Mobilité

Pourquoi JCDecaux a perdu le contrat du Vélib’ 2.0

| Mis à jour le 04/04/2017
Par • Club : Club Techni.Cités

Mairie de Paris / Henri Garat

La perte du marché du Vélib' est une terrible défaite pour JCDecaux, qui s'est allié dans un groupement à la RATP et à la SNCF. Mais cette nouvelle alliance plutôt habile n'a pas su empêcher la PME montpelliéraine Smoove - aux côtés d'Indigo et Moventia - d'être préférée par la commission d'appel d'offre pour le futur Vélib' métropolitain.

Goliath a perdu contre David. En l’occurrence, la multinationale JCDecaux s’est faite chiper le contrat du vélo en libre-service (VLS) parisien – le célèbre Vélib’ – par une PME montpelliéraine, Smoove, perdant de ce fait sa plus belle vitrine à l’international. La commission d’appel d’offre a classé Smoove devant JCDecaux, la décision devant maintenant être entérinée lors d’un conseil du syndicat mixte Autolib’ Vélib’ Métropole prévu le 12 avril. C’est en effet ce syndicat qui pilote désormais le contrat du prochain Vélib’, jusque-là géré par la Ville de Paris, et qui s’étendra sur la période 2018-2033.

JCDecaux envisage d’aller en justice

Piqué dans son orgueil, le groupe JCDecaux a aussitôt dénoncé une « décision troublante », déclarant s’inquiéter « avant tout » pour son personnel (315 salariés). S’il est légitime de se poser la question de l’avenir de ce personnel, on peut, sans lui faire ombrage, estimer que le plus grave pour la multinationale est d’avoir perdu ce contrat. Et donc voir dans sa charge un moyen de savonner la planche de son concurrent, et de porter le débat sur le terrain judiciaire, afin de dissuader ce concurrent – ainsi que tous les autres – de venir chasser sur ses terres. Objectif : affaiblir une entreprise qui ne dispose pas, comme lui, de service juridique conséquent.

D’autant qu’après Paris viendra le renouvellement du marché du Grand Lyon. Notons qu’à l’inverse de la métropole parisienne, cette dernière a choisi de de garder ensemble au sein d’un même marché l’affichage publicitaire et la gestion d’une flotte de vélos en libre-service. Il semble donc peu probable que le contrat lyonnais des Velov échappe à JCDecaux, son seul concurrent sur ce type d’offres étant Clear Channel.

Un vélib’ 2.0 innovant, mais pas seulement

Bien évidemment, ce nouveau Vélib’ se devait d’être innovant, comme nous l’expliquions dans notre article du 21 février dernier :

Une partie du parc devrait ainsi être électrique – de l’ordre de 30 % -, ce qui permettra d’attirer un nouveau public, facilitera l’utilisation dans les zones pentues, et étendra la distance moyenne parcourue. Le vélo sera également un objet connecté, un Vélib’ 2.0, avec un cadran électronique permettant sa géolocalisation ou renseignant sur son état de fonctionnement.

Mais en décembre dernier, à écouter Laurent Mercat, PDG de Smoove  (1), il semblait clair que les trois candidats en lice allaient présenter des offres très innovantes, et donc que ce critère ne serait pas le plus différenciant.
« Au-delà de l’innovation qui nous est demandée, il faudra que ce service coûte moins cher. C’est le critère du prix qui va être le plus important », nous avait alors indiqué Laurent Mercat.

A l’inverse, dans son communiqué du 1er avril, le groupement JCDecaux/RATP/SNCF se déclarait « d’autant plus surpris de la décision reçue vendredi 31 mars qu’il a obtenu la meilleure note sur tous les critères de notation non financiers, c’est-à-dire le critères exploitation, entretien, maintenance du dispositif, communication institutionnelle, suivi du service et le critères conception, fabrication et déploiement du système ».  Avant de conclure sur ce constat : « Son concurrent ne l’emporte donc que sur le critère du prix. »

La nécessité de réduire les coûts

Et pourtant, il s’agit là d’un point crucial. Tout d’abord parce que la question du coût de ce service avait fait l’objet d’âpres négociations entre la ville de Paris et JCDecaux, qui ont entraîné plusieurs avenants au contrat et fait dériver les coûts. En cause, les nombreux vols et dégradations constatés par un rapport de l’inspection générale de la Ville de Paris (IGVDP), que nous citions dans cet article du 21 février :

Ce rapport révèle par exemple qu’entre 2012 et 2014, près de 20 % de vélos ont été volés, et que 26 à 35 % ont été détruits, la ville ayant dû rembourser entre 38 et 45 % de ces vélos, générant un surcoût qui était loin d’être prévu.
Entre ces difficultés et l’extension aux 30 communes d’Ile-de-France, la ville de Paris doit débourser 16 millions d’euros annuels supplémentaires, soit la quasi-totalité des recettes (abonnements et tickets à la journée) qui reviennent à la ville.

Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables avait ainsi commenté cette situation : « Tout le monde a constaté que ça avait coûté beaucoup plus cher que prévu, que c’était très lourd en termes d’exploitation, et que nous n’étions plus dans les premières années, lors desquelles les opérateurs étaient prêts à perdre de l’argent pour bénéficier d’une vitrine leur permettant d’aller chercher d’autres contrats ».

Tout le système est à changer

Certes, le contrat du Vélib’ va repartir sur de nouvelles bases, et donc le groupement JCDecaux/RATP/SNCF aurait donc pu faire une proposition tout aussi agressive sur le plan économique. Mais a-t-il pris la mesure de l’importance de ce critère ? Et surtout a-t-il pu imaginer perdre ce contrat ?

Pour la ville, il était nécessaire de réduire le coût d’un service, estimé par une source proche du dossier, à 50 millions d’euros annuel. Et pour cela, changer le système actuel du Vélib’, trop facile à voler du fait de son accroche latérale. Quel que soit le vainqueur du nouveau contrat, il fallait donc changer les bornes et les 18 000 vélos. Selon cette même source, le coût de ce remplacement est négligeable au regard des économies attendues sur la gestion du service sur une seule année.

Restera également à trancher l’avenir des Vélib’. Le système du vélo de Smoove – qui s’accroche par la fourche avant – risque de nécessiter un changement des bornes actuelles, qui ne devraient pas pouvoir être récupérées pour ce contrat. Reste donc à voir ce qu’elles deviendront et comment se déroulera l’épineuse sortie du contrat (qui était déjà évoquée dans le rapport de l’IGVDP) entre JCDecaux et la ville de Paris pour la reprise du matériel.

Le Vélib’ 2.0, un marqueur métropolitain

Autre élément qui explique l’importance de la question du coût du service : le passage d’un périmètre principalement parisien à un niveau métropolitain. Il fallait donc permettre à un maximum de communes d’adhérer au syndicat métropolitain et de financer l’installation de stations Vélib’.
Or, le coût de ces stations semblait élevé pour nombre d’entre elles, qui hésitaient à sauter le pas – alors que les stations actuelles situées au-delà du périphérique avaient été financées par la ville de Paris.

Une situation qui a poussé la Métropole du Grand Paris à venir en soutien afin de financer une partie de ce coût, avec une subvention de 10 000 euros, pour un montant total de chaque borne d’environ 35 000 euros, promise par Patrick Ollier, président de la MGP, lors d’une table-ronde sur le salon des maires d’Île-de-France.

Le coût de chaque station sera d’ailleurs d’autant plus faible si les communes à se lancer sont nombreuses. A l’arrivée, le nombre de Vélib’ en circulation pourrait ainsi quasi doubler et se rapprocher des 30 000 unités.

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Commentaires

3  |  réagir

10/04/2017 05h52 - emilie

Smoove est entrain de mettre des TECCHNICIENS ET MECANICIENS sous contrats CDD ET CDI AU CHOMAGE Cette société est une vrais daube > 1. Smoove delocalise l’entretien des velos vers l espagne ce qui mettra un grand nombre de salariés de jc decaux / cyclocity dans la merde … 2 > le parc passera a 30 000 unités , mais ils n en ont rien a foutre , le marché est offert a une start up francaise qui n a nullement le nombre de mecanos necessaire pour l entretien des vélos , ils sont DEGOUTANTS …… Les techniciens de JC DECAUX / CYCLOCITY ont un savoir faire et une technicité qui depasse celle de SMOOVE … µ

ALLEZ DEGAGE DE L’ILE DE FRANCE SMOOVE > TU METS DES GENS AU CHOMAGE ET TU DELOCALISE L ENTRETIEN DES VELOS PARISIENS ET FRANCILIENS !!!!

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05/04/2017 02h58 - didier gros

je pratique Vélib depuis le début et je ne crois pas me tromper malheureusement en annonçant un échec retentissant avec le repreneur qui ne réalise pas que le vélib parisien est handicapé par les actes de vandalismes permanents et les vols. Donc se lancer dans des vélos électriques avec même de l’électroniques c’est aller droit dans le mur.
Je commence à croire que les décisionnaires dans cette affaire ne sont pas des utilisateurs de vélib mais de simples fonctionnaires politiciens
c’est regrettable car nous ne retrouverons jamais le service de vélib JC Decaux c »est garantie
le seul grief à l’encontre de JC Decaux c’est le manque d’équilibrage entre les stations par exemple quartier opéra, grands magasins toujours bourrées et la butte montmartre toujours vide j’ai écrit à JC Decaux mais en vain
je suis écoeuré par le vandalisme parisien jamais sanctionné

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04/04/2017 01h49 - Bernard Duroc

Le prix est évidemment un critère déterminant , mais reste à connaître le prix juste ? Le low cost peut vite coûter cher si les utilisateurs abandonnent progressivement un service qu’ils appréciaient pour sa qualite. Smoove se présente comme une startup qui remporte de nombreux marchés , mais ses effectifs ne croissent pas … toujours 35 salariés ! Parce que la startup s’adosse à des géants étrangers qui pratiquent délocalisation et salaires au plus bas … on ne parle pas beaucoup de Movendia, le transporteur Catalan qui se cache derrière ce groupement Franco espagnol

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