Environnement

Face-à-face : faut-il lutter contre les espèces invasives ?

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Source : Technicites 

Les espèces invasives peuvent déstabiliser le milieu et favoriser l’implantation d’autres végétaux étrangers. Frédéric Dupuy, responsable du Pôle gestion des espaces naturels du Parc naturel régional Périgord-Limousin, et France Mercier, chargée de mission espèces exotiques envahissantes au Conservatoire d’espaces naturels de Basse-Normandie font part de leur expérience sur leur éradication.

Qu’elles soient animales ou végétales, certaines espèces sont devenues très invasives et ont des impacts sur la biodiversité d’un territoire.

Frédéric Dupuy, ingénieur territorial principal, responsable du Pôle gestion des espaces naturels, Parc naturel régional Périgord-Limousin

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La mondialisation des marchés et des déplacements humains, qui résulte notamment du développement des moyens de transport des personnes et des marchandises, provoque irrémédiablement un déplacement des espèces animales et végétales dans des espaces dont l’équilibre écologique s’est établi sans eux au terme de plusieurs millions d’années.

Si le débarquement de ces espèces passe souvent inaperçu, certaines d’entre elles peuvent s’installer et plus ou moins rapidement provoquer une crise dans cet équilibre dont les conséquences deviennent alors intolérables à l’espèce humaine et le poussent alors à agir.

Parmi les espèces végétales, certaines sont envahissantes parce qu’elles sont le marqueur d’une déprise agricole. Dans les fonctions que j’ai occupées, j’ai eu à agir contre le Baccharis, arbuste buissonnant, mais l’action était subordonnée à la mise en place d’un pâturage par un éleveur sinon l’investissement pour rouvrir le milieu aurait été inefficace.

Dans ce même cadre, la lutte contre le ragondin par piégeage a toujours eu pour but de faire diminuer la population sous un seuil de dégâts acceptables, l’élimination de ce rongeur étant utopique.

En Périgord-Limousin « prévenir et lutter contre l’introduction et la prolifération des espèces exotiques envahissantes » est une mesure clairement identifiée dans la charte du Parc. Paysage riche en zone humide donc en amphibiens, le développement massif – il y a une dizaine d’années – d’une population de grenouilles taureau menaçait l’équilibre de la guilde d’amphibiens.

Il était clair qu’une structure à compétence Parc ne pouvait pas faire autrement que d’engager un programme d’éradication et de l’inscrire dans les fondements même de sa charte. Cette grenouille a été transportée depuis une population connue et située aux portes de Bordeaux.

L’absence de maître d’ouvrage sur ce territoire girondin n’a pas permis d’engager d’actions dans les années quatre-vingt alors que cette population n’était circonscrite qu’à quelques étangs. Aujourd’hui, elle est fortement disséminée.

Afin de répondre à cette question sur la lutte selon différents états d’invasion, le Parc s’est engagé dans un programme « Life » piloté par la société herpétologique de France pour identifier la stratégie de lutte appropriée à chaque cas et déterminer une méthodologie d’action dans l’objectif de garantir un état de conservation des espèces locales communes ou protégées des zones humides. Ce Life, Control strategies of alien invasive amphibians in France, devrait nourrir la réflexion sur l’engagement d’actions contre des espèces exotiques dans un objectif de conservation de la biodiversité.

France Mercier, chargée de mission espèces exotiques envahissantes au Conservatoire d’espaces naturels de Basse-Normandie (CEN-BN)

portrait F.Mercier

« Pt’être ben que oui, pt’être ben que non ! ». En bonne normande, voici spontanément la réponse à cette question ! Plus sérieusement, il n’est pas si simple de considérer qu’il faut lutter, ou plutôt gérer, les espèces exotiques envahissantes de manière systématique.

De nombreux paramètres peuvent orienter vos décisions, et vous aiguiller dans la prise ou non de décision. Espèces concernées, impacts avérés sur le milieu et les espèces locales, financements mobilisables et moyens techniques adéquats, contexte du site envahi, mobilisation des acteurs locaux… autant de facteurs à prendre en compte.

En Normandie, les gestionnaires d’espaces sont confrontés directement à cette problématique depuis 2000. Un comité régional a été créé à l’initiative de la région et de la Dreal (direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) Normandie pour donner les grandes lignes décisionnelles. Une stratégie régionale sur les espèces invasives a ainsi permis de prioriser les chantiers de gestion à mener en fléchant dix espèces exotiques envahissantes.

Dans ce cadre et depuis 2014, afin de mutualiser les interventions à grande échelle, une « brigade verte » de gestion préventive réalise durant l’été des chantiers de régulation. Le principe ? Une équipe opérationnelle constituée de trois personnes intervient sur l’ensemble de la Basse-Normandie entre juin et septembre. Cette brigade verte réalise des chantiers d’arrachage manuel sur les dix espèces invasives végétales ciblées dans la stratégie. La gestion préventive sur de jeunes foyers est privilégiée. Des prospections complémentaires sont réalisées. Mise à disposition gratuitement auprès des acteurs locaux, cette équipe apparaît être une réelle force d’action et de sensibilisation, ainsi qu’un précieux soutien technique aux collectivités, gestionnaires d’espaces naturels, etc., qui s’approprient les enjeux de préservation de la biodiversité locale.

Afin d’avoir une stratégie d’intervention la plus efficiente possible, la Normandie travaille aussi en réseau à l’échelle des bassins hydrologiques. Le centre de ressources du bassin Loire-Bretagne permet ainsi de partager nos expériences.

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