Déchets

Compostage et tri réduisent les résiduels à la portion congrue

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Varlet

A la fin des années 2000, le choix a été fait de réduire la production de déchets résiduels, pour éviter de renouveler un four d’incinération qui aura quarante ans l’an prochain. Les ménages, assujettis à la redevance incitative depuis quatre ans, acquittent une facture « déchets » maîtrisée et inférieure à la moyenne nationale. En zone rurale comme en site urbain, l’usager est invité à composter et à trier au maximum. La déchetterie devient ainsi l’antichambre d’un recyclage poussé.

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Biodéchets : comment les trier en ville ?

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Anne-Marie Pourcelot s’en amuse encore : en 2014, les « portes ouvertes » ont attiré « des gens de la campagne, venus en ville chercher notre compost ! » La bénévole anime un site de compostage en pied d’immeuble, fréquenté en accès libre par quelque 80 résidents du quartier d’habitat social Planoise. « On craignait les erreurs de tri des déchets de table et de cuisine, elles sont dérisoires », assure la guide composteur, l’une des 600 volontaires auxquels le syndicat mixte de Besançon et de sa région pour le traitement des déchets (Sybert) propose des formations régulières. Désormais, le compost reste sur place : il enrichit le sol du potager voisin ou revient aux habitants.

Le traitement de proximité privilégié

Si le compostage est une routine en zone pavillonnaire rurale, le Sybert qui s’étend sur 198 communes du Doubs et concerne 230 000 habitants, le déploie aussi en ville. En cinq ans, l’habitat collectif (58 % de la population, 80 % à Besançon) s’est doté de plus de 300 sites, dont 14 en zone très dense, ouverts à heures fixes et encadrés par des agents de la régie des quartiers. En centre-ville, « ces chalets en bois ont supplanté quelques places de parking », note Louise Rouget, responsable de la valorisation organique.
Le traitement de proximité des résidus alimentaires est un pilier du projet « Waste on a diet » (les déchets au régime), mené de septembre 2012 à juin 2016 avec l’appui de l’Union européenne (à travers son programme environnemental « Life », 1,7 million d’euros de soutien). « Aujourd’hui, tout l’habitat individuel et un tiers de l’habitat collectif sont desservis, indique la directrice, Christine Sautenet. A Planoise, la participation atteint 40 % des foyers dans les secteurs où la population est stable ; elle est moindre quand la rotation est élevée. Une collecte séparée au porte-à-porte est à envisager, là où l’espace manque pour organiser un compostage in situ. »
Si l’usager trie volontiers, c’est en grande partie parce qu’il acquitte, depuis septembre 2012, une redevance incitative : la facture dépend du volume de son bac de déchets résiduels, la fameuse poubelle « grise », de la fréquence de vidage et du poids constaté à chaque levée. Soit trois leviers permettant d’alléger la note. « La redevance est efficace pour faire baisser la production de résiduels, affirme la présidente Catherine Thiébaut. Elle aide à ancrer les bonnes pratiques. Ceux qui triaient plus ou moins ont acquis les bons gestes. » Un résultat qui doit beaucoup au programme « Life », lequel a permis de sensibiliser en face-à-face plus de 9 000 personnes en habitat social.

Gratifier le tri en immeuble

Le Sybert ne nie pas quelques effets pervers. « Certains amènent leur poubelle au bureau pour économiser quelques euros ! » relève Catherine Thiébaut. « Les communes signalent chaque année 100 à 200 tonnes de dépôts sauvages – en partie préexistants à la tarification incitative », observe Christine Sautenet. La directrice pointe plutôt la difficulté à individualiser la facture en habitat collectif. « Comment stimuler la prévention et le tri quand les charges locatives liées aux déchets sont établies sur un parc global puis divisées entre les logements selon leur surface et non leur production de déchets résiduels, déversés dans un bac commun ? D’ici trois ans, les bailleurs calculeront le coût par bâtiment, voire par montée d’escalier. C’est à cette échelle plus fine que la facture sera répartie au tantième. »
Sur le parc social d’une interco rurale, des foyers disposent d’un bac gris personnel, donc d’une facture individuelle. « Quand s’y associe du compostage de quartier, les quantités résiduelles se comparent à celles des pavillons », remarque Didier Aubry, vice-président chargé de la communication.
Autre handicap : les gaines vide-ordures, pourtant interdites depuis une dizaine d’années. « Sur un site, leur condamnation a relancé le tri », constate Anne-Sophie Tranchefeux, technicienne chargée de l’habitat collectif. Enfin, le Sybert tire le meilleur parti des produits reçus sur ses 18 déchetteries, qui s’ouvrent sur une ressourcerie captant tout ce qui peut être réemployé ou réparé (vêtements, jouets, meubles, etc.). Y sont triés une trentaine de flux, centralisés sur l’unité de tri-massification (UTM) ouverte mi-2015 à côté du centre de tri des emballages.

Gain sur le stockage

Le site, qui a créé dix emplois, sépare des produits relevant de filières à « responsabilité élargie du producteur » (papiers, meubles, déchets dangereux, appareils électriques, etc.), des matériaux prisés des recycleurs (métaux, dont les jantes isolées des pneus), et d’autres encore pour lesquels le Sybert a trouvé preneurs (polystyrène, plâtre). La matière entrante est recyclée à 40 %, la valorisation atteignant 90 % en incluant l’incinération avec production d’énergie. « L’UTM est rentabilisée par les seuls coûts d’enfouissement évités [130 euros/tonne], assure Christine Sautenet. Et les recettes de valorisation vont décoller… » Seules 4 200 tonnes ont été stockées en 2016, quand l’objectif était de 6 000 tonnes.

 

Avantage

L’unité de tri-massification maximise la valorisation en sortie de déchetterie. Seuls sont enfouis les matériaux de chantier indésirables à l’incinérateur (PVC, laine de verre).

Inconvénient

Un tel site requiert de l’espace : 4 000 m2 pour trier 9 000 t/an, une surface équivalente à celle du centre de tri des emballages (20 000 t/an de capacité nominale).

 

« La production pourrait descendre à 100 kilos par an et par habitant »

Christine Sautenet, directrice du Sybert

Christine_SAUTENET_low-SYBERT

Nous frôlons l’objectif fixé dans le cadre du projet Waste on a diet : nous visions 150 kilos par an et par habitant de déchets résiduels en 2016, nous en sommes à 154 kilos (135 en milieu rural, 162 en urbain dense). A comparer aux 217 kilos de 2009 et à la moyenne nationale de 270 kilos (2013).
La production pourrait descendre à 100 kilos par an et par habitant : un ratio accessible si l’on détourne la moitié du potentiel valorisable encore jeté avec les résiduels. Chaque année, un bac gris recueille en moyenne 36 kilos de biodéchets, 28 d’emballages et papiers, 9 relevant de la déchetterie et 22 (dont 15 de couches-culottes) pouvant être évités. Pour capter 50 % de ces flux, il faudra intensifier les efforts de prévention et valoriser les déchets des professionnels. C’est l’un des axes de travail du projet territoire zéro déchet, zéro gaspillage.

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