Aménagement numérique du territoire

« Le Grand Paris peut devenir un géant mondial de la donnée »

| Mis à jour le 08/02/2017
Par • Club : Club Techni.Cités

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L'infrastructure du Grand Paris Express ne sera pas qu'un métro. Les travaux sont l'occasion, pour la Société du grand Paris, de déployer un réseau très haut débit de première importance pour toute l'Ile-de-France. Pour une large part, les usages restent à imaginer. Jérôme Coutant, responsable numérique à la Société du Grand Paris est chargé de construire cette stratégie, avec les acteurs du territoire. Interview.

Quelle place occupe le numérique dans la stratégie de la société du Grand Paris ?

Le numérique est partout dans le projet du Grand Paris Express, mais mon périmètre couvre ce qui concerne l’expérience voyageurs avec le numérique. Notre intention, c’est d’installer de la téléphonie mobile et du wifi de bout en bout, y compris dans les trains. De sorte qu’il n’y ait pas de rupture entre la vie numérique des voyageurs chez eux et leur parcours dans le métro. En arrivant dans une gare du Grand Paris Express, ils pourront basculer sur le wifi, comme ils le font en rentrant chez eux. Mais nous voulons aller plus loin et proposer aux voyageurs des contenus et services conçus pour le voyage dans le métro. Il y a beaucoup de services à créer dans tout ce qui touche au partage de services dans le métro, à l’information thématique personnalisée, par exemple dans le domaine culturel, sportif, événementiel. Un autre domaine où nous voulons susciter de la créativité, c’est sur le lien avec les territoires, leur histoire, leur patrimoine, leurs projets. Le potentiel de découverte de ces territoires est considérable, certaines startups comme EnlargeYourParis font déjà un travail incroyable. C’est aux développeurs d’imaginer ces services dans une démarche d’innovation ouverte et en interaction avec les voyageurs.

Nous comptons surtout proposer aux voyageurs des contenus et services conçus pour le voyage dans le métro. Il faut les imaginer, avec des développeurs, dans une démarche d’innovation ouverte. Nous pensons que l’intelligence, aujourd’hui, c’est mettre en connexion les gens, ceux qui sont capables de produire de nouveaux services, mais aussi les voyageurs qui peuvent, par le partage de leurs données, contribuer à inventer de nouveaux services, et de nouvelles interactions.

Comment choisissez-vous vos axes de développement ?

Nous nous fondons sur la consultation que nous avons lancée il y a trois ans, et qui avait recueilli 170 contributions de tous les acteurs, pas seulement numériques. Notre projet est co-construit, dans un processus d’intelligence collaborative, avec les futurs opérateurs de ces réseaux, avec des entreprises, des startups, des étudiants… Ainsi, quatre étudiants de l’Epita ont imaginé un service d’information sur les chantiers pour les riverains sous forme d’app mobile et nous allons l’expérimenter sur le premier gros chantier de gare à Fort d’Issy : en partant des plannings de travaux et en captant des données sur les chantiers, l’app « météo des chantiers » renseignera les riverains à la fois sur la vie et l’activité culturelle autour du chantier, mais aussi sur les tendances des prochains jours, par exemple en matière de bruit, et sur la mesure réelle de ces paramètres (bruit, poussières, etc.). C’est un bon exemple de ce qu’est l’innovation ouverte : nous offrons un terrain d’expérimentation, pour que les innovateurs s’en saisissent. Mon rôle est de créer les conditions pour que ce processus se déploie, notamment à travers la mise à disposition des données.

Justement quelles places occupent les données dans votre projet ?

Nous voulons être la première infrastructure publique native open data, c’est-à-dire que dès la phase de conception, nous ouvrons nos données sur data.gouv.fr. Le premier jeu de données que nous avons publié, ce sont les temps de parcours prévisionnels. Immédiatement, citymapper s’en est saisi, en les intégrant dans son app et en indiquant les gains de temps futurs pour les Franciliens. Autre exemple, nous préparons la publication du résultat des milliers de sondages géologiques réalisés pour concevoir les premiers tronçons, également l’inventaire des données écologiques le long du fuseau du grand Paris Express et le relevé des mesures acoustiques avant les chantiers, ou encore les maquettes 3D de l’intérieur des gares.

La suite est encore plus prometteuse : le Grand Paris Express accueillera entre 700 millions et un milliard de voyageurs par an, dont une partie arrivera par Roissy ou Orly. Or la valeur des données dépend de la masse critique et des flux. Comparé aux grands hubs aéroportuaires internationaux qui ont une stratégie big data, comme Dubaï et Atlanta, le Grand Paris peut devenir un géant mondial de la donnée car c’est un territoire beaucoup plus vaste qu’un aéroport et il est irrigué par un métro ultra connecté. Nous voyons là un enjeu d’attractivité et d’innovation locale. Nous discutons aussi de ce sujet avec les collectivités, mais c’est un sujet émergent : l’idée c’est que le projet numérique de la SGP peut faciliter la réflexion sur la ville intelligente. Nous disons : vous avez un projet de ville intelligente, nous avons une infrastructure de mutualisation, un « commun ».

En quoi consiste votre infrastructure numérique, comment allez-vous vous positionner par rapport aux réseaux existants ?

Pour fournir un accès internet mobile de qualité, il faut un réseau de fibres optiques. Mais l’un des grands enseignements de la consultation des acteurs du Grand Paris, opérateurs, entreprises ou collectivités, c’est qu’ils nous ont demandé de façon unanime de déployer des fourreaux en quantité très importante, pour se projeter sur un siècle. Les premiers câbles seront posés lors de la construction du métro, avec la possibilité, pour le gestionnaire de ce réseau, de déployer pendant des décennies des câbles de fibre optique pour répondre aux besoins exponentiels.

Ce réseau interagira avec le territoire, car nous allons le faire émerger à chaque gare et à chaque puits de sécurité, tous les 800 mètres. Ce réseau peut être un bel outil d’attractivité du territoire car il apporte de la puissance numérique, même si ce n’est, schématiquement, qu’une rocade. C’est aussi un réseau très sécurisé, totalement résilient. A l’horizon du 21ème siècle, il saura répondre aux besoins exponentiels d’échanges de données et de sécurité des réseaux existants.

Avez-vous mesuré l’apport de votre réseau sur la couverture numérique du territoire ?

Nous envisageons notre réseau comme une ressource mutualisée, à la disposition des opérateurs ou des collectivités. A eux de saisir cette opportunité. Le réseau de fibres optiques de la SGP, par ses caractéristiques que je viens de décrire, ne se substitue à aucun autre. C’est le complément souterrain des réseaux qui existent déjà, qu’il s’agisse de celui de la RATP qui suit les lignes du métro parisien, ou des réseaux mis en place sur la première couronne par le Sipperec, ou de ceux déployés par les grands opérateurs dans tous les immeubles résidentiels.

Votre stratégie aborde aussi l’hypothèse d’une activité autour des datacenters. Quelles sont vos intentions ?

Lors de la grande consultation dont je parlais, nous avons posé la question de la pertinence de valoriser les espaces vacants du métro en installant des petits datacenters. Certains acteurs ont répondu que l’avenir était à de grands datacenters distants. D’autres ont dit exactement l’inverse, et notamment des collectivités et des acteurs innovants. Nous avons donc décidé de tester le modèle. Nous avons identifié une vingtaine d’espaces, par exemple des puits pour descendre les tunneliers. Calculer les coûts d’investissement est simple. Le le plus difficile, c’est le modèle économique de ces ouvrages dans 10 ou 20 ans. Mais il y a des tendances de fond : la transformation numérique de l’économie s’accélère, le raccordement des PME et des TPE à la fibre optique leur permet d’externaliser leur informatique pour profiter de l’effet mutualisation, la production de données qu’il faut héberger et traiter est en croissance exponentielle. Il y a aussi les questions de sécurité qui pèsent de plus en plus, les enjeux de souveraineté numérique, etc. Nous observons que des datacenters d’avantage respectueux de l’environnement, moins gourmands en énergie et où celle-ci est recyclée, sont un organe vital de l’économie et que leur proximité peut présenter des avantages.

En quoi les collectivités sont-elles concernées ?

Elles le sont doublement : en tant qu’équipement, mais aussi pour les données qu’elles produisent et qu’elles commencent à traiter pour mieux connaître les besoins de leurs usagers. Les collectivités elles-mêmes parlent de plus en plus de « service public de la donnée ». Les datacenters sont un élément de la ville intelligente et durable. Mais je le répète, nous n’avons pas de certitude sur ces trajectoires. C’est pourquoi nous expérimentons et appelons les collectivités à explorer ce sujet avec nous. Nous réfléchissons notamment à l’insertion douce de ces datacenters, pour en faire de véritables centrales de services urbains innovants comme de faciliter la mise en place de serres urbaines et faire émerger un circuit court, ce qui peut d’ailleurs créer des emplois locaux de réinsertion. Ce qui est certain, c’est que les 68 gares du Grand Paris Express seront de nouveaux pôles de centralité pour les villes. Un réseau de datacenters locaux pourrait être un élément fort d’attractivité territoriale et un atout vis-à-vis des aménageurs et des investisseurs.

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