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Police municipale

« Plutôt que de faire évoluer l’équipement, l’urgence est le recueil du renseignement de proximité »

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : Actu prévention sécurité, France

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MUCCHIELLI © C. Almodovar

Réagissant à l’autorisation donnée aux policiers municipaux de s’équiper de pistolets semi-automatiques de 9mm, le sociologue et directeur de recherche au CNRS Laurent Mucchielli déplore «une course à l’armement» et estime urgent «de définir une doctrine de proximité et, au regard de la menace terroriste, de comprendre l’importance cruciale du recueil des renseignements de proximité».

 

Un décret du 29 novembre donne la possibilité aux policiers municipaux de s’équiper en pistolet semi-automatique de calibre 9mm, arme traditionnellement dévolue à la police nationale. Que vous inspire cette nouvelle possibilité d’armement ?

Parlons franchement : nous assistons depuis des mois à une véritable course à l’armement, cautionnée à la fois par les syndicats et par le gouvernement. Depuis les attentats de janvier 2015, le ministère de l’Intérieur satisfait à peu près toutes les revendications sécuritaires des uns et des autres. Rappelons le décret d’avril 2015 mettant à disposition des policiers municipaux d’anciennes armes de la police nationale, la circulaire de juillet 2016 incitant les préfets à répondre favorablement aux demandes d’armement des polices municipales, l’annonce en décembre que l’État allait cofinancer l’équipement des polices municipales en gilets pare-balles (inscrivant cette dépense dans le Fonds Interministériel de Prévention de la Délinquance !), puis la loi du 22 mars 2016 autorisant les agents de police municipale à constater des infractions dans les transports en commun et enfin celle du 22 juillet 2016 prolongeant l’état d’urgence qui a considérablement assoupli les conditions dans lesquelles les agents de police municipale peuvent être autorisés par les préfets à porter une arme à feu. Cela semble sans fin. Bientôt ce seront les ASVP qui réclameront à leur tour des armes.

Les syndicats de police municipale saluent cette mesure qui correspond, selon eux, à un besoin au regard des « cibles » potentielles que les policiers municipaux représentent. Que leur répondez-vous ?

J’essaye depuis longtemps d’expliquer qu’il est puéril de croire 1) que l’arme est ce qui donne de l’autorité au policier dans son travail de voie publique, 2) qu’elle protège des terroristes, 3) que les policiers municipaux doivent chercher à ressembler au maximum aux nationaux. Je rappelle aussi que les plus forts taux de progression dans l’armement des policiers municipaux ces dernières années concernent les pistolets type Flash-Ball dont la dangerosité est aujourd’hui reconnue tant par l’IGPN que par le Défenseur des droits et qui, de fait, ne sont quasiment jamais utilisés par les municipaux. Mais comme il n’y a pas de véritable diagnostic sur les menaces ni de véritable réflexion sur les doctrines d’emploi, les idées simples gagnent forcément. De plus, le gouvernement cautionne les discours les plus sécuritaires à travers la commission consultative des polices municipales dont il a laissé la présidence à Christian Estrosi et depuis le 29 novembre à François Grosdidier, deux maires qui incarnent jusqu’à la caricature les postures sécuritaires locales.

Ne pensez-vous pas nécessaire de faire évoluer la doctrine d’emploi des policiers municipaux au regard de la menace terroriste et de leur présence physique dans les rues ?

Pour faire évoluer une doctrine d’emploi, encore faudrait-il qu’elle existe ! La plupart des polices municipales se disent « police de proximité », mais personne ne sait ce que c’est. Beaucoup s’imaginent que la proximité réside dans le fait d’être au maximum « dans la rue », ce qui est faux. On peut passer ses journées entières à patrouiller dans les rues sans jamais faire de la police de proximité. D’abord parce qu’on patrouille enfermé dans sa voiture, ensuite parce que l’on a aucune stratégie précise en ce qui concerne les relations avec la population. L’urgence serait pourtant de définir cette doctrine de proximité et, au regard de la menace terroriste, de comprendre l’importance cruciale du recueil des renseignements de proximité. Regardez le monstrueux attentat de Nice. On a d’abord prétendu faire face à une « radicalisation ultra-rapide », avant que l’enquête ne révèle que le tueur s’était longuement préparé et que plusieurs personnes dans son entourage et son voisinage avaient constaté son changement d’attitude. Mais la police locale n’était pas au courant. Voilà le drame et la leçon qu’il faudrait tirer. Plutôt que de se préoccuper de savoir quel type d’équipement on va porter, l’urgence serait de s’organiser pour recueillir un maximum de renseignements de proximité. Cela vaut déjà pour les policiers nationaux, et plus encore pour les municipaux.

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