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Prévention de la radicalisation

« Maintenant que Daesh a perdu la guerre, le modèle s’écroule »

Publié le 22/01/2018 • Par Hervé Jouanneau • dans : A la Une prévention-sécurité, Actu prévention sécurité, France

Xavier Crettiez
Fondation Jean-Jaurès
Alors qu'un nouveau plan national de prévention de la radicalisation est attendu en février, le chercheur Xavier Crettiez, spécialiste des violences extrêmes et co-auteur de l'ouvrage "Soldats de Dieu" paru en 2017, analyse l'état d'esprit des djihadistes, qu'il juge "ni fous ni ignares", et souligne l'importance du contre-discours, déplorant au passage la mise à l'écart des imams y compris radicaux.

A quoi pensent les djihadistes ? Quelle est leur vision du monde ? Quelles sont leurs opinions sur la France, la démocratie, la violence, la religion, le monde qui les entoure ?

Dans un ouvrage paru en 2017, Xavier Crettiez, professeur de science politique et directeur adjoint de Sciences Po Saint-Germain-en-Laye, et Bilel Ainine, chercheur au Cesdip et chargé de mission à la Miviludes, donnent la parole à une douzaine de djihadistes rencontrés en prison. Des hommes plutôt jeunes condamnés pour infraction terroriste et majoritairement issus des rangs d’Al Qaida. Ces rencontres, disent les auteurs, ont permis d’exposer les « schémas de pensées » de ceux qui incarnent aujourd’hui le mal absolu avec l’ambition scientifique de « tenter de comprendre et d’expliquer ».

Dans un entretien à la Gazette, Xavier Crettiez, qui a consacré une grande partie de sa carrière universitaire aux violences extrêmes, montre que ces djihadistes ne sont « ni fous ni ignares », évoque les conséquences possibles de l’effondrement de Daesh et s’interroge sur la politique de prévention de la radicalisation mise en oeuvre en France.

En tant que spécialiste des violences extrêmes, quelle comparaison faites-vous entre les violences nationalistes corses ou basques et celles commises par les djihadistes ?

L’ambition initiale de cette recherche sur le discours djihadiste était de ne pas essentialiser le fait djihadiste et de sortir d’une vision très répandue selon laquelle le djihadisme ne pourrait être compris qu’à travers le prisme de l’Islam.

La comparaison avec les violences nationalistes présente en effet des similitudes. Chez les uns comme chez les autres, l’engagement dans l’ultra-violence répond tout d’abord à un besoin de reconnaissance, une aspiration profonde à sortir de sa condition. Les témoignages de nationalistes corses, comme ceux des djihadistes, font état d’une vie routinière, peu valorisante et mal vécue, et de l’envie d’avoir une vie plus exaltante.

Une autre similitude réside dans la radicalité idéologique. Les militants basques sont extrêmement radicaux, très convaincus par leur cause, avec un niveau de conviction sans doute plus fort que les islamistes. Ils ont la certitude que la lutte armée est une nécessité et que leur vie ne s’accomplira que lorsque le Pays-Basque obtiendra sa souveraineté. Bon nombre d’islamistes sont également convaincus par la nécessité de faire le djihad et d’asseoir la parole de Dieu par l’épée. Il y a là un registre de conviction, de radicalisation cognitive qui est similaire.

Quelles différences observez-vous ?

La première est le rôle joué par Internet,  très puissant dans le djihadisme contemporain, beaucoup moins chez les nationalistes. Le web permet d’offrir des schémas de lutte, de diffuser une idéologie, de proposer une sorte de représentation victimaire de soi et de la communauté musulmane qui serait souffrante et auprès de laquelle il faut s’engager… Il faut se rappeler le rôle joué par les images de massacres de familles sunnites par l’armée chiite de Bachar El Assad. Ces images terrifiantes ont provoqué une onde de choc chez bon nombre d’islamistes qui ont ressenti le besoin de s’engager.

Deuxième point, le djihadisme a une dimension transnationale. La plupart des djihadistes que nous avons rencontrés ont expérimenté le djihad à l’étranger, où ils ont été formés aux techniques de combat, où ils ont côtoyés d’autres djihadistes, caucasiens, tchétchènes… Les nationalistes n’ont en général pas cette expérience car leur mouvement est très ethnocentré.

Enfin, il faut souligner la spécificité religieuse, transcendantale, de la radicalité djihadiste. Il y a chez eux une puissance de conviction plus forte que le discours nationaliste, qui demeure politique.

Certains djihadistes disent aimer au plus haut point la France et ses habitants mais ils disent aussi qu’ils n’hésiteraient pas à prendre les armes contre eux si Dieu leur demande.

En affirmant que les djihadistes sont « ni fous ni ignares », votre ouvrage bat en brèche les idées reçues. Pouvez-vous préciser ?

C’est l’une des surprises de cette recherche. J’ai rencontré à plusieurs reprises une dizaine de djihadistes, majoritairement issus de la génération Al Qaida et Front El Nosra. J’ai, à chaque fois, perçu chez eux une volonté de discuter et de convaincre. Le propos tenu est toujours rationnel mais, attention, les « preuves scientifiques » apportées sont bien souvent fondées sur la religion.

Donc, oui, ce ne sont ni des ignares ni des fous. Au demeurant, ce serait exagéré de les considérer comme des intellectuels même si plusieurs d’entre eux ont lu Hannah Arendt, Hobbes, Rousseau ou encore Voltaire. Mais il s’agit de la génération Front al Nosra, peut-être un peu décalée par rapport aux djihadistes actuels dont les services de renseignement  nous disent qu’ils sont nettement moins formés intellectuellement.  Ce sont en fait de vrais guerriers engagés dans un conflit avec une sincère conviction politique

Pour les professionnels qui peuvent participer à leur prise en charge, tout n’est donc pas perdu. Dotés de raison, ces djihadistes seraient donc récupérables ?

Tout n’est pas perdu. Du moins, pour une grande partie d’entre eux. Mais comment faut-il s’y prendre ? Ce qui va sans doute favoriser la « déradicalisation », ce n’est pas l’action des pouvoirs publics mais la fin annoncée de la guerre.

Tant que Daesh gagnait et tenait la dragée haute aux armées de la coalition occidentale, une fascination s’exerçait, y compris dans les rangs des combattants d’Al Qaida pourtant critiques par rapport aux atrocités commises par Daesh. La puissance du djihadisme jusque-là, c’était aussi la force de séduction de Daesh et ses combattants qui roulaient dans des véhicules 4×4, portaient des uniformes impressionnants et avaient plusieurs femmes. Maintenant que Daesh a perdu la guerre, le modèle s’écroule.

A quoi faut-il donc s’attendre ?

L’Histoire est en train de s’écrire mais il est possible que les fidèles du réseau Al Quaida, relégués au second plan ces dernières années, récupèrent les soldats du « califat » et se reconstituent en Irak ou dans d’autres territoires islamistes.

Un autre effet visible de l’effondrement de Daesh est l’affaiblissement de la menace terroriste dans nos pays occidentaux. Certes, comme on l’a vu au cours des derniers mois, il faut s’attendre à des attaques isolées mais la perspective de violences de masse comme celles commises au Bataclan parait plus mince.

Selon vous, comment prévenir la radicalisation ?

Il me semble désormais indispensable d’accorder la plus grande place au contre-discours. En clair, il faut instaurer un discours de doute dans l’esprit de ces personnes radicalisées.

Le problème est que pour être entendus, les tenants de ce contre-discours doivent  être perçus par les djihadistes comme légitimes. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Un fonctionnaire français qui ne connaît rien à l’arabe ni au Coran n’a aucun crédit aux yeux d’un djihadiste. C’est pourtant la voie retenue aujourd’hui dans les instances du ministère de l’Intérieur.

Très clairement, cette mission de contre-discours ne peut revenir qu’aux imams. D’ailleurs, le meilleur choix ne serait-il pas de se tourner vers certains imams dits radicaux, les seuls à pouvoir obtenir l’oreille des djihadistes ? Il y a dans les mouvances soufiste ou salafiste des imams très critiques à l’égard du djihadisme et de la violence religieuse. Les autorités seraient-elles enfin prêtes à y réfléchir ?

Vous suggérez en somme de répondre à la tentation du combat djihadiste par un enseignement rigoriste de l’Islam. N’est-ce pas risqué ?

Je m’interroge. Il faut resituer cette question dans le contexte d’un certain nombre de quartiers où le prosélytisme djihadiste prospère car plus aucune structure d’encadrement n’y est implantée. Dans le passé, le parti communiste avait cette vertu d’encadrer les masses populaires dans les banlieues. Ne faudrait-il pas  encourager certaines confréries religieuses, aux compétences reconnues, pour encadrer des jeunes tentés par la violence et ainsi s’opposer aux dérives du djihadisme ? Ceux qui se sont laissés séduire par la violence ne sont jamais passés par le salafisme.

C’est en effet un pari risqué, je le reconnais.

Quels peuvent être à vos yeux les autres relais du contre-discours ?

De toute évidence, les repentis ont un rôle à jouer par leur expérience non pas idéologique mais pratique. Ils sont les témoins de la réalité de Daesh : les petits chefs qui s’entretuent pour de l’argent, les exécutions sommaires, les viols d’enfants… Il est indispensable de les entendre sur ce qu’ils ont vécu.

Un nouveau plan gouvernemental de prévention de la radicalisation doit voir le jour dans les prochaines semaines. Une réflexion sur la radicalisation en prison est également conduite. Que préconisez-vous ?

Les autorités rament sur les mesures à mettre en œuvre, notamment dans les prisons. Doit-on réunir les personnes radicalisées en prison ou les disperser ? La réflexion menée par le ministère de la Justice semble pencher vers un entre deux.

Je fais une proposition volontairement provocatrice : ne faudrait-il pas mettre un djihadiste dans une cellule avec un grand malfrat issu de l’immigration maghrébine ? Je suis sûr que le djihadiste ne tiendrait pas longtemps !

Je crois aussi qu’il faut veiller à ne pas criminaliser tout le monde. Toutes les personnes parties sur la zone irako-syrienne n’ont pas leur place en prison. Certains, aujourd’hui revenus, ont pris 7 ans de prison pour avoir passé une semaine en Syrie alors qu’ils n’ont jamais touché une arme. Cela peut créer un sentiment de rejet très fort.

Comment expliquer le phénomène djihadiste ?

La question alimente depuis plusieurs années de nombreux débats et renvoient à plusieurs thèses qui s’affrontent. Dans son ouvrage, Xavier Crettiez rappelle les principaux courants d’interprétation :

  • Pour l’islamologue Gilles Kepel, la principale explication du phénomène djihadiste réside dans une radicalisation de l’Islam. Précisément, il établit un lien de causalité entre la lecture salafiste du Coran proposée au sein de mosquées radicalisées à des jeunes désoeuvrés et aisément manipulables et la mise en place de stratégies violentes aux finalités politiques déstabilisatrices pour l’occident ;
  • Le politologue, Olivier Roy défend au contraire une « islamisation de la radicalité », percevant dans la radicalisation une fascination générationnelle pour un geste rebelle et contestataire qu’il compare à d’autres formes d’engagement dans la violence armée : ultragauche, mouvements nationalistes…Il voit ainsi dans le djihadisme un attrait nihiliste pour une réécriture millénariste de l’Islam ;
  • L’islamologue François Burgat, fait une lecture idéologique de l’islamisme armé contemporain qui serait une réaction aux effets de la colonisation. Le djihadisme serait un acte politico-militaire fondé sur une lecture tiers-mondiste et anti-impérialiste de la géopolitique mondial ;
  • Psychiatre de formation, Fethi Benslama insiste sur la dimension rédemptrice et valorisante de l’engagement dans le djihad. Il estime pour sa part que le djihadisme armé produirait une « séduction narcissique » qui repose sur : un « idéal islamique blessé qu’il conviendrait de venger, l’accès à la toute puissance d’agissant des jeunes sans perspectives et à l’estime de soi fragilisée, une possibilité de purification et de repentir ou encore la découverte d’un monde de pureté.

Pour Xavier Crettiez, les entretiens qu’il a eu avec les djihadistes montrent que ces thèses académiques sont toutes vraies, « ou plutôt qu’elles comptent toutes une part de vérité et que leur opposition peut sembler stérile, d’autant qu’elle pollue le débat universitaire, créant des querelles universitaires. »

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