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Présidentielle

L’intercommunalité, pomme de discorde entre les candidats à la présidentielle

Publié le 22/03/2017 • Par Jean-Baptiste Forray • dans : France

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Cédric Lecocq
Quand François Fillon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon plaident pour le statu quo, les autres postulants souhaitent abroger la loi NOTRe afin de redonner des pouvoirs aux communes.

Faut-il remettre en cause les nouvelles grandes intercommunalités dotées de pouvoirs élargis ? Telle a été la principale ligne de fracture entre les candidats à la magistrature suprême, lors du grand oral, organisé ce 22 mars 2017 par l’Association des maires de France. D’un côté, les postulants passés récemment dans des fonctions gouvernementales, François Fillon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon se sont prononcés pour le statu quo. Les autres ont prôné l’abrogation pure et simple des lois MAPTAM et NOTRe.

Plaidoyer pour la souplesse

Cela n’a pas empêché les premiers de se montrer parfois critiques sur ces textes. François Fillon a ainsi déclaré que le Gouvernement avait « renié l’esprit de la décentralisation ». La réforme territoriale, a-t-il martelé, c’est « plus de règlementation, plus d’argent public et plus d’impôts ». Mais il a aussi entendu les grands élus de son camp (François Baroin, Dominique Bussereau, Gérard Larcher…) favorables à une pause institutionnelle.

Aussi, a-t-il déclaré : « Je ne souhaite pas engager une nouvelle réforme territoriale. » Et François Fillon de se faire l’apôtre de la souplesse. « Ce n’est plus aux préfets de fixer les limites des intercommunalités », a-t-il plaidé pour l’avenir, prônant le volontariat en matière de fusion de communes et de départements.

Emmanuel Macron s’est fait plus discret sur ce chapitre. Ses adversaires ont parlé à sa place. Le représentant de Marine Le Pen, David Rachline, a dénoncé la proposition d’Emmanuel Macron de supprimer les conseils départementaux sur les territoires qui accueillent les 22 métropoles. Emmanuel Macron s’est, pour sa part, opposé à l’élection au suffrage universel direct sans fléchage dans les intercommunalités.

« Le temps est venu de faire une pause. Vous avez besoin de clarté pour s’inscrire dans la durée », a lancé, pour sa part, Benoît Hamon aux maires. Le candidat du PS a préconisé une conférence des territoires. Une instance de dialogue Gouvernement-associations d’élus locaux, proche dans son esprit et son mode de fonctionnement du Haut conseil des territoires recalé par le Sénat lors de l’examen de la loi MAPTAM.

Les communes et les départements sur la sellette ?

Loin de cet esprit de consensus, les autres candidats ont souhaité en finir avec la réforme territoriale, synonyme à leurs yeux, tantôt de recentralisation, tantôt d’inégalité territoriale, le plus souvent les deux à la fois.

Pour Nathalie Arthaud, l’Etat, à travers les lois MAPTAM et NOTRe, « applique une politique de classe. « Administrer librement sa commune quand pèsent les contraintes économiques et financières venues d’en haut, c’est mission impossible », a déploré la candidate de Lutte Ouvrière, fidèle à ses fondamentaux.

Philippe Poutou (NPA) a, dans le même sillon, dénoncé « la privatisation et la dégradation du service public » qu’entraîne, selon lui, la réforme territoriale. « On ne décentralise que les dépenses. Nous, nous souhaitons des cadres véritablement démocratiques par en-bas », a-t-il ajouté.

Jean Lassalle, député-maire de Lourdios-Ichère (Pyrénées-Atlantiques), s’est fait le porte-voix de la ruralité. Déployant son charisme étrange, il a lancé : « notre pays est entretenu comme du papier musique, avec le concours du maire et du paysan. C’est magnifique, mais c’est en train de mourir. » « J’abrogerai les trois lois de réforme territoriale. Je ne veux pas que les préfets soient des garde-chiourmes, car j’ai trop de respect pour eux pour qu’ils décident que ma commune doive aller dans une intercommunalité précise plutôt que dans une autre », a-t-il expliqué.

David Rachline, représentant de la présidente du FN, n’a pas tenu un autre discours. « Vous trouverez en Marine Le Pen une candidate viscéralement attachée aux communes », a-t-il assuré. Souhaitant le retour au triptyque commune-département-Etat, il a martelé : « les maires ne sont pas là pour inaugurer les chrysanthèmes et se faire déposséder de leurs pouvoirs. »

« C’est dans la commune que réside la force des peuples libres », a, pour sa part, insisté Jacques Cheminade (Solidarité et Progrès), citant Tocqueville.

Validation citoyenne

François Asselineau (UPR) s’est montré particulièrement pessimiste. « 15 000 ou 20 000 communes vont disparaître, alors qu’on n’a rien demandé à personne. On va aussi supprimer nos départements », a-t-il assuré, ciblant les instances de l’Union européenne. « On me dit qu’il y a 36 000 communes, c’est-à-dire bien davantage que dans les pays voisins. La belle affaire ! Figurez-vous qu’il y a 365 fromages en France. Il n’y en a que 6 aux Pays-Bas. Va-t-on dire aux Français qu’il faut fusionner les fromages pour en avoir le même nombre qu’aux Pays-Bas ? » : ainsi François Asselineau conclu son allocution.

Pour Nicolas Dupont-Aignan (DLF), les pouvoirs des préfets en matière de recomposition intercommunale sont typiques d’« un Etat qui se disperse dans les détails et s’évanouit sur les dossiers fondamentaux ». Avec « la terrible loi NOTRe », « les administratifs et les partis politiques font main basse sur les intercommunalités ».

Représentant de Jean-Luc Mélenchon, François Cocq, adjoint au maire de Champigny, souhaite, de son côté « mettre fin au binôme métropole-région ». Partisan d’une séparation, dans les collectivités, des fonctions délibératives et exécutives, il aimerait que les recompositions territoriales fassent systématiquement l’objet d’une « validation par les citoyens ».

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