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PATRIMOINE
Comment Stéphane Bern compte travailler pour les communes
Hélène Girard | France | Publié le 04/10/2017 | Mis à jour le 05/10/2017

Missionné par le président de la République, l’animateur de télévision Stéphane Bern entame un recensement du patrimoine en péril, avant de suggérer des financements « innovants ». Il rappelle qu'environ 50% du patrimoine se situe dans les petites communes.

 A la faveur des Journées européennes du patrimoine des 16 et 17 septembre 2017, le président de la République a annoncé avoir confié une mission sur le patrimoine en péril à Stéphane Bern.

50% du patrimoine dans les communes rurales

L’animateur de France 2, qui médiatise les lieux patrimoniaux notamment à travers ses deux émissions, « Visites privées [1] » et « Secrets d’Histoire [2] » , a six mois pour « recenser notre patrimoine culturel qui n’est pas en état et réfléchir à des moyens innovants de financer ces restaurations, dans les mois et années qui viennent», selon les indications données par le chef de l’Etat lors de sa visite du 16 septembre au château de Monte-Christo [3] de Port-Marly (Yvelines).

« Ma mission comprend deux axes», précise l’homme de radio et de télévision aux convictions royalistes affirmées, par ailleurs proche du couple présidentiel :

Une démarche en deux temps, qui va d’abord le mener à se rapprocher des petites communes. « 50% du patrimoine se trouve dans les communes de moins de 2 000 habitants. Les petites communes rurales sont donc concernées au premier chef par ma mission », précise Stéphane Bern, qui compte aussi solliciter sur le terrain les associations locales, ainsi que les structures nationales, comme la Fondation du patrimoine, Vieilles Maisons françaises, Rempart…

Diagnostic région par région

« Avec les communes et les associations, nous allons faire un diagnostic, région par région, et pour chaque catégorie de patrimoine ». Et le présentateur de « Visites privées » d’énumérer : les monuments, les châteaux, le patrimoine religieux, ainsi que le patrimoine artistique, « mais aussi vernaculaire. Je tiens beaucoup à ce dernier, celui des fontaines et des lavoirs, car c’est lui qui contribue à donner, lorsqu’il est négligé, le sentiment aux habitants des territoires ruraux qu’ils sont abandonnés de l’Etat. Ce qui m’importe, c’est l’impact direct que peut avoir le patrimoine sur l’économie rurale. C’est ce qui donne aux habitants l’envie de rester plutôt que partir. Le patrimoine, c’est à peu près 500 000 emplois et de nombreuses activités dans l’économie locale. »

Une approche en phase avec nombre d’élus de terrain, souvent dépités de voir le patrimoine qui constitue l’environnement quotidien de leurs concitoyens susciter si peu d’intérêt de la part de l’Etat. La conseillère régionale d’Ile-de-France Béatrice Lecouturier (groupe Centre et Démocrates), lui a d’ailleurs d’ores et déjà adressé une lettre ouverte [5] à ce sujet.

C’est pourquoi Stéphane Bern mise aussi sur le renforcement de la médiatisation du secteur. Il compte notamment demander à France Télévision de créer un nouveau rendez-vous « pour faire découvrir toutes les facettes du mot « patrimoine ».

Pour ce qui est de la constitution de la liste de sites retenus, elle fera l’objet d’un arbitrage du ministère de la Culture, selon les termes de la lettre de mission [6] que le Figaro a eu entre les mains, mais que l’Elysée n’a pas rendue publique.

Sortir des sentiers battus

Une fois le recensement établi, le « chargé de mission » devra avancer des propositions en matière de financement. « Les communes voient leurs dotations baisser, et les propriétaires privés n’ont plus les moyens d’entretenir leurs biens. Cela nous donne une situation catastrophique. Il nous faut donc trouver de nouvelles ressources », insiste-t-il, en précisant qu’Emmanuel Macron lui a demandé de « sortir des sentiers battus. » Autrement dit du circuit des subventions publiques.

Pour ce faire, Stéphane Bern compte creuser les pistes du mécénat d’entreprises et du financement participatif. La solution du Loto devrait aussi examinée. « Il s’agirait d’un tirage annuel, fléché sur le patrimoine », précise l’animateur.

Des modes de financements alternatifs qui n’ont certes rien de nouveau : la mise à contribution des mécènes et des citoyens se pratique déjà, peu ou prou, et avec plus ou moins de succès selon les cas. Quant à l’idée d’un tirage du Loto, elle revient régulièrement lors de débats parlementaires sur des textes législatifs ayant trait au patrimoine (1) [7]

Inspirer confiance

« La difficulté, analyse le présentateur des « Secrets d’Histoire », c’est que les grandes entreprises qui soutiennent le patrimoine veulent de la visibilité. Alors elles vont naturellement vers des sites à très forte fréquentation, comme Versailles. Il faudra donc d’abord renforcer la mobilisation des entreprises et celle des fondations internationales, avec lesquels je suis en contact. Etant donné que je ne représente pas une entité étatique, le contact est plus facile, j’inspire plus confiance. »

Quant au loto, il s’agira bel et bien de remettre l’idée sur la table et de la défendre. « Gérald Darmanin [ministre de l’Action et des comptes publics, ndlr] n’a, semble-t-il, rien contre », veut croire Stéphane Bern, qui évoque également des « assises du patrimoine », organisées par le ministère de la Culture et envisagées pour «fin novembre»

Boudé par les professionnels, attendu par les associations

« Pour réaliser cet état des lieux, il est évident que je ne me substitue ni à la direction générale des patrimoines du ministère de la Culture, ni aux Drac. Il s’agit d’apporter du renfort de l’extérieur, plaide Stéphane Bern pour justifier le choix opéré sur son nom. Car je suis mobilisé pour le patrimoine et je suis actif sur les réseaux sociaux. Autrement dit, il s’agit simplement de mettre ma notoriété au service du patrimoine. »

Même si leurs récriminations restent sur le couvert de l’anonymat, force est de constater que les spécialistes de l’Inventaire et de la conservation du patrimoine n’ont pas goûté la nomination d’un non-professionnel pour une mission, même temporaire. Certains y ont également vu une forme de démission de l’Etat.

Du côté des élus et des associations, l’accueil est nettement plus nuancé, ne serait-ce que parce que la préoccupation qui prime est la mobilisation. « On n’est jamais trop nombreux à s’occuper du patrimoine », résume ainsi Denis Grandjean, qui a fait toute sa carrière professionnelle dans le patrimoine et l’urbanisme (2) [10]. Pour lui, le procès en légitimité ne tient pas, car « on n’est pas sur l’expertise technique ou juridique, mais sur la mobilisation autour d’une cause. »

Or Denis Grandjean compte justement sur le carnet d’adresses de l’intéressé et sur sa notoriété : « un architecte des Monuments historiques aura toujours plus de mal à mobiliser une entreprise que Stéphane Bern, qui, lui, peut proposer des retombées médiatiques. »

A Maisons Paysannes de France [11], on compte sur la capacité de l’intéressé à faire remonter vers la Rue de Valois des causes locales. D’ailleurs, l’association s’apprête à le solliciter directement pour lui faire part de ses demandes, notamment l’allègement des normes d’accessibilité en faveur des personnes handicapées.

De plus, « il est bien évident qu’il ne pourra pas faire de recensement tout seul, il lui faudra l’appui des associations, estime Bernard Duhem, ex-architecte et administrateur de l’association. L’étendue du patrimoine est telle à l’échelle nationale, que, de toute façon, les services de l’Inventaire, eux non plus, ne peuvent pas tout faire seuls. »

REFERENCES


POUR ALLER PLUS LOIN


 
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