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Culture

Les écoles d’art intensifient leur dialogue avec les collectivités

Publié le • Mis à jour le • Par • dans : France

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Emmanuel-TIBLOUX-img-une © Amandine Quillon

Loi CAP, réforme territoriale, contractions budgétaires, les écoles d'art, elles-aussi, doivent faire preuve de capacité d'adaptation. Tour d'horizon avec Emmanuel Tibloux, président de l'Association nationale des écoles supérieures d'art.

 

Chiffres-clés

  • 45 écoles d'art, dont 35 écoles territoriales
  • 80 % : contribution moyenne  des collectivités au financement des écoles d'art (dont 73% pour les villes et agglos)

(Sources : ministère de la Culture, ANdEA)

Les 45 écoles d’art que compte la France (et Monaco) abordent un tournant : la loi du 7 juillet 2016 sur la liberté de création, l’architecture et le patrimoine, dite loi CAP,  en fait des acteurs à part entière de l’enseignement supérieur. En outre, les 35 écoles d’art territoriales intensifient le dialogue naturel qu’elles ont avec les collectivités. Lors de son conseil d’administration du 21 octobre 2016, l’Association nationale des écoles supérieures d’art (ANdEA) s’est d’ailleurs dotée d’une vice-présidence dédiée aux relations avec les collectivités, fonction occupée par Muriel Lepage, directrice de l’Ecole supérieure d’art de  Clermont Communauté. L’enjeu est de taille : selon l’ANdEA, la contribution financière des collectivités s’élève en moyenne à 80% (dont 73% pour les seules villes et agglomérations). La Gazette a rencontré son président, Emmanuel Tibloux, pour faire le point.

La loi CAP constitue-t-elle une avancée pour les écoles d’art ?

Oui. D’abord parce que les écoles supérieures d’arts plastiques, de design, de spectacle vivant, et de cinéma-audiovisuel sont pleinement intégrées au système d’enseignement supérieur français et européen. En même temps, la loi préserve leurs spécificités. En effet, la loi LCAP confirme qu’elles sont placées sous une seule tutelle pédagogique, celle du ministère de la Culture. Les écoles nationales restent, quant à elles, sous la double tutelle du ministère de la Culture et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Ensuite, les écoles d’enseignement supérieur artistique relèvent désormais du régime de l’accréditation, que la loi « Fioraso » du 23 juillet  2013 avait introduit pour les universités et les établissements d’enseignement supérieur relevant du ministère de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Nos écoles vont être accréditées pour 5 ans sur la base d’une évaluation globale. Ce qui les libère d’un système tatillon, où l’Etat validait une à une, les maquettes de chaque formation. Avec la nouvelle loi, l’accréditation emportera habilitation à délivrer les diplômes d’école et les diplômes nationaux du Ministère de la Culture et de la Communication. Le nouveau système va permettre aux écoles d’art de gagner en autonomie.

La loi CAP porte aussi création du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche artistiques et culturels. A quoi cette instance va-t-elle servir ?

L’ANdEA s’est mobilisée en faveur de la création du CNESERAC, qui sera, en quelque sorte, le « parlement des écoles de la culture ».  Cette instancesera sollicitée pour avis, notamment pour les accréditations. Et elle devra être force de propositions et travailler avec le CNESER  pour les grades universitaires et la participation des écoles d’art à la Stratégie nationale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Par ailleurs, le CNESERAC facilitera le dialogue des écoles d’art et du ministère de la Culture avec les collectivités territoriales. Un dialogue indispensable, au regard de l’importance de l’implication des villes et métropoles dans l’enseignement supérieur. Nous avons insisté sur le fait que France Urbaine et Régions de France  soient représentées dans ce conseil.

Quel le premier chantier du CNESERAC ?

A l’ANdEA, nous pensons que le premier dossier à ouvrir est celui des crédits « recherche ». La politique de soutien à la recherche n’est pas claire tant dans ses objectifs que s’agissant de son budget. L’enveloppe de 1M€ pour la recherche dans les 44 écoles d’art françaises, qui figure au bleu budgétaire (1) depuis plusieurs exercices, est opaque et n’est généralement pas exécutée en entier. Il nous semble essentiel de savoir précisément comment cette enveloppe de 1M€ est ventilée, selon quels critères et où va le différentiel. Ce montant nous semble par ailleurs insuffisant. Par comparaison, les 20 écoles supérieures d’architecture se voient attribuées une enveloppe de 1,2 millions d’euros.

Ecole supérieure d'art de Clermont Ferrand ©Fabien1309 CC BY SA  2.0

Ecole supérieure d’art de Clermont Ferrand ©Fabien1309 CC BY SA 2.0

Reste-t-il des manques ?

Oui, un en particulier. La loi ne dit rien de l’inadéquation du statut actuel des professeurs d’enseignement artistique des écoles territoriales aux missions d’enseignement supérieur qui sont les leurs : pas d’annualisation du temps de travail, une rémunération établie selon la grille des professeurs certifiés du secondaire, pas de décharge possible pour les activités de recherche ; cela alors que les écoles délivrent des diplômes conférant grade de Master. Ce hiatus a été sévèrement rappelé par le HCERES et  le CNESER , mais également par la loi «  Fioraso» de 2013 sur l’ESR. C’est pour nous un enjeu majeur. L’Etat doit s’engager non seulement à créer un nouveau statut,  mais aussi  à financer cette réforme annuellement aux côtés des collectivités territoriales.

Vous dénoncez   un déséquilibre énorme dans le fléchage des crédits de l’Etat pour la création : 90% pour le spectacle vivant, 10% pour les arts visuels (2). Ce ratio vaut-il pour les collectivités ?

Pour ce qui est des villes et métropoles, ce ratio doit sans doute varier et je n’en connais pas la moyenne. Je fais cependant le pari qu’on retrouve le même déséquilibre, tant en termes budgétaires que de place dans les priorités culturelles des élus. Or, aujourd’hui, à l’heure des réseaux et de la prégnance du visuel, ce modèle n’est absolument plus tenable. Il faut que chacun, élus et citoyens, prenne conscience que les arts visuels sont aujourd’hui d’intérêt général, qu’ils ont un rôle essentiel à jouer dans la vie commune. Il y a une éducation du regard à mener, qui devrait être fondamentale, en ceci qu’elle devrait faire partie de la formation de base des citoyens dont le jugement est de plus en plus construit, informé, médiatisé par les données visuelles.

Comment expliquez-vous ce déséquilibre ?

Plusieurs facteurs entrent ici en jeu. Force est d’abord de constater que le spectacle vivant reste la culture dominante des élus, que l’idée selon laquelle il serait plus populaire et plus démocratique que les arts visuels est tenace, et que le secteur est politiquement bien mieux organisé. Entrent ici en jeu des raisons historiques et fondamentales : le spectacle vivant est originellement politique, si l’on veut bien avoir à l’esprit l’origine grecque du théâtre et sa configuration même, qui rassemble une communauté autour d’une scène sur laquelle se joue le destin de la vie humaine. De là procède l’idée selon laquelle le théâtre serait intrinsèquement démocratique et pédagogique, au plus près des missions politiques et éducatives de la culture. Le symptôme de tout cela, c’est que vous ne trouvez pas un événement culturel en France qui ait autant de poids politique et médiatique que le Festival d’Avignon – à l’exception du Festival de Cannes, qui relève cependant d’un autre registre.

Investir le champ de l’éducation artistique et culturelle peut-il être un moyen de corriger cette perception déséquilibrée ?

Sans aucun doute. Encore faudrait-il aussi rééquilibrer le pilotage de l’EAC, qui est largement  assuré par le ministère de  l’Education nationale. L’EAC gagnerait à être pilotée par le ministère de la Culture, en laissant plus d’autonomie aux artistes qui interviennent en milieu scolaire. Or, dans l’état actuel des choses, ils sont bridés par le ministère de l’Education nationale. De plus, l’EAC est encore quasi inexistante dans les collèges et les lycées. Le ministère de la Culture devrait porter l’EAC sur le terrain de façon beaucoup plus active, sans être simplement accompagnateur de ces démarches. L’enjeu est considérable : il s’agit de l’apprentissage du regard ! Et les artistes ont là un rôle fondamental à jouer. C’est un enjeu d’éducation, voire un enjeu de société. Tout le discours politique, de droite comme de gauche, valorise aujourd’hui la création, l’innovation, l’expérimentation, le projet, l’audace, la mobilité, dans le champ économique et social. N’oublions pas que toutes ces valeurs nous viennent de l’art ! Cela milite en faveur de l’éducation artistique et culturelle. Et, par ailleurs, cela entre en contradiction avec la fragilisation des écoles d’art.

Musée d'art contemporain de Vitry ©Sam67fr CC BY SA3.0

Musée d’art contemporain de Vitry ©Sam67fr CC BY SA3.0

Quelle est la situation des écoles d’art en matière de réductions budgétaires ?

La situation est très inquiétante. Du côté des collectivités, nous sommes d’autant plus inquiets que nos relations avec elles sont étroites. La plupart des écoles doivent procéder à des plans d’économies et tenter de trouver des financements complémentaires, soit du côté du privé, via le mécénat, soit en augmentant les droits d’inscription. Du côté de l’Etat, il n’y a pas encore de baisses des crédits, mais je sens poindre une accentuation de l’écart de traitement entre écoles nationales et écoles territoriales.

C’est-à-dire ?

Depuis toujours, la contribution du ministère de la Culture aux écoles territoriales a été modeste. Ce qui était compensé par l’engagement des collectivités. Et la parole experte et bienveillante du ministère a toujours eu un effet bénéfique sur la situation des écoles. Si elle n’est pas dévaluée, cette parole se fait de moins en moins entendre. Il y aujourd’hui un retrait du ministère, qui est de plus problématique, non seulement pour les écoles mais pour ce qu’il signifie de la place de la culture dans notre société. Pour ce qui nous concerne, ce retrait est sensible aussi bien en centrale [au sein de l’administration centrale du ministère de la Culture, à Paris, ndlr], où il n’existe plus d’inspecteurs généraux spécialistes de l’enseignement supérieur artistique, que dans les Drac, où les équipes sont réduites et où la prise en compte des écoles d’art est faible, faute d’agents suffisamment au fait des spécificités de notre secteur.

FRAC Bretagne, Erwan Corre CC BY SA 3

FRAC Bretagne, Erwan Corre CC BY SA 3

Que compte faire l’ANdEA pour assurer l’avenir des écoles ?

Notre priorité aujourd’hui est l’intensification du dialogue avec les collectivités. Nous avons commencé dès 2014, à Metz, en invitant les présidents d’établissements, dont la plupart sont des élus locaux, à notre séminaire d’été annuel. En 2015, nous les avons invités à nos assises nationales, qui se sont tenues à Lyon (3). Ils ont alors signé une déclaration commune [Déclaration du 29 octobre 2015 des président-e-s d’EPCC écoles supérieures d’art réunis à Lyon à l’occasion des assises nationales des écoles supérieures d’art], qui constitue un engagement de principe des collectivités pour soutenir les écoles d’art. Et en septembre 2016, lors de notre séminaire de Toulouse, nous avons eu une réunion de travail avec 9 présidents d’école, au cours de laquelle nous avons décidé de travailler à l’élaboration de deux documents.


De quoi s’agit-il ?

Le premier document sera une charte d’engagements réciproques entre écoles et territoires. Le second sera un memento pour les administrateurs des conseils d’administration des écoles, pour faire de ces instances de véritables lieux de pédagogie et de concertation. Ces textes sont en cours de rédaction. Nous attendons, par ailleurs, que les écoles supérieures d’art soient prises en considération par les nouveaux outils structurants mis en place par les lois NOTRe, MAPTAM et CAP, à savoir les conférences territoriales de l’action publique et les schémas régionaux de l’enseignement supérieur.

Taxe d’apprentissage : les galeries soutiennent les écoles d’art

Le Comité professionnel des galeries d’art et l’Association nationale des écoles supérieures d’art (ANdEA) ont signé en octobre 2015 un accord prévoyant le versement systématique de la taxe d’apprentissage payée par les galeristes aux écoles. Cette initiative repose sur le constat que « les écoles supérieures d’art forment aujourd’hui la quasi-totalité des artistes français et constituent, à ce titre, un partenaire naturel des galeries », font valoir Emmanuel Tibloux, président de l’ANdEA, et Georges-Philippe Valois, président du Comité professionnel des galeries d’art dans une tribune publiée par le Quotidien de l’art le 19 octobre 2015.

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