[Opinion] Données ouvertes

L’infolab, vous connaissez ? Des fablabs pour les données !

Par et , responsable du programme Infolabs à la Fing.
infolab-futurenseine2014

Photosfing CC BY-NC-ND 2.0

Des espaces pour manipuler les données ? L'idée n'est pas encore grand public, mais elle progresse… Dans un monde où les données sont partout, où sont les espaces de formation pour en comprendre les enjeux ?

Aujourd’hui, tout le monde connaît les Fablabs, ces laboratoires de fabrication, dédiés à la conception et à la réalisation d’objets. On en dénombrerait plus d’une centaine en France, si l’on en croit la carte que maintient le site d’information dédié Makery.fr. Pourtant, ils ne sont apparus chez nous qu’en 2009, et ce, alors que le concept est né à la fin des années 90. Il a donc fallu une quinzaine d’années pour que ces nouveaux lieux d’innovation essaiment et rencontrent un certain succès.

Il y a 3 ans seulement, la Fing a lancé le concept d’infolab. L’enjeu était alors d’initier des espaces d’apprentissage à la lecture et à l’écriture des données, notamment pour relayer et donner corps au mouvement d’ouverture et de réutilisation des données publiques (open data). L’enjeu était d’imaginer des Fablabs dédiés non plus à la fabrication des objets, mais à la compréhension et à l’assemblage des données numériques.

Accessibilité, ouverture et continuité

3 ans après ce lancement, un premier bilan s’impose. Force est de constater qu’on en dénombre assez peu en France et dans le monde, mais les Fablabs n’étaient pas non plus très nombreux 3 ans après que Neil Gershenfield en ait lancé l’idée depuis le MIT.
Pourtant dans cet intervalle, les infolabs se sont structurés, autour d’une petite communauté infolabs.io et d’une charte ayant permis de préciser les missions et les valeurs de ces espaces.

Ces espaces de découverte et d’exploration des données ont pour mission de sensibiliser et de former à l’usage des données, d’accompagner des projets, et de permettre le débat autour des données.

Ces fonctions de médiation autour des usages des données s’appuient sur des valeurs d’accessibilité, d’ouverture et de continuité, notamment parce que nombre d’initiatives qui visent à discuter et travailler autour des données demeurent encore trop souvent ponctuelles, sans suivi dans le temps.

Après des dizaines de hackathons, il s’avère que la plupart des projets qui en sont sortis sont morts, notamment parce qu’aucun espace n’a été capable d’accompagner les projets, de favoriser une collaboration à plus long terme ou de documenter suffisamment leurs réalisations pour qu’elles profitent à d’autres.
Les données sont un matériel plus compliqué à appréhender que les objets. Cela nécessite de comprendre ce qu’elles sont, quels sont leur impact, comment on peut s’en servir, comment les trouver, les collecter, les créer, les traiter. Les compétences sur les données deviennent chaque jour et pour chacun nécessaires. Leur appropriation devient un enjeu essentiel de la compréhension du monde et de capacitation de chacun et de tous.

Une communauté prend forme

Sur le portail des infolabs on trouve des cours et des ressources sur la médiation aux données, sur les moyens de les créer ou de les manipuler. Ils s’adressent à tous les publics, même les plus éloignés, afin de rétablir la symétrie entre ceux qui sont outillés et qui ont les moyens de collecter et de traiter les données, et les autres.

La communauté a passé du temps à créer des outils et des méthodologies reproductibles qui n’existaient pas, qu’il a fallu tester, retravailler et documenter. Beaucoup d’espaces publics numériques (EPN) se sont emparés par exemple des cartoparties visant à inviter les gens à documenter Open Street Map, le projet de cartographie libre et collaborative.
Quelques-uns ont réalisé des ateliers Open Food Facts, pour documenter les ingrédients des produits alimentaires. Et l’on a aussi vu apparaître des choses plus originales comme l’initiative « Est-ce que mon vote compte ? » utilisant les données des élections pour montrer que les élections, sur un territoire, peuvent se jouer à quelques dizaines de voix et que le vote de chacun a donc souvent plus d’importance qu’on le pense.

L’aide des acteurs publics

Le fait que les infolabs soient encore peu développés tient au fait que le sujet, de prime abord, semble ingrat, beaucoup moins amusant et concret que de réaliser un objet. Une autre raison tient aussi au fait que si les machines numériques des Fablabs sont visibles et impressionnantes, notamment la célèbre imprimante 3D, les artefacts qui symboliseraient les infolabs sont encore en cours de développement.

Les objets totémiques des infolabs pourraient être un ensemble d’objets connectés disponibles au prêt, permettant d’initier des discussions, des échanges et des projets autour de ces objets, comme certaines bibliothèques le font avec des liseuses ou des tablettes. L’enjeu est aussi de développer des visualisations de données « physiques », manipulables, ou des projections de données dynamiques pour montrer qu’elles représentent des phénomènes complexes et réels à l’image du trafic urbain, maritime, aérien ou ferroviaire temps réel.

Les infolabs ont encore besoin d’outils, de méthodes, de documentations, de réalisations pour faire école, pour aider les gens à mieux s’approprier ce sujet, à l’image du bilan que dresse l’Open Knowledge International de son École des données. Les infolabs ont besoin de l’aide des acteurs publics.

Les données sont un moyen pour attirer de nouveaux publics et étendre les missions des EPN par exemple. Certes, créer des animations dédiées prend du temps. Mais la formation de tous à l’univers des données, et pas seulement à celles qui sont ouvertes, est un nouvel enjeu d’éducation publique. Il n’y a pas besoin d’être data scientist pour s’y intéresser et le succès des cartoparties montre bien que malgré la complexité des systèmes d’information géographique, on peut intéresser les citoyens à des enjeux qui les concernent directement.

Les données sont également un enjeu de développement économique des territoires et des entreprises, même des plus petites. L’enjeu n’est plus de développer seulement les données, mais aussi leurs usages. Ouvrir les données c’est bien, mais faire se développer les structures qui vont les valoriser, les enrichir, développer leurs usages sera demain essentiel pour aller plus loin.

 

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