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Spectacle vivant

Pourquoi les centres dramatiques nationaux sont-ils en grand danger ?

Publié le • Par • dans : France

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spectaclevivant © DWP - Fotolia.com

Plusieurs organisations syndicales ont assigné 15 centres dramatiques nationaux devant le Tribunal de grande instance de Paris pour non-respect de l’accord de 2003 sur l’emploi artistique. Pour les directeurs de CDN, l’accord, inapplicable, doit être renégocié de toute urgence.

 

Chiffres-clés

35 centres dramatiques  nationaux  en France

(Source : ministère de la Culture)

Dans les centres dramatiques nationaux (CDN), on aurait aimé commencer autrement 2017, année du 70ème anniversaire de la décentralisation dramatique (1). Subventionnés par l’Etat et les collectivités, les CDN sont considérés comme les précurseurs de la décentralisation culturelle en région. Mais un accord de 2003 sur l’emploi artistique, véritable casse-tête et bombe à retardement, pousse aujourd’hui 15 d’entre eux au bord du gouffre et pourrait ruiner des décennies de travail esthétique en lien avec leur territoire d’implantation. Les 15 CDN en question – ceux d’Aubervilliers, Besançon, Bordeaux, Caen, Dijon, Gennevilliers, Lille, Tourcoing, Marseille, Montpellier, Montreuil, Nancy, Nanterre, Nice, Saint-Etienne, et Valence – ont été assignés devant le Tribunal de grande instance de Paris il y a un peu plus d’un an, en décembre 2015, par cinq organisations syndicales – FNSAC (2)-CGT, SFA (3)-CGT, SNLA (4)-FO, FASAP (5)–FO, SNAPAC (6)-CFDT.

Obligation d’emploi en volume pour les artistes-interprètes

Motif : non-respect de l’accord du 2 décembre 2003 sur l’emploi artistique. Un texte signé entre les organisations d’employeurs et les syndicats et qui concerne uniquement les artistes-interprètes « en activité plateau » (7) et prévoit une obligation d’emploi en volume calculée selon les ratios suivants :

  • 25% du nombre d’heures travaillées par les autres filières (administratives, techniques, communication…), pour 100 mois, en moyenne nationale, sur trois ans, et pour l’ensemble des CDN
  • 40% des heures travaillées pour les coproductions, l’accueil d’artistes (sauf pour les productions et coproductions d’un autre CDN).

Des « sommes incroyables »

Les 5 syndicats plaignants réclament aux 15 CDN incriminés 8,1 millions d’euros (de 126 500 à 896 000 euros, selon les cas), plus 300.000 euros de dommages et intérêts au Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac). A cela s’ajoute une astreinte de 10.000 euros par jour de retard à compter du 30ème jour suivant le jugement ordonnant le respect des quotas prévus par l’accord, réclamée tant aux CDN qu’au Syndeac.

  « Cette assignation a été un choc, s’insurge Madeleine Louarn, présidente du Syndeac. Il s’agit de sommes incroyables pour les CDN, qui pourraient entraîner des dépôts de bilan. Depuis l’assignation, nous avons recherché des solutions négociées. Toutes nos propositions ont été refusées. A plusieurs reprises, nous avons alerté l’Etat, qui est resté silencieux, malgré la gravité de la situation. Nous sommes aujourd’hui dans une impasse, alors que nous considérons l’emploi artistique comme essentiel, dans les CDN et dans l’ensemble de la profession.»

 

Des « ruches » sur les territoires

Si le Syndeac interpelle en première intention l’Etat, il compte, dans un deuxième temps, tenter de mobiliser les collectivités locales concernées. La cause de l’emploi artistique et la perspective d’un arrêt des productions et des activités de médiation auprès du public ne devraient pas laisser indifférentes.

Quant aux régions, « nous voudrions maintenant, qu’elles abordent cette question par leurs compétences en matière de formation et de professionnalisation, sans nous orienter d’emblée vers leur pôle culture », précise Jean Boillot, directeur du CDN de Thionville.

Permanence de l’emploi artistique

«Il n’y a pas un directeur de CDN qui ne se pose pas la question de l’emploi artistique, plaide Arnaud Meunier, directeur de la Comédie de Saint-Etienne. Mais raisonner en volume revient à mettre en concurrence différentes catégories de salariés, ce qui est insupportable. L’accord de 2003 est vétuste et absurde. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans une logique d’emploi permanent, mais de permanence de l’emploi. Nous sommes d’autant plus attachés à l’emploi artistique dans nos maisons, qu’il n’y a plus de troupes attachées. »

CDN de Nice - Côte d'Azur,  ©Simon TravelEden via Flickr CC BY 2.0

CDN de Nice – Côte d’Azur, ©Simon TravelEden via Flickr CC BY 2.0

Partage de l’outil » artistique

Les directeurs de CDN concernés par l’assignation s’accordent pour pointer un hiatus, entre, d’une part, la logique des contrats de décentralisation, que chacun d’entre eux signe avec l’Etat et qui prévoit un « partage de l’outil » artistique, et d’autre part, l’accord de 2003, qui favorise les productions internes.

A cela s’ajoute les évolutions des écritures dramatiques contemporaines, qui se traduisent par des distributions numériquement moins importantes.

Dans le courrier qu’elle a envoyé Rue de Valois, le 6 janvier 2017, Madeleine Louarn demande notamment une modification des termes des contrats de décentralisation « pour les rendre compatibles » avec les dispositions de l’accord de 2003. Et de solliciter « de toute urgence », un rendez-vous à la ministre de la Culture, Audrey Azoulay.

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    Notes

    Note 01 - Le premier label « centre dramatique national » a été attribué en 1947, à la Comédie de l’Est, à Colmar. - Retourner au texte

    Note 02 - Fédération nationale des syndicats du spectacle de l'audiovisuel et de l'action culturelle - Retourner au texte

    Note 03 - Syndicat français des artistes-interprètes - Retourner au texte

    Note 04 - Syndicat national libre des artistes - Retourner au texte

    Note 05 - Fédération des Arts, du Spectacle, de l'Audiovisuel et de la Presse - Retourner au texte

    Note 06 - Syndicat national des artistes et des professionnels de l'animation, du sport et de la culture - Retourner au texte

    Note 07 - par opposition aux autres activités salariées des artistes-interprètes (médiation…), aux autres emplois artistiques (metteurs en scène, chorégraphe, musiciens…), aux techniciens de création (costumiers, décorateur…) et aux activités du directeur en tant qu’artiste-interprète - Retourner au texte

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