En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X
Déposez votre CV Fournisseurs du secteur public

Logo Gazette.fr

 

Réagir

Hébergement d'urgence

Des retards à l’allumage pour le Plan Hiver

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

0

Commentaire

Réagir

Précarité, SDF, pauvreté © Fotolia

A peine les migrants de Calais répartis, voici que les pèlerins des services déconcentrés de l’Etat ont dû reprendre leur bâton de pèlerin pour aller à la recherche de places à mobiliser pour l’hébergement d’urgence hivernal des plus précaires. Sur le terrain, élus et acteurs locaux réaffirment l’insuffisance des moyens et avouent que la mobilisation autour des Centre d’accueil et d’orientation a retardé le Plan Hiver.

 

La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion (Fnars) a voulu sonner l’alarme en réalisant une enquête flash auprès de plusieurs samus sociaux en appelant le « 115 » sur la journée du 7 novembre. Résultat : cette nuit-là, 32 mineurs en Seine-Saint-Denis ont dormi dehors, ainsi que 590 personnes en famille à Paris, 115 à Lille, 44 à Toulouse. Parmi les départements les plus tendus : les Alpes-Maritimes, le Rhône, la Seine-Saint-Denis ou l’Isère. « Le plan hiver est censé démarrer le 1er novembre. Or, sur une grande partie du territoire, les places d’hébergement d’urgence hivernal ne sont pas ouvertes, ni même identifiées », prévient Florent Gueguen, directeur général de la Fnars. Le ministère du Logement assure pourtant que 122 879 places ont été ouvertes au 13 novembre (contre 118 650 durant l’hiver précédent).

Insuffisance chronique des moyens

Sur le terrain, les acteurs s’accordent sur le retard pris, et l’insuffisance des moyens mis en œuvre face à la très forte demande. « On sait qu’il y aura des gens dans la rue malgré l’ouverture de places supplémentaires » concède Alain Denoyelle, maire-adjoint à l’action sociale de Grenoble, et conseiller communautaire au sein de la métropole grenobloise.

« L’Etat manque d’argent pour créer de nouvelles places, même pour financer des travaux. Nous avons proposé pour l’hébergement hivernal une maison à proximité de Grenoble, mais l’Etat n’a pas souhaité prendre en charge les frais de réparation des fuites d’eau. » Aux 800 places pérennes et occupées en Isère s’ajouteront bientôt 320 places pour la période hivernale. Largement insuffisant selon l’édile. « Nous savons que seuls 1 à 2% des appels au 115 aboutissent sur une solution. »

Même constat à Toulouse, qui résorbe encore la situation des Roms du campement de Montraudran, évacué cet été, ou à Lyon. Selon le responsable de la Maison de veille sociale du Rhône, Michel Pillot, qui travaille dans cette plateforme gérant l’hébergement d’urgence cofinancée par l’Etat, la Métropole du Grand Lyon et le département, le 115 a reçu 2 000 appels ces deux dernières semaines. Et ce, alors même que le nombre de places d’hébergement d’urgence (déjà occupées) s’élève à 3 000 dans le département, auxquelles s’ajouteront bientôt, à partir de mi-décembre, 790 places dans le cadre du plan Hiver (contre 1 080 l’année précédente).

Migrants et sans abris – une concurrence des précarités ?

Le concept a été mis en avant dès l’automne 2015, lorsque la France prenait ses engagements européens pour l’accueil de 30 000 réfugiés supplémentaires. A l’époque, le directeur de la Fnars avait déjà alerté sur le danger d’oublier les sans-abris. Aujourd’hui, il réfute l’idée de la concurrence des publics :

Il est malsain de dire qu’on a plus de chances d’avoir un hébergement d’urgence quand on vient d’un campement parisien, que quand on appelle le 115. Les choses sont plus complexes que cela.

Il affirme néanmoins que la mobilisation autour des Centres d’accueil et d’orientation (CAO) pour les migrants de Calais a retardé la mise en place du plan Hiver.

Michel Pillot acquiesce :

La question des CAO a occupé une telle place, a pompé une telle énergie, que ce soit au niveau de l’Etat ou des collectivités, qu’elle a entraîné un retard au démarrage du renfort hivernal. Elle a perturbé également la prise en charge des demandeurs d’asile primo-arrivants, qui sont dans la rue.

Mais l’on ne peut, selon lui, parler de concurrence des publics. « Il n’y a pas de concurrence », assure Yves Dareau, secrétaire général adjoint à la préfecture de l’Isère. « Le travail sur les migrants a été mené par la préfecture et le plan hivernal par la Direction départementale de la cohésion sociale. Pour les migrants, nous avons mobilisé, par exemple, un centre de vacances EDF à Saint-Hilaire-du-Rosier, qui n’aurait pas pu être affecté à la veille hivernale, car trop isolé. »

S’il dénonce l’idée d’une concurrence entre catégories de précaires, le maire-adjoint aux politiques de solidarité à Toulouse, Daniel Rougé, avoue qu’il peut y avoir des inégalités de traitement. A titre d’exemple, au sein du pavillon Junod du CHU de Toulouse, disposant de 102 places d’hébergement d’urgence, 30 ont été dédiées à l’accueil de migrants. « Les places en CAO sont ouvertes toutes la journée, alors que celles du 115 ne le sont que la nuit. L’égalité de traitement n’est pas évidente. C’est pour cela que nous essayons d’organiser un accueil à la semaine », témoigne-t-il.

 Une coordination nécessaire entre le 115 et les CAO

Que ce soit le ministère du logement, la Fnars ou les acteurs locaux, tous s’accordent pour dire qu’une coordination des deux dispositifs est nécessaire. Les CAO ne font en effet pas tous le plein. Leur public, composé majoritairement de demandeurs d’asile, est censé repartir vers des hébergements dédiés. Ainsi, faudrait-il que les places vacantes puissent être mobilisées pour les sans-abris. N’y a-t-il pas de risques d’un mélange inapproprié des publics ?

« Ils se mélangent déjà dans la réalité. 40% des appelants du 115 sont des extra-communautaires. L’Etat travaille avec des catégories cloisonnées qui ne correspondent pas toujours à la complexité du réel », remarque Florent Gueguen. Dans l’attente d’une coordination des deux dispositifs pour fluidifier la sortie de l’hébergement d’urgence vers des solutions plus pérennes, les acteurs locaux regardent avec attention le thermomètre. Et espèrent que les températures restent clémentes avant l’ouverture de places d’hébergement en nombre suffisant.

 

 

Haut de page

0

Commentaire

Réagir
Publicité
Publicité

Télécharger
l'appli!

En savoir plus

Formations d’experts

Mots-clés

Thèmes abordés LogementLutte contre l'exclusionTravail social

0 Commentaire

Ajouter un commentaire
  1. Ajouter un commentaire

      Votre e-mail ne sera pas visible

    Conformément à la loi "Informatique et libertés" du 6 janvier 1978, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier ou vous opposer à leur traitement et à leur transmission éventuelle à des tiers en écrivant à : Groupe Moniteur - 17, rue d'Uzès 75018 Paris cedex 02 ou en cliquant ici.