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Civic Tech

Démocratie participative : les outils numériques doivent encore convaincre

Publié le 07/10/2016 • Par Pierre-Alexandre Conte • dans : Dossiers d'actualité, France

citoyen-participation-connectes
Julien Eichinger - Fotolia
A la veille du premier Forum de la Civic Tech, La Gazette dévoile en exclusivité les résultats d'une enquête baptisée « La démocratie participative et le Numérique », réalisée en partenariat avec le Secrétariat d’Etat chargé du Numérique et de l'Innovation.

Samedi 8 octobre se tient à Paris le premier Forum de la Civic Tech organisé conjointement par le Secrétariat d’Etat chargé du Numérique et de l’Innovation et l’association Démocratie Ouverte. Lors de cet événement, une enquête quantitative en ligne portant sur la « Démocratie participative et le Numérique », menée avec la Gazette des communes, sera remise à Axelle Lemaire, et débattue avec les participants (1). Elle permet de tirer plusieurs enseignements des pratiques en vigueur dans les collectivités, des outils utilisés et des freins rencontrés par les collectivités locales.

Les réunions physiques toujours privilégiées

Ce n’est pas réellement une surprise, mais l’enquête nous apprend en premier lieu que les élus privilégient toujours les rencontres physiques pour interagir avec leurs citoyens. Au niveau des modes de participation, arrivent ainsi largement en tête les « Réunions publiques » (85%), les « Enquêtes publiques obligatoires pour les projets d’aménagement » (60%) ou encore les « Conseils de quartier » (38%).

Loin, très loin derrière, les collectivités utilisent des « Applications numériques » pour 8% d’entre elles alors que les solutions comme le « Budget participatif » (3%) ou les « Référendums locaux » (1%) restent encore plus marginales.

 

Des résultats qui n’étonnent pas Clément Mabi, enseignant-chercheur à l’UTC de Compiègne, vice-président du collectif Démocratie ouverte : « Ce n’est pas surprenant car l’une des caractéristiques fondamentales du numérique, c’est de dépasser les institutions. De déporter le centre de gravité de la démocratie vers les citoyens tout en s’écartant du fonctionnement représentatif traditionnel. Cela permet aux citoyens de s’exprimer avec moins de filtre, d’avoir un accès plus direct à l’espace public. Il y a cette tension qui existe entre les citoyens qui s’expriment de plus en plus librement et les institutions qui courent après, qui sont encore balbutiantes. »

Les citoyens aspirent à « plus d’horizontalité », pas les élus

En majorité, les élus ne se montrent actuellement pas satisfaits (52%) de la participation des citoyens aux décisions publiques. Lorsque la question de la direction à prendre est posée, ils répondent assez largement qu’ils souhaitent plus de propositions de « nouvelles idées ou suggestions par les citoyens » (64%), une « contribution directe à des activités de services publics » (53%) ou encore des « débats entre élus et citoyens » (48%). Les référendums, budgets participatifs ou la co-construction de projets ne sont que peu envisagés (3%).

Pour Clément Mabi, si les citoyens ne participent pas autant que les élus le souhaiteraient, c’est avant tout parce qu’ils aspirent à autre chose : « L’idée de suggérer, c’est une logique au mieux consultative. Or, en ce moment, il y a une aspiration à plus d’horizontalité dans la société. Si les outils n’y répondent pas, les citoyens ne s’impliqueront pas. »

Parmi les outils numériques que les élus envisagent de développer à l’avenir, le site internet reste privilégié (56%) alors qu’il est déjà le plus utilisé par les collectivités pour informer les citoyens.

Les applications et autres plateformes arrivent en seconde position (38%), juste devant les réseaux sociaux (32%).

Pour autant, lorsque l’on se penche sur les projets des élus en matière de plateformes ou de logiciels dédiés à la démocratie participative, si 10% d’entre eux indiquent qu’ils sont déjà équipés, seuls 12% affirment avoir un projet en cours. Et près de la moitié répond que ce n’est pas du tout dans les tuyaux.

« Les choix techniques ont une dimension symbolique et politique, précise Clément Mabi. Cela en dit long sur les ambitions de ceux qui les portent, sur le degré d’interaction qu’ils souhaitent avec leurs citoyens. Mais il faut bien voir que le numérique n’a du sens que lorsqu’il est inscrit dans un projet politique avec une impulsion, une volonté de changer de posture. »

Des freins multiples

Les collectivités locales estiment par ailleurs que les technologies civiques peuvent avoir plusieurs effets positifs sur les citoyens. En leur permettant de « s’impliquer davantage en faveur de l’intérêt général » (59%), en touchant un « public qui ne participe pas en temps normal » (47%) ou encore en prenant des « décisions plus proches des besoins » (45%). Mais les freins restent aussi nombreux.

 


Une majorité des collectivités territoriales pensent que cela peut provoquer une « fracture numérique (62%). Certaines craignent le « manque de représentativité de la méthode » (48%), des problèmes de sécurité (25%) ou encore un « coût trop élevé » (24%).

 

 

« Les institutions ont grand intérêt à mettre à profit ces outils pour inclure une culture plus importante de l’interactivité, du commentaire, du like pour dialoguer avec les citoyens, indique Clément Mabi. Mais ces outils embarquent une rationalité, une manière de penser la démocratie participative. » Une manière de penser qui, au regard des résultats de l’enquête, n’est pas celle, encore, de la majorité des petites et moyennes collectivités.

Thèmes abordés

Notes

Note 01 L'enquête a été réalisée en ligne entre le 9 et le 16 septembre auprès de « 478 maires, adjoints au maire, DGS et responsables communication de municipalités » qui travaillent majoritairement au sein de petites et moyennes villes Retour au texte

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