Développement durable

Présidentielles : l’environnement, ça commence à se défaire ?

| Mis à jour le 10/11/2016
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Hormis les propos fracassants de l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy, contestant la responsabilité humaine dans le dérèglement du climat, les sujets environnementaux n’enflamment guère ce début de campagne. La liste des thèmes méritant débat, dressée par le groupe de réflexion La Fabrique écologique, est pourtant consistante.

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Présidentielle 2017 : les enjeux-clés pour les collectivités territoriales

On peut parier sans risque que l’économie et la sécurité monopoliseront les débats en vue du prochain scrutin présidentiel. Conséquence : « Le risque est fort que l’écologie soit un thème mineur de la campagne – voire, qu’elle en disparaisse, met en garde Géraud Guibert, président de La Fabrique écologique (LFE). Ce sujet majeur mobilise pourtant amplement les territoires, les entreprises, les experts. Au sein de chaque parti, coexistent des conceptions très diverses – sur le principe de précaution et les hydrocarbures de schiste, par exemple : c’est pourquoi il importe que le sujet soit présent, y compris dans le cadre des primaires ».

Une absence d’aiguillon

Si la thématique environnementale semble effacée de la campagne qui s’engage, c’est aussi car « les corps intermédiaires peinent à l’y inviter », observe le juriste Arnaud Gossement.
Huit mois avant le scrutin de 2007, Nicolas Hulot soumettait aux candidats son « Pacte écologique ». En janvier 2012, France nature environnement faisait défiler à son congrès la plupart des postulants à l’Elysée, venus à Montreuil détailler leur programme en matière énergétique et environnementale.

Pour le cru 2017, à moins de six mois du premier tour, les prétendants ne sont guère interpellés par les associations sur leur stratégie pour limiter le réchauffement climatique à 2°C à la fin du siècle, objectif inscrit dans l’Accord de Paris (COP21, décembre 2015) et censé guider l’action publique pour plusieurs décennies.

Début 2017, la Fabrique écologique publiera ses propositions en matière d’énergie et d’environnement – des mesures « de niveau présidentiel », précise Géraud Guibert – assorties des modalités d’application.

« On sait que tout se joue dans les six mois qui suivent l’élection », commente le président de la fondation. En ce début de campagne, le groupe de réflexion transpartisan a étudié les programmes des candidats à ce jour déclarés – à savoir essentiellement des représentants du parti Les Républicains (LR). Il en ressort une pluralité de points de vue au sein de LR et une certaine continuité depuis 2012, pour Jean-Luc Mélenchon.

L’analyse menée par les experts de LFE met en avant onze enjeux à soumettre au débat : climat, mix énergétique, gaz et pétrole de schiste, mobilité durable, principe de précaution, rénovation énergétique, fiscalité écologique et prix du carbone, simplification des normes, démocratie environnementale, référendum sur les questions écologiques, artificialisation des sols.

La Gazette revient sur les chapitres les plus directement impliquants pour les collectivités : déplacements, rénovation énergétique et climat.

Mobilité : les décideurs à la remorque

Peu présent, le sujet est souvent évoqué en termes vagues, observe LFE. Les programmes de Nathalie Kosciusko-Morizet, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ne l’abordent pas.
Bruno Le Maire propose la création d’une agence dédiée aux nouveaux modes de déplacement en milieu rural. François Fillon prône une politique de mobilité durable et électrique.

A gauche, Jean-Luc Mélenchon défend les transports publics écologiques et invite à repenser la mobilité individuelle.

Si la loi de transition énergétique comporte des mesures en faveur de la voiture électrique et du vélo, le gouvernement n’a pas pour autant mené une réflexion globale sur la mobilité durable. Les transports sont pourtant le premier émetteur de gaz à effet de serre en France (27 % du bilan d’émissions de CO2), avec des rejets en hausse de 20 % depuis 1990.

La transition vers la mobilité durable s’opère presque à l’insu des dirigeants, nationaux et locaux. Télétravail, visioconférences, autopartage, Uberisation des déplacements et, demain, voiture électrique autonome, évitent des trajets ou en réduisent l’impact environnemental et le coût, grâce à un meilleur remplissage des véhicules.

« La palette de solutions s’élargit. Et on bascule très vite de l’ancien modèle, fondé sur la construction d’infrastructures, à une logique d’offre de services », observe Martin Guespereau.
 » Développer l’offre de transports collectifs est de longue date considéré comme une condition de l’élection à l’échelle locale. Les collectivités ont donc créé des transports collectifs en site propre, qui furent de bonnes opérations de renouvellement urbain. Mais, pour la même dépense et avec une vision plus globale, on aurait pu associer des bus à haut niveau de service, des voies et espaces de stationnement pour vélos, des sites d’autopartage, des plateformes intermodales », compare l’ancien conseiller à Matignon de François Fillon.

Le vélo recèle un potentiel « gigantesque », selon Martin Guespereau. En zone périurbaine et rurale, où un déplacement sur deux fait moins de 5 km, il est un élément de solution, aux côtés du covoiturage.
En ville, 53 % de la population se dit prête à l’utiliser dès lors que les conditions de sécurité et de commodité sont réunies, selon le document de LFR. Sa part dans les déplacements pourrait dès lors quadrupler, passant de 1,5 % de km/voyageurs à 6 % (quand les pays du Nord de l’Europe sont à 8 %).

« Les solutions bas carbone et les mobilités collaboratives laissent entrevoir la fin des embouteillages », estime l’ancien directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), rappelant que « le bruit, dû essentiellement aux transports, est la première plainte environnementale des Français ».

En ville, la voiture est bonne dernière en termes de productivité des transports, stationnant 95 % du temps et roulant avec un taux de remplissage de 1,05 (en baisse continue).

Rénovation énergétique : tripler le rythme des chantiers

Les programmes de Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet « sont pour l’instant muets » sur ce sujet, note La Fabrique écologique.

Alain Juppé défend l’accélération du développement du passeport de rénovation énergétique pour conseiller les ménages et orienter leurs travaux.

François Fillon propose de réhabiliter les logements les plus énergivores avec les fonds issus de la contribution au service public de l’électricité (CSPE, 7 milliards d’euros de recettes en 2016), qu’il compte supprimer pour inciter les particuliers à l’emploi d’écomatériaux par un crédit d’impôt.

Jean-Luc Mélenchon défend l’isolation d’au moins 70 000 logements par an et la construction de 200 000 logements publics aux normes écologiques pendant cinq ans.

La majorité présidentielle visait 500 000 rénovations énergétiques par an à compter de 2017. En 2014 ont été menés près de 400 000 chantiers, l’immense majorité débouchant sur un saut d’une à deux classes sur « l’étiquette énergie » et non sur la norme « bâtiment basse consommation » (classe A ou B).

« Ce niveau d’exigence est pourtant celui fixé par la loi de transition énergétique pour l’ensemble des logements à horizon 2050 », pointe LFE. La loi de programmation énergétique pour 2005 pose en outre un objectif de division par quatre d’ici 2050 des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui exigerait de « rénover environ 1,85 million de logements chaque année », rappelle le think-tank.

Le crédit d’impôt, instauré en 2005, n’est pourtant pas l’outil le plus efficace au regard du rapport coûts/bénéfices. « L’immense majorité des ménages ayant rénové leur logement l’aurait fait sans ce coup de pouce », commente Sébastien Delpont. A côté de « l’effet d’aubaine », le directeur associé de Greenflex reconnaît un « effet emploi » : « Un million de travaux engagé dans la rénovation énergétique crée 10 à 15 emplois. »

En 2014, 98 % des rénovations énergétiques performantes ont été le fait de propriétaires occupants dans le logement privé. « Le locataire est l’angle mort des politiques menées », constate Sébastien Delpont. Moins de 100 000 rénovations ont été réalisées chez les ménages en précarité énergétique (sujet d’une note publiée en 2014 par LFE), une situation dans laquelle basculeraient plus de 300 000 foyers dans l’hypothèse – réaliste au vu du coût du « grand carénage » du parc nucléaire – d’une hausse de 2 % par an des coûts de l’énergie.

L’expert préconise que soient testées des innovations financières (tiers financement) et contractuelles pour les diverses typologies de logements (habitat individuel, copropriétés, logement social).

 Climat : un risque d’esquive des Etats ?

Nicolas Sarkozy a introduit le sujet dans la campagne en affirmant, mi-septembre qu’il « faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous qui avons changé le climat ».

A l’inverse, François Fillon considère que le changement climatique impose une rupture radicale de nos politiques.

Alain Juppé défend la création d’une organisation mondiale de l’environnement au sein de l’ONU.

Jean-Luc Mélenchon poursuit son projet de « planification écologique » présenté en 2012 et entend inscrire dans la constitution la « règle verte », consistant en une « obligation de ne pas prélever davantage que notre planète peut régénérer ».

La tenue à Marrakech de la 22èmeconférence des parties sur le climat, du 7 au 18 novembre 2018, sera un moment test pour juger de la dynamique post-accord de Paris (devant entrer en vigueur en 2020).

La COP21 a confirmé le rôle des acteurs non-étatiques – collectivités locales, entreprises, associations – comme partenaires majeurs des solutions climatiques. Une reconnaissance sujette à caution ?

Lucile Schmid y décèle « peut-être une manière pour les Etats de s’exonérer de leurs responsabilités opérationnelles : attention à ce qu’ils ne se servent pas de l’implication des collectivités pour se dédouaner de leurs obligations économiques, sociales et démocratiques. La diversité des intervenants ne doit pas être un écran de fumée derrière lequel se déroberaient les grands acteurs publics ».

L’ancienne conseillère régionale d’Ile-de-France trace « un parallèle avec les importants transferts de compétences aux collectivités françaises, non assortis de moyens : au plan local, elles sont démunies pour mener la rénovation énergétique des bâtiments. » Il faudra donc vérifier, lors de la COP22, « que la diplomatie n’est pas un outil de greenwashing », selon la vice-présidente de la Fondation pour l’écologie politique.

En matière de climat, « la France et l’Union européenne occupent de longue date une position de leader » rappelle le président de LFE, Géraud Guibert. « Avec un président climato-sceptique, la France ne serait plus crédible ».

 

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Commentaires

4  |  réagir

31/10/2016 09h45 - Dalida

Tout le monde connait la chanson de Dalida: « des mots, toujours des mots, rien que des mots ».

En paraphrasant un illustre général, je dirai « pourquoi voulez-vous que je m’intéresse à l’environnement alors que le peuple n’en a que faire? ».

Il me semble que c’est un peu ce que pensent ceux qui veulent se présenter à l’élection présidentielle. Ont-ils tord?
Certainement pas!

Tout le monde affirme que l’environnement est essentiel pour l’avenir. Mais si tout le monde le mettait en actes, comment expliquer:
- que l’on roule au diésel alors que l’on sait les risques qu’il fait courir (en passant nos élus ont décidé que la TIPP sur le diésel devait être plus faible que sur le super sans plomb – Bizarre!!!),
- regardez le bord des routes souillé par les déchets que les uns et les autres jettent par la fenêtre de leur véhicule – Bizarre!!!),
- regardez la quantité de produits non consommés jetés dans les emballages sans avoir été ouverts – Bizarre!!!),
- regardez les incivilités (graffitis, mégots de cigarettes jetés un peu partout… – Bizarre!!!)…

Ce ne sont là que quelques exemples du peu d’intérêt que le peuple porte à l’environnement.
Comme les élus ne sont que les représentants du peuple, on n’a que ce que l’on mérite.

Heureusement certains, trop peu nombreux, ont pris conscience des limites de notre fonctionnement. Gardons espoir pour nos enfants.

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30/10/2016 01h02 - micheton

Pas de surprise !

Tous ces politicards n’ont cure de l’environnement.

Le sujet n’a toujours été pour eux qu’un alibi circonstantiel pour récupérer des voix à l’occasion des divers scrutins. Les citoyens ont une conscience bien supérieure à la leur en ce qui concerne les impératifs vitaux de sa protection.

COP 21 et autres colloques ne sont que des leurres pur amuser la galerie.

Dommage que les partis ou mouvements écologistes sombrent dans ce magma politico-politique. L’écologie doit se départir de toute idéologie et de toute compromission. Hélas, elle ne parvient pas à s’en extraire. Par conséquent, la cause pourtant impérative et même vitale pour l’humanité est vouée à l’échec.Pas de surprise donc !

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29/10/2016 08h03 - LEBEL-HOUSSARD

Les problèmes de consommation de l’espace par une urbanisation non maitrisée ne sont pas abordés.

Il en est de même pour les problèmes de pollution PAR LES PESTICIDES

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29/10/2016 07h53 - pov citoyen

Sarko à lui tout seul, c’est déjà une pollution.

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