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Bilan du quinquennat

«Le quinquennat Hollande manque de ligne directrice en matière de culture»

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

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Mariette SIbertin-Blanc UNE © Mariette Sibertin-Blanc

Mariette Sibertin-Blanc est maître de conférence en aménagement et urbanisme à l'Université Toulouse-Jean Jaurès. Ses travaux au sein du Laboratoire interdisciplinaire Solidarités, Sociétés et Territoires portent notamment sur les politiques culturelles territoriales. La Gazette lui a demandé ce qu'il fallait retenir du quinquennat de François Hollande.

 

 

Selon vous, quel est l’impact majeur du quinquennat de François Hollande sur les politiques culturelles territoriales ?

Les lois NOTRe (1) et MAPTAM (2) constituent la réforme de François Hollande qui a le plus d’impact concret sur les politiques culturelles territoriales. Loin devant la loi sur la liberté de création, l’architecture et le patrimoine [loi du 7 juillet 2016, dite loi CAP, ndlr], dont on ne peut saisir encore les effets. Actuellement, c’est la réforme territoriale qui occupe la plus grande place dans les débats et les préoccupations des professionnels, au moins sur les territoires ruraux et hors métropole, pour la simple raison qu’elle entraîne une reconfiguration du système d’action des collectivités et des acteurs culturels et artistiques. L’élargissement des périmètres, la montée en puissance des compétences, l’obligation de la compétence tourisme communautaire : tout converge vers une meilleure prise en considération du secteur de la culture parmi l’action territoriale.

Bibliothèque intercommunale de la communauté de communes de Felletin-Aubusson  (Creuse-Grand Sud), ©hg CC BY 2.0

Bibliothèque intercommunale de la communauté de communes de Felletin-Aubusson (Creuse-Grand Sud), ©hg CC BY 2.0

Que faut-il mettre à l’actif du quinquennat « Hollande » en matière de culture ?

Il est impossible de passer sous silence la réorganisation des temps scolaires et périscolaires, qui a entraîné une réflexion sur l’éducation artistique et culturelle (EAC) et un développement des activités qui en découlent. N’oublions pas le plan national en faveur de l’EAC !

Autre élément d’importance : la culture a été réaffirmée par la loi NOTRe comme une compétence partagée entre collectivités. Enfin, il convient de souligner le sauvetage du régime d’assurance-chômage des intermittents du spectacle . Ce qui n’était pas gagné d’avance ! L’accord intervenu entre les partenaires sociaux en 2016 est important pour la vie culturelle.

 

Leçon de guitare, CCO

Leçon de guitare, CCO

Que mettriez-vous en premier au passif du quinquennat ?

Je pense d’abord à la fragilisation des budgets culturels, par la baisse des dotations de l’Etat aux collectivités.  Sans aucun doute, c’est ce qui a eu le plus fort impact négatif sur les politiques culturelles pendant ces cinq années. Là encore, on peut dire qu’aujourd’hui, l’impact est bien plus fort que celui de la loi CAP. Avec le risque de compromettre les fondamentaux des politiques locales : éducation artistique et culturelle, lecture publique,  création… Bref, ce qui favorise les émotions, la curiosité, l’ouverture au monde !

 

Vous semblez faire peu de cas de la loi du 7 juillet 2016 sur la liberté de création, l’architecture et le patrimoine. Elle couvre pourtant presque tout le champ culturel, elle a occupé trois ministres et constitué un véritable feuilleton parlementaire pendant un an…

Justement, cela explique le côté « fourre-tout » de cette loi – allant jusqu’au conseil en énergie par les CAUE ! – qui n’a pas de ligne directrice et ne porte pas de message clair. C’est d’ailleurs le reproche global que l’on peut faire à ce quinquennat en matière de culture: l’absence de ligne directrice. Et ce, malgré certaines initiatives intéressantes telles que la convention d’objectifs en faveur des quartiers populaires (3).

Comment appréciez-vous la reconnaissance des droits culturels, inscrits dans la loi NOTRe et repris dans la définition des objectifs des politiques publiques dans la loi CAP ?

C’est quelque chose de très fort. Mais n’oublions pas que que les droits culturels correspondent à un chantier porté par des acteurs de terrain, des militants (élus, acteurs culturels) qui ont contribué à faire évoluer les référentiels de l’action culturelle – par exemple grâce à l’Agenda 21 de la culture. D’ailleurs, comme sur d’autres sujets, le ministère n’a pas vraiment porté de message fort sur les droits culturels et la diversité culturelle. Son discours est notamment brouillé par le flou qui plane sur la notion d’identité.

Les locataires successifs de la Rue de Valois ont beaucoup parlé de la dimension économique de la culture. Faut-il y voir l’amorce d’un tournant dans l’appréhension des politiques culturelles ?

C’est effectivement une tendance, y compris au niveau des collectivités. Dans certaines villes, on voit s’opérer un rapprochement entre des équipements culturels et le monde de l’entreprise. Par exemple, à Toulouse, ville que je connais bien, le Quai des savoirs, équipement de culture scientifique, s’attache à développer le lien entre la ville et les acteurs économiques. Au niveau ministériel, les Rencontres du tourisme culturel organisées le 16 décembre sont emblématiques de ce glissement vers l’économie : les acteurs économiques y sont très présents, probablement au détriment des représentants du monde de l’art et de la culture.

Mais cette évolution ne vient pas d’une impulsion qui serait donnée exclusivement par le Ministère de la culture. Il s’agit d’un mouvement plus global, à l’échelle européenne. L’Union européenne porte un discours très fort sur le développement des industries culturelles. Son programme Europe Creative (4) en est une illustration très claire. Le ministère de la Culture n’a fait que s’ajuster à cette conception, qui, dans les pays anglo-saxons, remonte à bien plus loin que les années 2012-2017.

L'art dans le jeu vidéo, Musée d'art ludique, Paris, ©Jean-Pierre Dalbera CC BY 2.0

L’art dans le jeu vidéo, Musée d’art ludique, Paris, ©Jean-Pierre Dalbera CC BY 2.0

Faut-il s’inquiéter de cette évolution ?

A ce stade, je ne fais qu’un constat. On peut certes y voir une opportunité pour motiver les élus en faveur de la culture et sauver les budgets qui, autrement, pourraient être menacés. Cependant, toute la question est de savoir si la préoccupation économique ne finit pas par prendre le pas sur la dimension artistique et culturelle, voire sur les enjeux sociaux et sociétaux.

Par ailleurs, tout dépend du niveau de développement culturel du territoire concerné. Dans une ville déjà bien dotée, la vision économique peut être complémentaire et ne pas remettre en cause la politique déjà conduite, parce que les institutions culturelles y sont suffisamment fortes, les acteurs culturels suffisamment solides. En revanche, dans certaines villes ou dans les territoires ruraux, faire de la culture un axe du développement touristique peut risquer de compromettre les fondamentaux des politiques culturelles locales : l’éducation artistique et culturelle, le développement de la lecture publique ou de la création.

Albi, dont la Cité épiscopale est classée au patrimoine mondial, CC0

Albi, dont la Cité épiscopale est classée au patrimoine mondial, CC0

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Thèmes abordés Politiques culturelles

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