Grand Paris

Paris, la région et la métropole vont-elles réussir à penser ensemble la mobilité de demain ?

| Mis à jour le 11/04/2017
Par • Club : Club Techni.Cités

Imaginer l'évolution des mobilités à l'échelle du Grand Paris à l'horizon 2030 : c'est le défi que se sont lancés la Ville de Paris, la métropole et la région, avec le concours d'acteurs publics et privés. Les enjeux sont énormes et l'arrivée de modèles disruptifs, qui déstabilisent les collectivités, pourrait rapprocher ces acteurs qui ont parfois des relations électriques ...

On ne compte plus les passes d’armes sur le sujet des transports entre la Maire de Paris, Anne Hidalgo, et la Présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse. A tel point que l’on se demande s’il est dans l’intérêt des Parisiens et des Franciliens que ce sujet soit autant politisé, alors qu’il faudrait porter un message commun pour faire comprendre aux habitants de ce territoire partagé qu’il est nécessaire de faire évoluer les pratiques et comportements. Cela permettrait d’améliorer la mobilité tout en résolvant les graves problèmes de pollution atmosphérique.

Certes, il est légitime que des visions puissent s’opposer, comme le montre le débat sur la piétonisation des berges de la Seine, voulue par Anne Hidalgo et combattue bec et ongles par Valérie Pécresse. Mais l’épineuse question des transports en Ile-de-France ne pourra être résolue sans que ces deux actrices travaillent ensemble …

Imaginer les mobilités à l’horizon 2030

Ce jeudi 30 mars, au salon des maires d’Île-de-France, les haches de guerre avaient été laissées à l’entrée, et les bras droits des deux cheffes de la région et de la Ville de Paris semblaient faire front commun. De fait, ils étaient venus présenter une démarche commune pour réfléchir à l’avenir des mobilités à l’horizon 2030.

Ce travail de réflexion se déroule en effet actuellement sous l’égide du Forum métropolitain (le nouveau nom du syndicat Paris métropole), et doit conduire à la présentation d’un livre blanc avant la fin de l’année. Y participent, aux côtés de la ville de Paris et de la région Île-de-France, la métropole du Grand Paris, les services de l’Etat ainsi que tous les acteurs publics et privés intéressés (Société du Grand Paris, la RATP, la SNCF, etc.).

« L’idée n’est pas d’effacer d’un trait tout ce qui a été fait, ou d’élaborer un nouveau PDU, mais de réfléchir ensemble sur ces nouvelles mobilités et sur l’adaptation de notre métropole a ces nouveaux modes de déplacement », explique Jean-Francois Vigier, président du Forum métropolitain du Grand Paris et maire (UDI) de Bures-sur-Yvette (Essonne).

Les limites des transports publics

C’est Stéphane Beaudet, présent en tant que vice-président de la région Île-de-France en charge des transports, vice-président du Stif, et président de l’Association des maires d’Île-de-France, qui a commencé à dresser l’état des lieux, en rappelant les sommes considérables en jeu : « nous avons une problématique de « mass transit » (c’est-à-dire de transport public de masse, NDLR), avec le réseau ferré lourd, le transilien, le métro, etc.. La Région investit massivement sur le matériel roulant et de son côté SNCF Réseau va enfin porter ses investissements à 800 millions d’euros. Ils viendront s’ajouter aux 700 millions d’euros investis par la RATP. Les collectivités essaient de rattraper le retard mais ça ne répondra pas au problème », a-t-il reconnu.

« Le RER B a été conçu pour transporter quotidiennement 300 000 voyageurs. Aujourd’hui, il y a 650 000 voyageurs et en 2030 ce sera 900 000 ! », explique le vice-président du Stif. Certes, le Grand Paris Express (200 km de lignes ; 68 gares) va apporter un début de réponse en accueillant 2 millions de voyageurs quotidiens (90% des franciliens seront situés à moins de 2 km d’une gare du GPE) et permettra de délester en partie le reste du réseau (on compte actuellement 8,5 millions de voyageurs sur le réseau de transport public). Mais il faudra également faire face à une augmentation de la population.

voiture2

Revisiter le rôle des routes

Dans ces conditions, on comprend que la réponse ne viendra pas seulement des transports publics, dont la part modale ne représente que 27%  des déplacements en Île-de-France et même 34% à Paris. D’où la logique que défend la Région de remettre les routes au cœur du débat. « Il existe un réseau de transport qui est mal utilisé : c’est la route ! Chaque jour, il y a environ 400 km de bouchons, mais dans ces voitures, il n’y a en moyenne que 1,1 usager. Si on arrivait à 1,8 usager, il n’y aurait plus de bouchons. La question de l’usage de la route va être prioritaire », résume Stéphane Beaudet, en soulignant que ce constat est partagé par Jean-Louis Missika, maire-adjoint de la ville de Paris.

C’est un enjeu clairement identifié par cette démarche « Mobilités 2030 ». Comment faire pour sortir du modèle de possession de la voiture et de son utilisation quasi individuelle, pour aller vers le futur de la voiture : un véhicule partagé, qui passera du statut de produit à celui de service et qui sera de moins en moins possédé (exemple de l’offre Uber Pool), qui sera intelligent et même autonome ?

Le plus difficile, pour les collectivités, sera d’arriver à garder la main pour suivre cette évolution, comme l’explique Jean-Louis Missika, maire-adjoint de Paris en charge de l’urbanisme, de l’architecture, des projets du Grand Paris, du développement économique et de l’attractivité. « De toutes les révolutions que l’on connaît actuellement, celle des mobilités est peut-être la plus spectaculaire : elle combine la sortie des énergies fossiles, le numérique – avec le fait d’indiquer les meilleures solutions de mobilité aux usagers -, l’économie du partage, l’économie de la collaboration et puis bien sûr la révolution dans la révolution de l’intelligence artificielle qui représente un défi considérable pour l’ensemble des élus locaux, en prenant des décisions très vite » explique-t-il.

Les collectivités sont-elles dépassées ?

Un exemple des difficultés à venir ? Actuellement, c’est à travers le stationnement que les collectivités peuvent réguler les véhicules. « Les véhicules autonomes ne stationneront pas, ils rouleront tout le temps. Il nous faut donc trouver un modèle de paiement différent de celui que nous utilisons depuis un siècle », explique Jean-Louis Missika.

L’économie partagée remet également en cause ce modèle. « Avec l’autopartage, nous avons un changement à appréhender : comment passer d’une logique de propriété à celle de l’usage ? On voit bien à quelle vitesse l’ubérisation de la société vient bousculer tout un tas de modèles », commente Stéphane Beaudet, allant même jusqu’à se demander si les collectivités ne sont pas déjà complètement dépassées.

« Waze, par exemple est un logiciel qui vous fait gagner du temps en voiture. Mais il fait passer les bagnoles n’importe où dans la ville, à travers les zones pavillonnaires où les enfants avaient l’habitude de jouer dans la rue », explique-t-il, avec sa casquette de maire de Courcouronnes (Esonne). « Cette mutation très rapide vient interroger notre processus de décision politique : comment allons-nous réussir à nous adapter et avoir une parole qui porte dans un monde qui va si vite ? », s’interroge-t-il à juste titre.

Ces interrogations seront bien présentes dans les thèmes étudiés dans le cadre de ce travail de réflexion et qui sont au nombre de quatre :

  • Les infrastructures de transports
  • L’intermodalité
  • Les mobilisées partagées
  • les véhicules connectés et autonomes

Changement de braquet sur le vélo

Loin de se focaliser sur les questions de transports publics, des voitures et des routes, le débat a également porté sur les autres formes de mobilités qui ont toute leur part à jouer, et notamment le vélo et la marche – cette dernière représentant près de deux tiers des déplacements dans Paris intra muros. Car 70% des déplacements se font sur des distances inférieures à 5 km sur lesquelles le vélo ainsi que les nouvelles formes de mobilités (trottinettes, trottinettes électriques, gyropodes) ont un rôle important, notamment pour rabattre les usagers vers les transports publics.

Jusqu’ici, la coordination a été faible entre la ville, la banlieue et la Région. Mais les choses sont en train de changer, malgré les différences de bords politiques, comme le montre le fait que le nouveau contrat d’exploitation des Vélibs - dont  le gagnant sera connu la première semaine d’avril ! – sera non plus à l’échelle de Paris mais bien de la métropole.

L’occasion pour Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris (MGP) et dont les moyens en termes de transport sont bien moins importants que ceux du Stif, de la Région ou de la Ville de Paris – d’annoncer que la métropole aidera les communes franciliennes à financer la création de stations, répondant ainsi à l’une des attentes des élus franciliens. « Nous avons voulu intégrer le système Vélib et nous sommes rentré dans le conseil d’administration et dans la commission d’appel d’offre », indique-t-il. Face à un coût annoncé de 35 000 euros par station, la MGP devrait apporter 10 000 euros pour chaque installation. Et elle financera également de nouvelles pistes cyclables, pour un montant total de 3 millions d’euros.

Il y a peu, la ville de Paris a prévu de faire de 2017 l’année du vélo, en créant 200 km de nouveaux itinéraires cyclables. Son « plan vélo » prévoit 150 millions d’investissements et le triplement des déplacements à vélo d’ici 2020, dont la part modale passerait ainsi de 5% à 15% du total des trajets effectués.

Du côté de la Région, un plan est également en réflexion pour booster le vélo qui ne représente que 1,6% des déplacements en Ile-de-France. « Nous allons prochainement faire des annonces décoiffantes ! », révèle Stéphane Beaudet. « La Région est depuis longtemps engagée dans la création de liaisons cyclables. Sous la précédente mandature, on est passé en quelques années de 1 100 à 3 600 km, ce qui est une bonne chose. Mais l’erreur stratégique a été d’avoir plutôt développé les trajets de longue distance, qui finissent par être des parcours de loisir. On manque énormément de liaisons courtes entre les gares et les zones d’emploi », explique-t-il, avant de livrer que le Stif s’engagera lui aussi pour développer le vélo, ce qui est une véritable nouveauté.

Le millefeuille revient sur la table

Alors que le matin même, l’avenir de la métropole parisienne était évoqué, la question de la gouvernance locale en matière des transports s’est également posée. « On peut s’énerver sur le mille-feuille territorial, c’est difficilement lisible, je le comprends », a reconnu Patrick Ollier.  » Mais faites-nous un peu confiance. Une fois que le constat sera fait, il faudra être capable de dégager les moyens et de voir qui pait. Et chaque échelon a des responsabilité précises », s’est-t-il défendu. Et le Forum métropolitain du Grand Paris fournira donc le cadre pour que toutes les couches du mille-feuille puissent échanger.

Il reste que, dès le lendemain de cette conférence, un nouveau feuilleton de la « guerre des berges » s’est déroulé sous nos yeux. La Ville de Paris, qui s’apprête à ouvrir le parc de 7 hectares « Rives de Seine » à grand renfort de communication, a salué la baisse de 25% de la pollution de l’air sur les berges, là où la circulation a été stoppée, suite aux mesures fraîchement publiées par Air Parif. Tandis que la Région a, elle, aussitôt répliqué avec un communiqué qui dénonçait la hausse de la pollution de l’air … sur le quai supérieur jouxtant les berges.

Commentaires

0  |  réagir

Ajouter un commentaire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Ce champ est obligatoire

Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - Antony Parc 2, 10 place du Général de Gaulle, La Croix de Berny – BP 20156, 92 186 Antony Cedex ou en cliquant ici.

L'actu Technique

  • Un mode d’emploi à l’intention des rédacteurs des nouveaux PLU

    Le ministère du logement vient de publier un guide pour accompagner la mise en oeuvre des PLU nouvelle formule, élaborés selon le nouveau canevas du décret du 28 décembre 2015. ...

  • Mission réussie pour les interventions en circuit court dans l’espace public

    Depuis quinze ans qu'elle existe, la cellule Proxim’Cité permet aux Bisontins de participer à un vaste système de surveillance de l’état des équipements urbains. C’est par un circuit court, s'appuyant sur 50 ambassadeurs désignés dans treize services ...

  • Le risque « submersion marine »

    La compétence Gemapi est affectée au bloc communal dès le 1er janvier 2018. Partie intégrante de cette compétence, le risque de submersion marine concerne nombre de collectivités compte tenu de l’importance de la façade marine française. Si beaucoup de ...

  • L’actu juridique de la semaine

    Notre sélection de textes officiels, jurisprudences et réponses ministérielles intéressant les cadres de la filière technique, publiées par le Club Techni.Cités et sur Lagazette.fr entre le 14 et le 20 avril 2017. ...

Offre découverte 30 jours gratuits !

dernières offres d’emploi

services

Thèmes abordés

Retrouvez tous nos produits sur La plateforme de mise en relation entre professionnels de la commande publique et fournisseurs

menu menu

Club Techni.Cités : l'information pour les techniciens de la FP
 
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X