rapport entre maire et culture, parce qu’il existe une singularité des maires, tout simplement.

L’absence de fusion municipale a laissé en place un réseau communal unique au monde, en charge de représenter cette fiction d’un « monde à part », même dans des communes de moins de 100 habitants. Or comme dans la plupart des pays, ce sont les communes qui, en France, assurent la gestion des équipements culturels de base. Les départements comptent encore, mais de plus en plus sous la forme de subventions, ainsi que les régions et l’État.

Le maintien d’une compétence générale à l’échelle municipale (et donc la nécessité pour les maires d’articuler un discours généraliste), conduit logiquement un plus grand nombre d’acteurs publics locaux que dans d’autres pays à être concernés par la politique culturelle.

Évidemment, il faut tenir compte de l’extrême hétérogénéité de ce groupe social des maires de France. Entre les métropolitains, qui se projettent dans leurs inaugurations d’Arena en partenariat public-privé et s’identifient aux artistes à la tête de leurs centres dramatiques, et les petits maires, qui font des pieds et des mains pour que leur commune fasse partie de la programmation théâtrale itinérante de la communauté de communes de moins de 10 000 habitants, il y a un immense écart, même s’il existe une comparable sensibilité à la culture comme objet légitime d’intervention publique.

Enfin, une dernière singularité se situe dans le regard que porte l’État sur la question. Longtemps, il a privilégié les villes et leurs maires dans la construction de sa légitimité territoriale. Les communes étaient ses bonnes élèves, même si de plus en plus récalcitrantes à se plier à ses préférences esthétiques et procédurales. Cette bienveillance de « patron », recyclée en « partenariat », s’est étendue aux intercommunalités. Et là se situe la nouvelle problématique des maires face à la culture : ils sont parties prenantes d’un destin qui les dépasse.

Certains regrettent le temps du plénipotentiaire démuni d’hier ; d’autres voient dans l’intercommunalité leur nouvel horizon de puissance. Entre les deux, et à l’appui de coopérations multi-niveaux, se trouvent les leviers d’une nouvelle politique culturelle démocratique. Nous pensons donc que si spécificité il y a, elle se trouve dans ces contraintes et ces opportunités « systémiques », et non dans une quelconque essence culturelle française des maires.

Le temps où l’on comparait la culture à la « danseuse du maire » semble bel et bien révolu. Qu’en pensez-vous ?

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