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Démocratie locale

« Loin de se résigner, les citoyens aspirent à jouer un plus grand rôle dans la vie politique »

Publié le • Par • dans : France

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Romain Slitine, consultant et maître de conférences à Sciences Po Paris, et Elisa Lewis, entrepreneure, se présentent comme des “explorateurs” des modèles économiques et politiques de la société de demain. Au sein du collectif Démocratie Ouverte, ils accompagnent et développent des innovations démocratiques. Romain Slitine, consultant et maître de conférences à Sciences Po Paris, et Elisa Lewis, entrepreneure, se présentent comme des “explorateurs” des modèles économiques et politiques de la société de demain. Au sein du collectif Démocratie Ouverte, ils accompagnent et développent des innovations démocratiques. © La Découverte

Accessible à tout un chacun et fortement conseillé à tous les Français désabusés par le niveau du débat politique, le livre « Le coup d’état citoyen » recense de nombreuses initiatives permettant de sortir par le haut de l’actuelle  crise démocratique. Ses auteurs Elisa Lewis et Romain Slitine, deux membres du collectif « Démocratie ouverte », livrent leurs recettes pour éviter de donner la barre en pleine tempête politique  à un autocrate populiste ou des technocrates rêvant de gouverner sans le peuple. Entretien.

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Cet article fait partie du dossier

Comment les outils numériques renouvellent la démocratie locale

 

Chiffres-clés

Dans le cadre de la préparation du sommet mondial « Partenariat pour un gouvernement ouvert » en décembre, le secrétariat d’Etat au Numérique organise, le 8 octobre à La Bellevilloise, à Paris, le Forum « civic-tech », forum d’échanges entre élus, citoyens, et acteurs de la « civic-tech».

Programme et inscription

Quels éléments vous font dire que l’on s’approche d’un « coup d’Etat citoyen », à l’heure où le niveau d’abstention ne cesse de grimper ?

Romain Slitine : Les deux ne sont pas antinomiques, au contraire. Comme des millions de nos concitoyens, nous ne croyons simplement plus en ces professionnels de la politique promettant de faire évoluer leurs pratiques à chaque lendemain d’élections battant de nouveaux records d’abstention. L’idée même de « Démocratie » a malheureusement été réduite à la seule possibilité d’élire des représentants, sans possibilité d’interférer en cours de mandat dans la prise de décisions publiques.

Des marges de manœuvre permettent pourtant de se faire entendre, parallèlement au vote : la multiplication des initiatives citoyennes un peu partout dans le monde, ces derniers temps, le prouvent. Notre livre propose de nombreux exemples où, loin de se résigner, les citoyens aspirent au contraire à jouer un plus grand rôle dans la vie politique.

Alors que certains citoyens semblent se préserver autant que possible de participer à la vie publique, le désamour entre gouvernants et gouvernés ne s’explique-t-il pas également par une sorte de « démission collective » ?

Elisa Lewis : Nous nous sommes tous, collectivement, laissés glissés – trop facilement et depuis trop longtemps – dans la peau de simples « administrés », de consommateurs de politiques publiques. Reste que les élus doivent eux aussi renoncer à cette posture d’omniscience que semble parfois leur conférer leur élection au suffrage universel.

Il y a évidemment des réformes à mener pour changer les institutions et faire évoluer la classe politique dans le bon sens. Mais les Français doivent aussi prendre conscience de leur pouvoir d’agir.

Ces mouvements citoyens, dont vous parlez dans votre livre, semblent toutefois plus développés en Espagne ou en Islande qu’en France ?

E. L. : Pour l’heure, oui. Mais, le constat sur l’exclusion de plus en plus de citoyens des processus de prise de décision – au niveau européen, national comme local – est unanimement partagé dans tous les pays. Et, croyez-moi, nombre de solutions mises en place ici ou là se font écho.

Rien qu’en France, les expériences se multiplient : il suffit de regarder ce qui se passe à Paris ou à Grenoble – avec les budgets participatifs mais aussi les conseils citoyens indépendants ou la procédure de votation citoyenne – ou encore dans la municipalité de Saillans, animée par une liste citoyenne et participative depuis 2014. Dans ce village de la Drôme, le maire a repris place au cœur de la Cité en adoptant une posture d’humilité et en développant les pratiques de collégialité au sein du conseil municipal. Malheureusement, ces initiatives mettent du temps à essaimer sur d’autres territoires car elles demeurent encore trop méconnues.

Appelez-vous les Français à participer davantage aux concertations et débats publics ?

R. S. : Oui et non, car la « démocratie participative » telle qu’elle existe aujourd’hui dans notre pays est très institutionnalisée. Faute de moyens financiers et d’outils d’animation pour la faire vivre sincèrement, il s’agit souvent davantage de « marketing démocratique », ou de « technocratie de la participation », ne permettant pas d’avoir réellement prise sur le cours des choses. C’est pourtant très dangereux de faire croire aux citoyens, et notamment aux plus désabusés d’entre eux, qu’ils ont du pouvoir sans que cela ne soit réellement le cas !

De fait, sommes-nous encore en démocratie aujourd’hui ?

R. S. : Ce serait difficile de répondre à la négative : nous élisons régulièrement nos représentants, nous disposons de libertés civiques et d’une presse libre – bien que de plus en plus contrôlée par les pouvoirs financiers. Cela dit, les mouvements « Nuit Debout », des « Indignés » ou encore de « Occupy Wall Street » marquent en tout cas la fin de l’évidence démocratique.

E.L. : La verticalité du monde politique entre en conflit avec la fluidité des modes de communications des jeunes générations, ainsi qu’avec les pratiques contributives de l’ère collaborative. Un exemple : qui sélectionne aujourd’hui les candidats aux élections ? Les partis politiques, et donc leurs militants soit moins de 1% de la population française. C’est anormal !

Le système politique ne cesse de se verrouiller toujours plus, encore dernièrement avec la loi réduisant les moyens d’expressions des petits partis et forçant les élus à publier leurs parrainages. Sous couvert de limiter le Front national, cette réforme bloque l’émergence de petits partis. Cela va à l’encontre du pluralisme démocratique.

Que voulez-vous dire par là ?

E. L. : A l’instar de la démocratie participative institutionnalisée, la démocratie représentative ne nous laisse plus dupes. Et ce de Paris à New York en passant par Madrid. Face à l’impossibilité de savoir qui détient réellement le pouvoir, de plus en plus de citoyens aspirent à repenser les mécanismes délégataires, les valeurs et les pratiques d’un système politique qui semble de plus en plus inféodé aux pouvoirs de l’argent.

Il faudrait être aveugle pour ne pas s’apercevoir que les professionnels de la politique et autres technocrates européens sont aujourd’hui complètement désarmés face aux nouvelles forces que représentent les marchés financiers ou les multinationales. Au même titre que nous autres, citoyens, les élus sont devenus les témoins impuissants de la crise écologique et de la montée des inégalités.

CoupEtatCitoyenLes grands médias nationaux mais aussi la presse quotidienne régionale remplissent-ils encore leurs fonctions démocratiques ?

R. S. : Nous sommes en effet en droit de nous poser la question.L’extrême personnalisation de la vie politique insufflée par les médias et la parole donnée toujours aux mêmes candidats se confrontant à coups de petites phrases politiciennes alimentent la médiocrité du débat politique. Cela permet peut-être de cacher l’incapacité des candidats politiques à répondre aux véritables attentes des citoyens, mais de plus en plus de Français s’en lassent…

E. L. : Les propositions positives et alternatives ont du mal à émerger dans les médias. Il est par exemple regrettable que la presse donne aujourd’hui si peu la parole à tous ces entrepreneurs sociaux qui agissent concrètement sur le terrain, sans attendre les politiques. Pourquoi les médias ne s’intéressent-ils pas davantage à tous ces innovateurs démocratiques désireux d’impulser du changement ?

Sur ce dernier point, nombre de journaux relaient tout de même avec intérêt toutes les initiatives tournant autour de ce que l’on appelle les « Civic Tech »…

R.S. : Tant mieux, et en même temps, ils n’ont guère le choix. De Parlement & citoyens à LaPrimaire.org en passant par Voxe.org, toutes ces applications apportent un nouveau souffle à une démocratie qui en manque cruellement ! Les créateurs de « Civic Tech » doivent, bien entendu, veiller à ne pas succomber à un effet de mode, et pour cela ne pas se limiter à un solutionnisme technologique dépourvu de toute vision politique. Malgré le défi posé par le financement de ces innovations démocratiques, il ne fait pas de doute qu’elles ont une longue vie devant elles. Les médias auraient tort de ne pas s’y intéresser !

E. L. : Il n’y a vraiment pas à avoir peur de ces initiatives citoyennes : la plupart tendent d’ailleurs la main aux institutions. Prenons l’exemple de « Parlement & Citoyens », qui veut casser l’opacité du processus de construction de la loi en proposant aux parlementaires de « co-écrire » les lois avec les citoyens, comme par exemple celle pour une République numérique. L’idée est d’empêcher qu’on se retrouve à l’avenir avec d’autres « Loi Travail » qui donnent la sensation d’avoir été écrites « entre experts » sur le coin d’un bureau ministériel, en déni de tout processus démocratique.

Les collectivités locales doivent-elles doper l’audience de ces citoyens désireux de revivifier la démocratie locale ainsi que des entrepreneurs sociaux défendant le maintien d’activités et/ou la relocalisation d’emplois ?

R. S. : Cela nous semble en effet une voie d’avenir. Nous sommes engagés depuis longtemps auprès des collectivités locales pour les accompagner sur le chemin de la transition économique (économie sociale et solidaire), écologique et démocratique. Ces différentes dimensions sont très liées.

Au sein du collectif Démocratie Ouverte en particulier, de plus en plus d’élus nous rejoignent pour inventer de nouvelles manières d’impliquer concrètement les citoyens sur leurs territoires. Il reste néanmoins beaucoup à faire.

De quelles marges de manœuvre les fonctionnaires territoriaux et les élus locaux disposent-ils concrètement pour accompagner ce désir de changement dans la société ?

E. L. : La transition démocratique est une voie exigeante, et il n’y a évidemment pas de formules magiques. Mais quel autre choix avons-nous ? Nous ne pouvons ni nous résoudre à l’abandon et à l’exclusion politique de milliers de Français, ni évidement céder aux tentations autoritaires ou technocratiques. La politique locale représente à bien des égards un formidable terreau d’innovation démocratique.

Bien sûr, les fonctionnaires territoriaux et les élus locaux peuvent aussi faire le choix ambitieux de soutenir les entreprises sociales et les pratiques de coopérations territoriales. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui les méthodes et les outils existent. Et un programme comme «Territoires Hautement Citoyens» peut accompagner tous ceux et celles qui ont la volonté politique de développer des dynamiques citoyennes sur leur territoire.

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