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Lutte contre le terrorisme

« Face à la radicalisation, rester unis et travailler ensemble »

Publié le • Par • dans : A la une, A la Une prévention-sécurité, Actu prévention sécurité, France

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Muriel Domenach. © © Frédéric KLEMCZYNSKI / Divergence

Dans un entretien exclusif, Muriel Domenach, nommée cet été pour piloter le volet préventif de la lutte contre la radicalisation, détaille sa feuille de route et souligne le rôle joué par les acteurs locaux.

 

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24 novembre 2016 – Paris - Etats généraux de la sécurité locale

Programme et inscription

Jusqu’alors consule générale à Istanbul, cette diplomate, passée également par le ministère de la Défense a été nommée en août secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR). Elle succède à Pierre N’Gahane, nommé préfet de la Charente.

Alors que la menace terroriste est très élevée, vous incarnez la politique de prévention de la radicalisation. Quelles sont vos priorités ?

Je veux tout d’abord insister sur le caractère interministériel et partenarial de cette politique publique. Car si la vocation du CIPDR est en effet d’animer et de coordonner les actions de prévention de la radicalisation, nous n’y parviendrons qu’avec l’appui des acteurs locaux, au premier rang desquels les collectivités territoriales (avant tout, conseils départementaux et communes) et les associations.

Cela passe tout d’abord par la prise en charge des personnes radicalisées. Ce niveau d’intervention est très dynamique grâce à la qualité du réseau associatif dans le champ social, éducatif et médico-social. C’est un point fort de notre dispositif dont nous allons poursuivre le développement.

A côté des associations, nous mobilisons également en tant que besoin des équipes mobiles d’intervention composées de spécialistes.

Il nous faut également poursuivre l’effort de formation. Depuis mai 2014, 12200 personnes de tout horizon ont été formées.

Combien de personnes radicalisées sont-elles suivies aujourd’hui ?

2400 jeunes et 970 familles concernées par la radicalisation font aujourd’hui l’objet d’un accompagnement adapté par les cellules de suivi des préfectures. En mai dernier, nous en étions à 1600 signalements et 800 familles et l’objectif fixé par le plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme est de doubler cette prise en charge d’ici 2 ans.

Les acteurs de terrain comme les travailleurs sociaux s’inquiètent de l’ampleur du phénomène dans les quartiers. Vous partagez cette inquiétude ?

La perception de ce phénomène par les professionnels témoigne d’une plus grande prise de conscience. Nous sommes aujourd’hui mieux informés qu’avant et sommes mieux à mêmes d’identifier la réalité de la radicalisation. Elle témoigne aussi du bon fonctionnement de notre système de signalement, avec le numéro vert (0800 00 58 96) et le travail d’évaluation autour des préfets : nous détectons de mieux en mieux le phénomène.

La radicalisation, efficacement détectée, est aussi efficacement combattue. Outre le travail des services de sécurité et la mobilisation de notre réseau associatif, nous sommes parvenus à dissuader les départs, et c’est important. Nous sommes passés d’une situation de départ massif à quelques dizaines de cas cette année. Ce bon résultat est à mettre au crédit des mesures administratives mises en œuvre, des contrôles policiers ainsi que des succès de la Coalition contre Daesh, à laquelle la France participe. Tout cela contribue à dissuader certains jeunes de partir et de revenir plus tard en combattants aguerris. C’est un fait majeur qu’il faut rappeler : Daesh n’est plus perçu comme proto-Etat qui nargue l’Occident mais seulement comme une « bande de losers ».

Le premier centre de déradicalisation a ouvert en septembre en Indre-et-Loire. Que faut-il en attendre ?

Il s’agit du centre de réinsertion et de citoyenneté. A mes yeux, la notion de déradicalisation n’a pas beaucoup de sens. Cela reviendrait à penser qu’il existe un processus inversé de radicalisation qui emprunterait les mêmes étapes et qui ramènerait les personnes à leur état antérieur. Non, ce n’est pas le cas. Avec les centres de réinsertion et de citoyenneté, nous voulons casser ce qui fait la radicalisation, c’est-à-dire l’association d’une idéologie extrémiste et d’une velléité de violence. C’est une démarche difficile et pour l’instant expérimentale. Il existe des expériences positives à l’international (on parle souvent du Danemark) mais aucun pays n’a trouvé la « formule magique ».

Nous avons cependant une certitude : le plus dangereux est de ne rien faire ; il nous faut intervenir le plus tôt possible dans le processus de radicalisation et mettre l’accent sur la prévention. En outre, nous menons un travail de fond sur la diffusion de contre-discours.

Le gouvernement organise le 24 octobre à Paris une journée de débats sur le rôle des collectivités territoriales face à la radicalisation. Pourquoi ?

C’est une volonté que le Premier ministre a exprimée en mai dernier lors de la présentation du Plan de lutte contre la radicalisation et le terrorisme. Ce plan accorde une place essentielle aux acteurs locaux et prévoit en effet de les réunir dans le cadre d’une journée de débats en présence du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur. L’objectif est de mobiliser l’ensemble des acteurs, confronter les expériences et dynamiser la diffusion de bonnes pratiques. Cette journée est d’ailleurs organisée en partenariat avec les grandes associations d’élus (AMF, ADF, ARF, APVF).

Qu’attendez-vous des collectivités territoriales ?

Les collectivités, en partenariat avec l’Etat, sont amenées à jouer un rôle essentiel dans les cellules départementales de suivi de la radicalisation, auxquelles elles participent. Elles sont indispensables dans la prise de conscience et la prise en charge des jeunes radicalisés en mobilisant leurs compétences : les communes à travers leurs plans de prévention de la délinquance et les contrats de ville, les départements au titre de l’aide sociale à l’enfance et les régions dans une moindre mesure (formation professionnelle des détenus).

Quels sont les ingrédients du succès ?

Il n’y a pas de solutions clés. Nous avons la chance de bénéficier en France d’intervenants de grande qualité, comme les éducateurs de la PJJ et ceux de la prévention spécialisée. Le réseau associatif, très dense à travers tout le territoire, s’est aussi mobilisé, au moyen des associations spécialisées dans l’aide aux adolescents, la lutte contre l’embrigadement sectaire, ou contre les addictions, avec aussi des associations pluridisciplinaires qui se sont formées.
Face à ce phénomène, qui est nouveau et massif, la priorité est de jouer le jeu du partenariat. Car si la volonté de l’ennemi est de nous terroriser et de nous diviser, notre rôle à nous est bien de continuer à vivre, de rester unis et de travailler ensemble.

Dans ce contexte, que reste-t-il de la prévention de la délinquance ?

J’ai bien conscience que le secrétariat général du CIPD a pour vocation initiale de piloter la politique de prévention de la délinquance. Je vous confirme que nous poursuivons cette mission. Mais les attaques terroristes que nous avons subies se sont imposées dans le débat politique. Je ne vois d’ailleurs pas de discontinuité entre la prévention de la radicalisation et la prévention de la délinquance.

Nous sommes actuellement en train de poser les jalons d’une future stratégie nationale de prévention de la délinquance car la précédente arrive à échéance en 2017. Nous envisageons d’ouvrir des options pour permettre à l’autorité politique qui sera élue au printemps prochain de décider de la politique qu’elle souhaite en la matière.

Par ailleurs, nous travaillons sur la prochaine circulaire d’orientation des crédits du FIPD afin d’asseoir ces politiques auprès du terrain par la mobilisation des moyens dédiés.

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Thèmes abordés Prévention de la délinquanceRadicalisationSécurité publique

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