[Billet]Qualité de l'air

Pourquoi l’épisode actuel de pollution de l’air peut être une bonne chose

| Mis à jour le 12/12/2016
Par • Club : Club Techni.Cités

CC by alber_hernandez

Depuis quelques jours, plusieurs villes françaises sont confrontées à des pics de pollution de l'air. L'occasion de constater que les collectivités concernées, qui cherchent à lutter contre ces phénomènes récurrents et à trouver des mesures pour réduire l'impact sur la santé de leurs habitants, n'ont pas toujours la main. Mais aussi de faire comprendre à l'opinion publique que nos habitudes doivent changer.

C’est dans ces moments de crise, où l’horizon urbain se trouble, les gorges se mettent à piquer et les restrictions de circulation nous obligent à changer nos habitudes de vie, que l’on commence à s’intéresser au sujet de la pollution de l’air, au delà du cercle habituel des experts.

D’ailleurs, peut-être devrait-on remercier les conditions anticycloniques (1) qui bloquent actuellement au niveau du sol les polluants émis par diverses formes d’activités humaines (chauffage et trafic routier), et nous confrontent à l’impact de nos modes de vie. Car il ne s’agit pas là d’un problème qui se limite à la Capitale, mais à de nombreux territoires urbains – Lyon, Grenoble, Valenciennes, Rouen, Avignon, … – ainsi qu’à des zones plus rurales comme la vallée de l’Arve, où la pollution se retrouve bloquée et ne peut être chassée au quatre vents.

La circulation alternée au centre des débats

La période de pollution hivernale que nous observons est la plus importante jamais observée au cours des dix dernières années. Rappelons néanmoins que des épisodes sévères se produisent régulièrement ; on les observe très souvent en décembre et au printemps (cela a été le cas aux printemps 2014 et 2015). Ils constituent l’un des aspects les plus visibles des problèmes liés à la qualité de l’air, que nous abordons régulièrement dans le Club Techni.Cités.

Malheureusement, les collectivités n’ont pas totalement la main pour lutter contre la pollution de l’air ; elles doivent faire des pieds et des mains pour que l’Etat prenne localement, par décision des préfectures, des mesures qui permettent d’agir véritablement sur les émissions de polluants, afin de passer ces périodes critiques. Il s’agit alors d’imposer des contraintes aux industriels, à la profession agricole (les épandages agricoles étant responsables d’une importante et méconnue pollution de l’air, même si ces épandages sont limités dans le temps) mais aussi au trafic routier.

Sur ce dernier point, cela concerne la circulation alternée, une mesure qui fait couler beaucoup d’encre actuellement. Bien évidemment, elle n’est pas idéale : elle est censée supprimée une partie de la circulation en fonction du seul critère des numéraux des plaques. Elle constitue l’un des rares moyens d’action sur le trafic routier, même si tous les automobilistes ne jouent pas le jeu et qu’il faudrait sans doute plus de forces de police pour faire respecter la mesure. Mais ce dispositif a le grand mérite d’envoyer un signal fort aux automobilistes et de les préparer à une restriction de la place de la voiture en ville.

Il est certain que l’arrivée prochaine des certificats de qualité de l’air des véhicules « Crit’Air » (lire notre décryptage) améliorera considérablement la lutte contre la pollution de l’air. Elle permettra par exemple à la ville de Paris de bannir progressivement les voitures et deux-roues polluants, et de prolonger son action très volontaire sur le sujet, avec notamment l’interdiction des véhicules diesel polluants annoncée en juillet dernier.

certificats

Plus largement, ce sont les territoires couverts par un plan de protection de l’atmosphère (PPA) qui pourront mettre en place des zones de restriction de circulation en s’appuyant sur ces certificats. La métropole de Grenoble sera l’une des premières à utiliser les certificats « Crit »Air », après avoir pris la décision courageuse de faire passer la vitesse maximale à 30km/h au 1er janvier 2016, pour aller également vers des mobilités plus douces et moins polluantes. D’autres collectivités comme Strasbourg sont aussi en train d’étudier la mise en place de ces certificats.

Signalons également que les 25 collectivités à avoir été sélectionnées dans le cadre de l’appel à projets « Villes respirables en 5 ans », lancé par le ministère de l’Environnement en juin 2015, se sont engagées à le faire de manière pérenne ou à l’occasion des pics de pollution.

La réglementation évolue

Dernièrement, trois arrêtés sont venus renforcer les dispositifs existant pour la gestion des pics de pollution (retrouvez ici le décryptage de ces nouveaux textes réglementaires). Cela permet un déclenchement plus rapide des procédures, sur simples prévisions, et cela renforce le rôle des collectivités qui participent désormais au comité d’experts chargé d’identifier les mesures d’urgence à prendre.

L’arrêté interministériel du 27 août 2016 propose une vingtaine de mesures réglementaires concernant quatre secteurs (transports, tertiaire et résidentiel, agricole et industriel) pour enrayer la pollution, qui présentent une efficacité limitée.

Le plus important : la pollution de fond

Mais il faut souligner que les épisodes de pics ne constituent que la partie visible – pour le grand public – du problème de la pollution de l’air. Car c’est bien la pollution de fond qui constitue le principal problème. Sylvia Médina, qui est épidémiologiste et coordinatrice de l’équipe « air et santé » à Santé publique France, ne dit pas autre chose dans une interview récente à La Gazette des communes, elle qui a a étudié le poids de la pollution de l’air sur la mortalité en France. « L’effet des pics de pollution sur la mortalité est marginal. […] La majeure partie des impacts de la pollution atmosphérique sur la santé résulte surtout d’une exposition au jour le jour, à long terme, à des niveaux inférieurs aux seuils réglementaires ».

Mais la scientifique ne souhaite pas pour autant que soient négligée la gestion des pics de pollution : « les procédures d’alerte sont utiles car elles permettent de sensibiliser la population et de mobiliser les autorités afin qu’elles prennent des mesures pour améliorer la qualité de l’air et protéger les populations les plus sensibles », rappelle t-elle.

Ségolène Royal annonce de nouvelles mesures

La ministre de l’Environnement a fait une longue communication lors du conseil des ministres du samedi 10 décembre. La plupart des mesures présentées existaient déjà, mais quelques points nouveaux sont à signaler, notamment l’extension de la prime à la conversion (qui permet, depuis avril 2015, de bénéficier d’une aide allant jusqu’à 10 000 euros pour l’achat d’un véhicule électrique, en contrepartie de la mise au rebut d’un vieux véhicule diesel) aux véhicules utilitaires légers à compter de 2017. Les professionnels auront donc le même avantage que les particuliers.

Ségolène Royal a également reparlé des certificats de qualité de l’air pour les véhicules (« Crit’air »), en soulignant  que les élus et les préfets « pourront les rendre obligatoires dans les zones couvertes par un plan de protection de l’atmosphère et dans les futures zones à circulation restreinte ». Officiellement, donc, rien de neuf, mais cette annonce pourrait inciter les collectivités et les préfectures à aller vers une utilisation plus importantes de ces pastilles, qui seront obligatoires dans les zones à circulation restreinte (ZCR). Onze villes – dont Paris et Grenoble – en ont le projet, selon le journal Le Monde.

Concernant la conversion des flottes de véhicule, la ministre a rappelé que les achats de nouveaux véhicules devront comprendre une part minimum de véhicules propres de 20% pour les collectivités et de 50% pour le privé ; les décrets de mise en œuvre de cette mesure seront publiés la semaine du 19 décembre, pour une application dès le 1er janvier 2017.

Enfin, début 2017, un programme de 75 millions d’euros sera lancé « pour appuyer le déploiement de solutions de chauffage plus propres chez les personnes en situation de précarité énergétique », a indiqué la ministre.

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