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Economie de la culture

Le secteur public en alerte face aux ambitions des opérateurs privés du spectacle vivant

Publié le 03/05/2017 • Par Hélène Girard • dans : France

Masks with theatre concept
Elnur - Fotolia.com
Quatre organisations professionnelles réunies au sein d’une nouvelle « Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant » entendent rappeler aux élus le sens de la subvention publique. L’intérêt manifesté par les opérateurs privés pour la gestion des équipements territoriaux suscite leur inquiétude.

Le Syndicat national des scènes publiques (SNSP), le Syndicat professionnel des producteurs, festivals, ensembles, diffuseurs indépendants de musique (Profedim), Les Forces musicales (1), le Syndeac , ont publié le 20 avril 2017 un texte collectif sur leurs « valeurs communes de démocratisation de la culture, de la liberté de la création et de la programmation, d’exigence artistique et d’équité territoriale garantie par un renforcement de la décentralisation culturelle. »

« Virulence » des opérateurs privés

Un plaidoyer qui pose la question de l’équilibre entre acteurs publics et acteurs privés. Equilibre que les quatre signataires estiment menacé par la « virulence » des opérateurs privés.

« Il ne s’agit pas de dénoncer la présence des acteurs privés, d’autant que nous accueillons aussi les tournées privées dans nos équipements, précise Michel Lefeivre, président du SNSP. Mais le problème vient du fait que des opérateurs privés s’intéressent à la gouvernance des équipements et des festivals. Ils se positionnent sur des délégations de service public (2). En programmant les artistes qu’ils produisent, ils cherchent à maîtriser l’ensemble de la chaîne, depuis la production jusqu’à la billetterie. »

Et de pointer une logique incompatible avec les missions revendiquées par les scènes publiques  : « comment, dans ce cas, assurer la diversité des esthétiques, aider les artistes émergents à se produire, faire découvrir au public des spectacles exigeants, contribuer à l’éducation artistique et culturelle ? »

Le Quai, à Angers, L. Boegly, CC BY 3.0

Le Quai, à Angers, L. Boegly, CC BY 3.0

Délégations de service public

Le phénomène remonte déjà à une dizaine d’années. Jusqu’à présent, ces opérateurs, constitués de grands groupes (qui ont pour nom Fimalac, Lagardère, Morgan, Live Nation…), se sont surtout intéressés, aux salles parisiennes (Mogador, Folies Bergères, Salle Pleyel, Théâtre de la Porte Saint-Martin, etc.).

Mais la conquête des zéniths en région ne les laisse pas indifférents. Vega, par exemple, acquis par Fimalac en 2010, gère déjà une dizaine de zéniths (Marseille, Amiens, Limoges…).

Pour les responsables de lieux publics, l’erreur serait de penser qu’après tout, ces groupes et les collectivités n’appartiennent pas aux mêmes univers. « Ils font valoir aux élus qu’une gestion en délégation de service public leur reviendra moins cher, et qu’ils vont proposer des spectacles de divertissement qui vont remplir la salle. Compte tenu des contraintes financières que connaissent les collectivités, les élus ne sont pas insensibles à ces arguments », s’inquiète Michel Lefeivre.

« Bras séculier du ministère de la culture »

Force est de constater qu’un groupe comme Fimalac revendique d’ores et déjà une place de « leader français de l’organisation de spectacles et de l’exploitation de salles ». Et son P-DG, Marc Ladreit de Lacharrière, de présenter son groupe comme « le bras séculier du ministère de la Culture », dans  un entretien avec nos confrères du  Monde, le 22 avril 2017.

Même les salles mythiques en région sont susceptibles d’être cédées à la gestion privée. Exemple récent : le cinéma l’Eden- théâtre de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) qui a rouvert en janvier 2017 sous la houlette de l’association Les Lumières de l’Eden, avec des partenaires financiers publics mais aussi privés.

«Marchandisation de la culture»

Ce que redoutent les responsables de scènes publiques, c’est une « lente dérive en faveur d’une marchandisation de la culture », dans l’indifférence générale.

Et dans la confusion des genres. « Il est normal que les entreprises privées recherchent le profit. De même, il est légitime que des acteurs privés souhaitent accéder aux salles. En revanche, nous trouvons très inquiétant que les élus mettent les deux logiques, publique et privée, sur le même plan, alors que le secteur public du spectacle vivant assume des missions d’intérêt général et que la subvention relève du contrat social », plaide Michel Lefeivre.

CC0

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Dialogue à renouer

A cela s’ajoute la déception de voir certains maires se désintéresser complètement des activités de leur salle de spectacle. C’est notamment le cas chez un nombre non négligeable d’édiles arrivés aux affaires aux municipales 2014.

« Avant, témoigne ainsi un professionnel, le maire venait toujours voir les spectacles, il venait à la présentation de la saison. Ce n’est plus le cas aujourd’hui ».
Déjà en 2015, lors des Rencontres parlementaires sur les politiques culturelles, organisées par le Syndeac et le député (PS) Laurent Grandguillaume, nombre de professionnels s’étaient plaints du manque d’appétence des élus pour la vie artistique sur leur territoire. Et Madeleine Louarn, présidente du Syndeac, plaidait déjà pour que le dialogue soit renoué.

Missions de service public « dignement subventionnées »

Aujourd’hui, alors qu’une nouvelle page de la co-construction des politiques culturelles entre l’Etat et les collectivités va s’écrire une fois la phase des élections terminée, les professionnels du secteur public prennent donc leur bâton de pèlerin pour alerter les élus. « Nous demandons et redemanderons sans relâche aux prochains gouvernements et à tous les élus de la République que les missions de service public que nous défendons soient clairement énoncées et dignement subventionnées (grâce notamment à un pacte Etat-collectivités renforcé) et reconnues dans leur modernité au regard des enjeux de notre société républicaine », annoncent dans leur texte commun les 4 organisations d’employeurs.

Adaptation du Petit prince ©David Stanger CC BY-SA 2.0

Adaptation du Petit prince ©David Stanger CC BY-SA 2.0

La campagne des élections législatives, qui va bientôt commencer, va constituer une première fenêtre pour lancer le débat. Puis viendra dans la foulée le Festival d’Avignon, avec son bouillonnement de manifestations professionnelles. Nul ne sait précisément quel sera le paysage politique l’été prochain, mais il semble acquis que les représentants du service public du spectacle vivant feront entendre leur voix. A quatre organisations, ils devraient arriver à faire plus de bruit.

La subvention, contrat entre l’artiste et la société

« Pour nous, la subvention publique relève du contrat social et républicain porteur de missions de service public, à mêmes de garantir l’existence de créations qui n’existent qu’à cette condition de financement. C’est un accord conclu entre l’artiste et la société dans une ‘exception‘ aux logiques de marché », expliquent les quatre organisations professionnelles réunies au sein de « l’Union syndicale des employeurs du secteur public du spectacle vivant ».

Le président du Syndicat national des scènes publiques (SNSP), Michel Lefeivre, complète cette définition à l’adresse des élus, en rappelant les données qui permettent de faire la partition entre gestion privée et gestion publique : « les scènes publiques n’ont pas de bénéfices à partager, leur profit est d’ordre social ; elles ne sont pas propriétaires des moyens  de production ; enfin, le directeur est choisi  sur  un projet artistique. »

 

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Notes

Note 01 syndicat professionnels des opéras, orchestres et théâtres lyriques Retour au texte

Note 02 Depuis la dernière réforme du Code des marchés et l'ordonnance du 29 janvier 2016 , on parle  de «concessions » pour les contrats passés après le 1er avril 2016. Les contrats signés avant cette date sont toujours des délégations de service public (DSP). Retour au texte

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