Fermer

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Menu

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement

Economie sociale et solidaire

Hugues Sibille : « La puissance publique ne doit pas se sentir menacée par l’innovation sociale »

Publié le 17/01/2017 • Par Marie-Pierre Bourgeois • dans : Dossiers d'actualité, France

Hugues Sibille
Fabrice Dimier
Hugues Sibille, l'une des grandes voix de l'économie sociale et solidaire en France, présente à la Gazette son dernier ouvrage, "La Grande promesse". Cet ancien délégué interministériel à l'économie sociale, aujourd'hui président de la Fondation Crédit coopératif voit dans les innovations sociales rien de moins que la solution aux crises qui n'en finissent pas.

Votre ouvrage, « La Grande Promesse, Inventons la France de demain » dresse les contours de l’innovation sociale dans l’Hexagone. De quoi parle-t-on vraiment ?

L’innovation sociale est une réponse créative à des besoins sociaux non, ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques publiques : se nourrir sainement sans gaspiller, se loger en respectant la planète, insérer des chômeurs dans une activité de qualité, faire reculer le décrochage scolaire… L’innovation sociale se déploie aujourd’hui à plusieurs niveaux : à travers les associations et l’entrepreneuriat social qui mobilisent la société civile, et de nouveaux modèles économiques, sur les territoires où se construisent de nouvelles alliances innovantes incluant souvent les collectivités locales et les politiques publiques.

Lire aussi notre dossier : Le pari de l’économie collaborative

Pourquoi les collectivités ont-elles décidé de s’engager sur le terrain de l’économie sociale et solidaire ?

Trois causes expliquent l’intérêt croissant des territoires sur ce sujet. La situation budgétaire de plus en plus contrainte des collectivités les incite à innover. Je pense particulièrement aux départements qui ont de plus en plus de difficulté à financer le versement du revenu de solidarité active (RSA) et recherchent de nouvelles façons de faire. Nombre de collectivités réalisent doucement qu’il faut cesser de penser en termes de dépenses sociales et désirent s’engager plutôt sur le champ innovant de l’investissement social. Pour un euro investi par la puissance publique dans une entreprise d’insertion, 2,3 euros reviennent dans les caisses publiques. Les 10 expérimentations « Territoire zéro chômeur de longue durée » montrent l’appétit des départements pour activer les dépenses sociales passives

Nombre de collectivités réalisent doucement qu’il faut cesser de penser en termes de dépenses sociales et désirent s’engager plutôt sur le champ innovant de l’investissement social. Pour un euro investi par la puissance publique dans une entreprise d’insertion 2,3 euros reviennent dans des caisses publiques.

Il y a également une certaine prise de conscience du fait qu’on ne peut plus rester immobile face à des besoins sociaux de base qui sont peu ou mal couverts. Les collectivités sont aujourd’hui confrontées à la recherche de solutions nouvelles pour des besoins qui existaient moins jusqu’ici : se chauffer dans un logement non isolé thermiquement, accéder à Internet, éviter les processus de radicalisation…

Enfin, les territoires observent les changements de comportement des citoyens qui souhaitent de plus en plus s’engager. Être acteurs par leur épargne, leur consommation, leur entrepreneuriat, leur bénévolat, leurs engagements… La multiplication des circuits courts ou le développement des systèmes de partage montrent que les Français ont une vraie capacité d’innovation et sont prêts à utiliser ou participer à ces services.

Face à ce changement de paradigme, certaines collectivités tentent de changer leurs approches en intégrant la problématique de l’innovation sociale dans leurs politiques et leurs outils. Les régions, très engagées sur l’innovation technologique viennent à l’innovation sociale en l’intégrant dans le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) ou en créant, avec la Banque publique d’investissement (BPI) un Fonds Innovation sociale (FISO) qui délivre des avances remboursables. Les incubateurs, les fabriques de projet, les accélérateurs de projet d’entrepreneuriat social se multiplient, comme Alter’incub à Montpellier ou Ronalpia à Lyon.

Pourriez-vous nous citer une réussite de l’innovation sociale dans une collectivité en particulier ?

J’aime l’exemple d’Atis à Bordeaux, soutenu par Bordeaux Métropole, le département de la Gironde et la Région Nouvelle Aquitaine. Atis accompagne l’innovation sociale en ciblant les projets innovants à fort impact social, économiquement pérennes et créateurs d’emplois. Une cinquantaine de projets sont accompagnés chaque année à travers trois programmes : la fabrique à initiatives qui part des besoins sociaux du territoire non satisfaits, l’incubateur d’innovation sociale qui accompagne les entrepreneurs sociaux ayant un projet et le Dispositif local d’accompagnement (DLA) qui soutient le secteur associatif.

Ne craignez-vous pas que les collectivités se sentent dépossédées ? Il est souvent difficile pour les élus locaux de voir d’autres qu’eux mener des missions d’intérêt général…

Il est vrai que les entrepreneurs sociaux se mêlent du bien commun. Ce positionnement peut gêner ici ou là des élus qui ressentent une certaine concurrence sur leur rôle de garants de l’intérêt général ou une dépossession de leurs prérogatives. Ils craignent parfois que les innovateurs sociaux menacent leur poste, expliquant ainsi les résistances de certains exécutifs. Il faut pourtant que la puissance publique ne se sente pas menacée mais bien partenaire de ces acteurs plus rapides et plus agiles. Ce sont ces nouvelles alliances entre les collectivités et des entrepreneurs sociaux qui permettront de faire avancer certains sujets complexes.

Ce positionnement peut gêner ici ou là des élus qui ressentent une certaine concurrence sur leur rôle de garants de l’intérêt général ou une dépossession de leurs prérogatives. Ils craignent parfois que les innovateurs sociaux menacent leur poste, expliquant ainsi les résistances de certains exécutifs.

Pensons aux pôles territoriaux de coopération économique (PTCE) qui inventent une réponse à la mondialisation en développant par la coopération entre entreprises, associations, collectivités, universités, formateurs…une nouvelle économie de proximité, non délocalisable, et plus solidaire. Le petit entrepreneur et le maire sont de plus en plus « dans le même bateau » pour continuer à faire vivre des territoires ruraux, souvent en déshérence.

N’y a-t-il pas un risque de « social washing » ? Quand la Région Occitanie fait de l’innovation sociale sa priorité, elle ne parle pas forcément de la même chose que le Forum de Davos ou la CGT, tout en utilisant pourtant la même expression…

Il est vrai que tous ces acteurs viennent avec une idéologie ou une sensibilité différente à l’innovation sociale. Il peut arriver à certains d’entre eux de faire du « social washing » et d’utiliser l’innovation sociale comme d’autres utilisent le développement durable pour verdir leur entreprise. Certains politiques peuvent aussi s’emparer de l’innovation sociale en ayant seulement en tête un désengagement public à bas coût. Il faut donc rester vigilant.

Mais le véritable enjeu de l’innovation sociale est de faire en sorte que l’État ou les collectivités publiques conservent leur rôle de garants de l’intérêt général tout en changeant leurs méthodes. Les collectivités doivent repérer les innovations sociales qui fonctionnent, les faciliter et leur permettre de changer d’échelle en constituant un écosystème favorable. Un des enjeux, par exemple, est celui d’une relation juridique de qualité entre les territoires et les entrepreneurs sociaux par le biais de la clause sociale de marché. Autre avancée qui doit faire réfléchir : la création de Fondations territoriales ou l’utilisation du statut de Coopératives d’intérêt collectif (SCIC). Il est également indispensable de penser les outils nécessaires à l’évaluation d’impact social. Fait-on mieux ou moins bien quand l’accompagnement de familles en difficulté est fait par une entreprise sociale ou par des agents de la municipalité ?

Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’aujourd’hui aucun acteur, individuellement, n’a plus seul la solution pour résoudre le mal-logement, l’accroissement du nombre de sans-domicile ou l’échec scolaire. Il faut apprendre à coopérer, à s’allier. C’est une révolution culturelle.

Il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’aujourd’hui aucun acteur, individuellement, n’a plus seul la solution pour résoudre le mal-logement, l’accroissement du nombre de sans-domicile ou l’échec scolaire. Il faut apprendre à coopérer, à s’allier. C’est une révolution culturelle.

Comment faire infuser cette culture du dialogue décloisonné parmi les agents territoriaux ?

Lorsque Mathieu Klein, le président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle (PS), souhaite réfléchir aux contrats à impact social, il doit prendre en compte les réactions des travailleurs sociaux, dialoguer avec eux. Ceux-ci peuvent craindre une certaine libéralisation du travail social et une perte de leur autonomie. Il faut respecter ces peurs et les entendre. Elles démontrent qu’il faut débattre, informer, former les agents à ces sujets.

La seule question qui doit cependant véritablement importer aux collectivités est la suivante : est-ce que le travail des entrepreneurs sociaux en collaboration avec les agents territoriaux sera plus efficace auprès des bénéficiaires ? Les citoyens vivront-ils mieux sur le territoire ? C’est cela qui compte vraiment.

La couleur politique d’un exécutif local influence-t-elle le fait de s’engager ou non sur le terrain de entrepreneuriat social ?

Il n’est pas tant question de clivage politicien entre partis que d’une certaine vision sociale et économique. Certains élus auront une vision plus caritative et considèreront l’action sociale d’abord comme une redistribution. D’autres développeront une conception qui entremêle le social et l’économique au service de la compétitivité du territoire. Ils privilégieront les démarches entrepreneuriales. Une commune, un département, une région dans lesquels les habitants sont autonomes, insérés, actifs, est un territoire qui se porte bien. L’innovation sociale n’est pas un supplément d’âme. Elle est en partie l’avenir du pays.

Une commune, un département, une région dans lesquels les habitants sont autonomes, insérés, actifs, est un territoire qui se porte bien. L’innovation sociale n’est pas un supplément d’âme. Elle est en partie l’avenir du pays.

Comment faire avancer le sujet de l’innovation sociale aujourd’hui ?

Chaque grand ministère, chaque grande collectivité pourraient disposer d’un bureau de l’innovation sociale pour faciliter les expérimentations, les évaluer, les dupliquer et inspirer l’action publique. L’esprit français reste souvent cloisonné entre deux mondes et peine à trouver une troisième voie associant privé et public.

Il faut reconnaître que ces sujets ont avancé sous le quinquennat de François Hollande, par le biais de la loi ESS notamment, préparée par Benoît Hamon, et la création d’un ministère dédié à Bercy. Mais de nombreuses avancées, comme la coopérative d’activité et d’emploi (CAE) qui offre une alternative au statut d’auto-entrepreneur reste méconnue, insuffisamment soutenue. On ne sait pas faire changer d’échelle ce qui marche. L’innovation sociale peut être une réponse au besoin croissant de conjuguer flexibilité et protection.

Références

"La Grande Promesse, Inventons la France de demain", La rue de l'échiquier, 2016, 10 euros

Réagir à cet article

Nos offres d'emploi

Plus de 1000 offres d'emploi !

TOUTES LES OFFRES D'EMPLOI

Aujourd'hui sur les clubs experts gazette

Nos services

Prépa concours

CAP

Évènements

Gazette

Formations

Gazette

Commentaires

Hugues Sibille : « La puissance publique ne doit pas se sentir menacée par l’innovation sociale »

Votre e-mail ne sera pas publié

Déjà inscrit(e) ?

Mot de passe oublié ?

Identifiant et/ou mot de passe non valides

Nous n’avons pas reconnu votre email, veuillez indiquer un email valide, utilisé lors de la création de votre compte.

Un message avec vos codes d'accès vous a été envoyé par mail.

Pas encore inscrit(e) ?

Inscrivez-vous pour accéder aux services de LaGazette.fr et à la gestion de vos Newsletters et Alertes.

M'inscrire gratuitement
 
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X