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Décentralisation

Métropoles et « France périphérique », un couple qui ne parvient pas à s’aimer

Publié le 05/06/2018 • Par Marie-Pierre Bourgeois • dans : France

metropole-campagne2
AdobeStock
Les métropoles, grandes gagnantes de la loi Notre ? Si elles sont su gagner en influence ces dernières années, leur montée en puissance fait également craindre le développement d’une France périphérique qui ne parvient pas à trouver sa place dans le fait métropolitain. Un colloque à Sciences-Po a tenté de mettre en lumière ce dissensus.

La messe semble dite depuis la loi Notre : le gouvernement a souhaité passer le relais d’une grande partie de l’action publique locale aux métropoles. Le fait métropolitain a beau satisfaire les élus des grandes villes, certains, à l’instar des acteurs de la ruralité, dénoncent régulièrement leur développement qu’ils jugent auto-centré.

La chaire Mutations de l’action publique et droit public de Sciences-Po, à Paris, a fait le point sur le sujet le 5 juin dernier et en a profité pour briser quelques idées reçues. « Cela n’a aucun sens de parler d’Acte 1, 2 ou 3 de la décentralisation pour tenter d’éclairer les relations entre métropoles et territoires environnants », dénonce ainsi Mathieu Doat, professeur à l’université de Perpignan. Ce spécialiste du droit des collectivités territoriales juge en effet totalement inutile de « développer un récit qui raconterait une histoire mythifiée des villes ».

Des métropoles omniprésentes dans la vie des citoyens

Il conçoit plutôt la montée en puissance des métropoles comme « le révélateur d’un changement de monde ». Comprendre : avant la loi Notre, il existait certes des regroupements de compétences via les intercommunalités. Mais en utilisant la notion de métropole, le gouvernement a fait un « choix étymologique » très fort, souligne le chercheur. Le terme signifie en effet « la mère de toutes les villes » en grec ancien.

« Le fait métropolitain, c’est aussi la mise en place d’une institution qui s’occupe des citoyens presque de la naissance jusqu’à la mort », souligne pour sa part David Kimelfeld (PS), le président de la Métropole de Lyon. Cette dernière, qui a absorbé le conseil départemental du Rhône, a un éventail de compétences très larges qui va de la petite enfance à la gestion des crématoriums. « La métropole nous a placés de fait devant de très grandes responsabilités », juge ainsi le successeur de Gérard Collomb.

Le constat n’est pas partagé par Olivier Landel, délégué général de France urbaine. « Ce qu’on appelle métropole, c’est tout simplement le nouveau mot pour parler des communautés urbaines », juge celui qui est également directeur général de l’agence France locale. « Là où cela a vraiment changé la donne, juge-t-il, c’est plutôt parce que ce terme porte en lui les germes de la stigmatisation. Le phénomène métropolitain est souvent vécu comme une volonté d’abaisser le rural. Mais je dis aux élus des campagnes : si on supprime la métropole, vous êtes vraiment sûrs que vous allez vivre mieux ? », interroge-t-il à haute voix.

Non, toutes les métropoles ne s’en sortent pas

Une note remarquée de France stratégie publiée à l’automne dernier semble bien lui donner raison. L’organe gouvernemental de réflexion montre ainsi que toutes les métropoles ne se portent pas bien, à l’instar de Brest et Rouen. Elle met également en lumière le fait que le dynamisme des territoires environnants n’est pas forcément lié à la situation économique métropolitaine, comme à Toulouse. Les territoires relativement éloignés sont ainsi beaucoup plus dynamiques que l’aire métropolitaine de la ville rose.

« Ce discours de rejet des métropoles marche parce qu’on ne communique pas assez sur ce qu’on y fait. Il est temps de parler des alliances de territoires. Evidemment que l’action métropolitaine ne s’arrête pas à ses contours administratifs. Pour une ligne de transport qui va en périphérie mais qui passe par la ville-centre, on va forcément travailler main dans la main », continue Olivier Landel.

David Kimelfeld enfonce le clou. « Nous avons bien conscience qu’il faut mailler le territoire, parce que les problématiques rebondissent entre acteurs. C’est par exemple la métropole qui va régler le RSA aux allocataires, mais ce sont les communes qui vont s’occuper de ces demandeurs d’emplois dans les centres communaux d’action sociale (CCAS) ». C’est donc une bonne chose d’avoir « lancé un pacte métropolitain », souligne l’élu lyonnais.

Entre guerre des territoires et bienveillance

Et si plus largement, le sentiment de relégation des communes péri-urbaines et rurales reposait aussi sur « une remise en cause du dogme de l’égalité », décrite par Mathieu Doat ? Plus question désormais de proposer les mêmes outils de gouvernance à une métropole et à une commune de 50 000 habitants. Il se nourrirait aussi du sentiment du « moi d’abord » que dénoncent régulièrement les élus ruraux.

Pourtant, le professeur de droit public réfute l’idée des métropoles égoïstes, peu soucieuses des difficultés des territoires qui dépassent leurs frontières. « Nous n’avons aucune idée de la zone d’influence réelle des villes. Elles ne se limitent évidemment pas à leur territoire (…) et sont donc dans la bienveillance. »

L’assertion laisse dubitatif le sénateur des Landes, Eric Kerrouche (PS). Cet ancien président de communauté de communes explique y avoir vu « plus la guerre de tous contre tous que de l’esprit de partage ». « Même quand on parle d’inter-territorialité, c’est parce qu’on en a besoin, pas du tout pour faire de la solidarité entre collectivités », continue celui qui est aussi politologue.

Certes, « les métropoles se conçoivent souvent comme des pasteurs » reconnaît d’ailleurs Mathieu Doat mais « le pouvoir des métropoles est absolu. Elles veillent à l’obéissance implacable des forces en présence. ». Peut-être une explication de l’incompréhension qui persiste toujours entre ruralité et grandes villes ?

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